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La drogue des djihadistes fait des ravages au Moyen-Orient 

La guerre en Syrie, qui a fait depuis 2011 plus d'un demi-million de morts et forcé des millions de Syriens à fuir leur domicile, a d'autres conséquences de plus en plus visibles, notamment l'augmentation de la dépendance au captagon, que l'on surnomme la drogue des djihadistes.

Avec la guerre syrienne, le captagon s'est acquis la réputation de produire de super-soldats insensibles à la fatigue, à la peur, à la douleur. Derrière cette rumeur se cache une dure réalité, l'explosion du trafic de captagon et la dépendance à cette drogue à base d'amphétamines.

Un sentiment de puissance

Ahmed n'est pas combattant, mais il consomme du captagon depuis qu'il a fui le service militaire dans son pays, il y a quatre ans. Il s'est retrouvé dans un quartier pauvre en banlieue de Beyrouth.

Pour pouvoir s'offrir cette drogue, Ahmed travaille pour un revendeur de drogue libanais.

Un commerce fructueux

« Quand la guerre a commencé en Syrie, nous nous sommes mis à vendre au Liban. Les Syriens qui fabriquaient du captagon sont venus au Liban et ont ouvert des usines. C'est comme ça que nous avons commencé », explique ce revendeur qui a voulu conserver l'anonymat. 

Le captagon est très profitable pour lui, car sa production ne coûte presque rien - moins de 1 ¢ le comprimé - et sa clientèle, surtout syrienne, lui est fidèle. À moins de 1 $ le comprimé, le prix de vente est abordable pour le consommateur. 

Au cours des dernières années, le trafic illégal de captagon a explosé au Moyen-Orient. Les autorités régionales ont multiplié les saisies, en quantité de plus en plus importante.

Que ce soit Interpol, les Nations unies ou les polices locales, tous incriminent le conflit syrien. « Après 2011, quand les Syriens ont quitté leur pays, la plupart sont venus au Liban comme réfugiés. Les trafiquants de drogues, eux aussi, sont venus au Liban pour reprendre la production de captagon et l'exportation vers les pays du Golfe », explique le directeur de l'unité de lutte contre la drogue de la police libanaise, le général Ghassan Chamseddine.

Malgré la réputation de drogue de la guerre du captagon, les pays du golfe Persique représentent son marché principal et historique.

Substance interdite dans les années 80

Cette drogue, qui est née en Allemagne dans les années 60 sous le nom de Fénétylline, servait à traiter la dépression et la narcolepsie avant d'être interdite par les États-Unis et l'Organisation mondiale de la santé deux décennies plus tard, en raison de la dépendance qu'elle créait chez les consommateurs.

L'industrie pharmaceutique syrienne très développée avant la guerre en faisait un producteur de choix. Aujourd'hui, le Liban a pris la relève.

La rumeur veut que cette drogue transforme les combattants du groupe armé État islamique, du Front al-Nosra et d'autres groupes armés, en soldats impitoyables capables des pires atrocités.

L'unité de lutte contre la drogue de la police libanaise ne détient aucune preuve permettant d'affirmer que le captagon est produit ou consommé par les groupes armés, que ce soit l'État islamique ou un autre, affirme le général Chamsedine.

« Les combattants et les milices consomment peut-être du captagon, mais nous n'avons pas la preuve que c'est pour le bénéfice d'un côté ou de l'autre. C'est un gros marché pour tout le monde. »

Aucune preuve des propriétés du captagon

Les propriétés qui sont attribuées au captagon seraient largement exagérées, selon un psychiatre spécialiste de la dépendance aux drogues au département de psychiatrie de l'Université américaine de Beyrouth, le Dr Joseph El Khoury.

« Je ne pense pas que ce soit une drogue qui puisse transformer une personne qui a certaines valeurs en une personne qui se comporte comme un monstre. En fait, ça peut augmenter, ou filtrer les émotions, peut-être qu'une personne pourrait se sentir très énergique en posant un acte, mais ça ne peut pas transformer cet acte. Ce n'est pas un hallucinogène, ça ne change pas la réalité », affirme-t-il.

Pour certains consommateurs, comme Ahmed, le captagon ne change pas la réalité, mais il l'aide à la surmonter. « Vous ne me verriez pas sourire, je ne parlerais pas aux gens. Je me demanderais ce que je vais faire demain et comment avancer dans la vie ».

D'après un reportage de Marie-Ève Bédard et Sylvain Castonguay

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