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La Cour suprême d'Irak suspend le référendum kurde

À la demande du premier ministre d'Irak, Haïdar Al-Abadi, la Cour suprême du pays a ordonné lundi la suspension du référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien, qui doit avoir lieu lundi prochain. Or, le Kurdistan est une région autonome où Bagdad peut difficilement imposer ses volontés.

La Cour suprême a accepté lundi d'étudier les prétentions du premier ministre Abadi, qui juge inconstitutionnelle « la sécession de toute région ou province d'Irak » et qui affirme que le pays est donc indivisible.

En cas de désaccord entre le pouvoir central irakien et les autorités régionales, c’est normalement à la Cour suprême qu’il revient de trancher. Mais elle n’a aucun moyen de faire respecter ses décisions dans le cas présent, puisque les policiers du Kurdistan relèvent du gouvernement régional. Le Kurdistan irakien est autonome depuis 1991, soit depuis que les forces irakiennes ont quitté le secteur, peu après la première guerre du Golfe.

Et le président régional Massoud Barzani semble déterminé à maintenir la pression dans le but de renforcer sa position devant Bagdad et devant ses propres opposants. Son mandat est échu depuis deux ans, mais M. Barzani n’a toujours pas cédé son siège.

Depuis le début de la campagne référendaire de Massoud Barzani, les drapeaux kurdes ont envahi les rues, surtout à Erbil, la capitale du Kurdistan. Et d'immenses foules sont venues à la rencontre de M. Barzani, emplissant les stades ou autres salles où il prononçait des discours.

Le oui devrait l’emporter, selon les prédictions des observateurs. Toutefois, le véritable enjeu n'est pas le résultat, mais la participation. Elle devra dépasser les 70 % pour qu’on parle de victoire, selon des responsables kurdes.

Le point de départ de nouvelles discussions

De nombreux experts estiment que le référendum sur l’indépendance, dont la date avait été annoncée en juin dernier, représente davantage un levier de négociation qu’un moyen de concrétiser le vieux rêve de bien des Kurdes.

D’ailleurs, ce n’est pas tant ce rêve d’un État souverain qui a été cœur des discussions, pendant l’été, que les pouvoirs et avantages que veut obtenir M. Barzani, a expliqué à l'AFP Karim Pakzad, de l'Institut de relations internationales et stratégiques.

Massoud Barzani a lui-même convenu qu’un oui ne mènerait pas sur-le-champ à une déclaration d’indépendance, mais permettrait plutôt l’avènement de « discussions sérieuses avec Bagdad ». Il a même déjà entrouvert la porte à l’annulation de la consultation si des « alternatives plus intéressantes » se présentaient.

Le Kurdistan ne reçoit plus de financement fédéral depuis des mois, en représailles à sa décision d’exporter son pétrole unilatéralement, sans passer par Bagdad. Erbil a par conséquent réduit les salaires de ses fonctionnaires.

Des difficultés économiques enveniment ainsi une situation politique déjà explosive dans cette région où se côtoient plusieurs minorités ethniques et religieuses et où les armes circulent facilement. Les rivalités pointent même entre Kurdes.

Les deux gouvernements se disputent également certaines zones géographiques, arguant que le poids démographique des Arabes et des Kurdes justifie ou pas qu’elles fassent partie du Kurdistan. Celui-ci a déjà profité du recul du groupe armé État islamique (EI) dans le nord pour prendre le contrôle de zones hors de ses frontières et élargir son territoire.

Maintenant presque débarrassées de l’EI, les différentes milices n’ont pas pour autant l’intention de laisser leurs armes. Hadi Al-Ameri, le chef de l’une d’elles, l'organisation Badr soutenue par Téhéran, a mis en garde contre une « guerre civile ».

Une initiative jugée « inopportune »

Si Israël a donné son appui aux indépendantistes, le reste du monde a plutôt appelé à l’annulation du référendum.

Washington, Londres et Paris, notamment, craignent un morcellement de l’Irak dont pourraient profiter les djihadistes.

La Turquie craint particulièrement que sa minorité kurde ne soit influencée par les velléités séparatistes de celle du pays voisin. Ankara a souligné qu’une victoire du oui viendrait avec « un prix » à payer.

Quelque 5,5 millions de Kurdes irakiens devraient pouvoir exercer leur droit de vote, lundi prochain.

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