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La demande d’asile, ou le parcours du combattant

Après un cheminement long et éprouvant, les demandeurs d'asile qui arrivent au Québec, en majorité des Haïtiens, ne sont pas au bout de leur peine. Outre les délais très longs, ils doivent réussir à convaincre les autorités canadiennes pour obtenir un statut de réfugié. Et la partie ne s'annonce pas facile.

Au Canada, le statut de réfugié est octroyé généralement quand il y a persécution pour différents motifs (religieux, politiques, sociaux, etc.).

« On peut avoir, par exemple, quelqu’un qui craint pour ses opinions politiques […] On peut aussi avoir une femme qui craint des persécutions en raison de la violence conjugale qu’elle subit, ou une personne qui fait partie de la communauté LGBT, qui craint la persécution en Haïti », dit Stéphanie Valois, avocate spécialiste en droit des réfugiés.

Les motifs économiques, qui peuvent théoriquement être avancés par des victimes d’un séisme qui a ravagé un pays pauvre, ne sont pas recevables, précise-t-elle en entrevue à l’émission 24/60. Autrement dit, un demandeur d’asile qui invoque la « misère » ou encore le chômage n’a aucune chance d’avoir gain de cause.

La présence de deux ministres haïtiens inquiète

Et, de l’avis de Me Valois, l’arrivée de deux ministres haïtiens à Montréal est extrêmement préoccupante et risque de compliquer les choses, puisqu’ils disent être venus pour aider leurs ressortissants.

C’est que la présence au Canada de ces deux officiels haïtiens vient en quelque sorte battre en brèche l’argument des demandeurs d’asile qui, pour que leur dossier soit accepté, doivent prouver qu’ils sont persécutés par leur gouvernement ou que celui-ci n’est pas capable de les protéger.

« C’est comme si les autorités haïtiennes venaient dire au Canada qu’ils sont capables d’assurer la sécurité de leurs concitoyens », mentionne l’avocate.

Me Valois affirme d’ailleurs qu’elle ne recommande pas à ses clients de rencontrer ces ministres.

De plus, « s’ils veulent parler à des journalistes, je leur demande de ne pas s’identifier par leur nom et de ne pas avoir de photos prises, parce qu’ils ont souvent des membres de leur famille en Haïti. Est-ce qu’on va mettre un membre de sa famille en danger là-bas? On ne sait pas. Ce n’est jamais perçu de façon très positive par un gouvernement que quelqu’un revendique l’asile contre [lui] dans un pays étranger », dit-elle.

S’armer de patience

À la difficulté de convaincre, s’ajoute l’attente qui risque d’être longue pour les demandeurs d’asile.

En raison de leur nombre croissant, leur demande n’est pas traitée immédiatement au poste frontalier, où il est plus question de vérifications d’identité, de prises d’empreintes et de photos. Ils sont invités à déposer leur dossier au bureau d’immigration de Montréal.

« Les rendez-vous [avec les services d’immigration], normalement, quand ça se faisait, ça pouvait se faire quelques jours après l’arrivée. Mais maintenant, les clients que j’ai vus aujourd’hui avaient leur rendez-vous au mois de novembre », relate l'avocate.

Dès qu’un dossier est jugé recevable, la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada doit accorder une audience dans les 60 jours suivant le dépôt de la demande.

Or, souligne Stéphanie Valois, la commission ne peut pas traiter tous les dossiers dans les 60 jours, ce qui se traduira par un taux de remise assez important.

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