L'affaire Dan Gagnier rappelle une façon de faire au Parti libéral qui ne devrait plus avoir cours.

Une analyse de Michel C. Auger

Peu de gens ont autant de talent pour la politique que Dan Gagnier. Ses amis l'adorent, ses adversaires le craignent. En plus d'une carrière dans le secteur privé, il a travaillé pour les premiers ministres David Peterson, Brian Mulroney et Jean Charest. Dans ce dernier cas, il est largement responsable de sa victoire majoritaire aux élections de 2008 après sa quasi-défaite de l'année précédente.

Gagnier connaît sans doute mieux que quiconque les coulisses du pouvoir au Canada. Comment parler à la bonne personne au bon moment. Comment faire avancer un dossier dans la bureaucratie et le faire aboutir juste quand il est prêt.

C'était très certainement la meilleure personne pour agir comme coprésident de la campagne libérale, d'autant qu'il avait eu le flair d'appuyer Justin Trudeau dès les premiers instants de sa course à la direction du parti.

On apprend qu'en pleine campagne électorale, il s'est senti autorisé à envoyer une note détaillée à TransCanada, les promoteurs du projet controversé d'oléoduc Énergie Est, sur les manières de parler au nouveau gouvernement après l'élection : « Il y aura moins de ministres, donc la position de ministre des Finances deviendra cruciale. »

D'abord, parce qu'Énergie Est est un des sujets les plus contentieux de cette campagne. Mais surtout, parce que l'intervention de M. Gagnier vient rappeler à tout le monde la proximité parfois un peu trop grande entre les libéraux et les firmes de lobbying et de consultants de toutes sortes.

La note de M. Gagnier n'a rien de bien exceptionnel dans le contexte d'une boîte de lobbyistes. Il est chose courante de dire à qui exactement il faut parler dans les premiers jours après l'arrivée au pouvoir et d'expliquer que ce sera le temps d'en profiter puisque le nouveau gouvernement voudra alors montrer « des investissements et des emplois ».

Une intervention délicate

Son intervention devient pas mal plus délicate quand on parle du coprésident de la campagne électorale. Surtout quand l'auteur passe allègrement du « je » au « nous » quand il parle des intérêts de son client. M. Gagnier a des entrées auprès du gouvernement en attente et peut diriger toute requête exactement à la bonne personne.

Ce qui inquiète, c'est qu'on puisse aussi facilement passer d'un chapeau à l'autre, même si, techniquement, M. Gagnier estime qu'il n'a enfreint aucune règle.

En fait, c'est une situation qu'on a toujours reprochée au Parti libéral. Une sorte de porte tournante entre les cabinets ministériels, la haute fonction publique et les diverses firmes de lobbying, de consultants stratégiques et de communications qu'on retrouve à Ottawa.

Ce n'est un secret pour personne, par exemple, qu'une partie importante de la garde rapprochée du dernier premier ministre libéral Paul Martin venait d'une firme de consultants d'Ottawa nommée Earnscliffe Strategy Group.

C'est aussi le genre de culture qui était au centre du scandale des commandites. Quand on a eu besoin de mener une action essentiellement partisane avec des ressources gouvernementales, on avait sous la main toutes sortes de consultants. Des gens de toute confiance, puisqu'ils étaient, en quelque sorte, des membres de la famille.

Le courriel de Dan Gagnier n'avait sans doute rien d'illégal. Mais il est représentatif d'une culture des « portes tournantes » qui ne devrait plus avoir cours au Parti libéral de Justin Trudeau.

Il est probablement trop tard dans la campagne pour que cette affaire ait un effet réel sur le résultat. Mais c'est très certainement une forme d'avertissement au cas où les libéraux formeraient le prochain gouvernement.

Ce n'est pas parce qu'ils ont passé une décennie dans l'opposition et qu'ils ont un nouveau chef que leur culture a nécessairement changé.

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