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La FIFA suspend Joseph Blatter et Michel Platini pour 3 mois

La Commission d'éthique de la FIFA a décidé jeudi de suspendre son président Joseph Blatter et le président de l'Union des associations européennes de soccer (UEFA) Michel Platini.

La suspension des deux dirigeants est de 90 jours, celle de M. Blatter pouvant être allongée de 45 jours supplémentaires.

La fédération internationale confirme donc les rumeurs qui émanaient de Lausanne, en Suisse, relayées par les médias depuis quelques heures.

Joseph Blatter est accusé par la justice suisse d'avoir « signé un contrat défavorable » à la FIFA avec l'Union caribéenne de soccer. Le Suisse aurait vendu très en dessous des prix courants les droits de télédiffusion des Coupes du monde de 2010 et de 2014.

Le président démissionnaire fait aussi l'objet d'une procédure pénale, notamment pour un versement en 2011 de 2 millions de francs suisses (2,68 $MCA) à Michel Platini.

Insensible à toute pression, Joseph Blatter avait ignoré la demande de départ immédiat formulée le 2 octobre par quatre grands commanditaires de la FIFA (Coca-Cola, Visa, McDonald's et Budweiser).

« J'arrêterai le 26 février. Pas un jour plus tôt », répétait-il mercredi. C'est finalement la FIFA elle-même qui le met hors jeu.

La FIFA a donc un nouveau président par intérim. Il s'agit du patron du soccer africain, Issa Hayatou.

Ce dirigeant camerounais est depuis 1987 président de la Confédération africaine de football (CAF). En 2002, il s'était présenté à la présidence de la FIFA, mais avait été battu par Joseph Blatter.

« On suspend le président de la FIFA, on suspend le président de l'UEFA. N'importe qui qui "déconnera" sera suspendu », a-t-il prévenu dans un entretien accordé à Radio-France International (RFI) après sa nomination.

Le coup de gueule du CIO

« Trop c'est trop, a dit le président du CIO Thomas Bach dans un communiqué. Nous espérons que tout le monde à la FIFA a au moins compris qu'il n'était plus possible de rester passif.

« La FIFA doit prendre conscience qu'il est désormais question de bien davantage qu'une simple liste de candidats. Il y a aussi un problème structurel et il ne sera pas résolu uniquement par l'élection d'un nouveau président », a affirmé Thomas Bach dans sa lettre.

Le CIO espère qu'un « candidat extérieur crédible et de haute intégrité » se présentera à la présidence de la FIFA.

La réplique de Blatter

Tout de suite, M. Blatter a attaqué la FIFA, en mentionnant par l'entremise de ses avocats que la Commission d'éthique n'avait pas respecté ses propres règles. Il n'a pas été entendu au préalable.

« Le président Blatter est déçu que la Commission d'éthique n'ait pas suivi le code d'éthique et le code disciplinaire qui offrent à une personnalité mise en cause la possibilité d'être entendue », est-il écrit dans le communiqué de ses avocats suisse et américain.

Pour les avocats de M. Blatter, « la Commission d'éthique a basé sa décision sur une mauvaise interprétation de l'action engagée par le procureur général suisse ».

Par ailleurs, Chung Mong-joon, ancien vice-président de la FIFA et candidat à la présidence, a été suspendu pour six ans de toute activité liée au soccer, tandis que Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA déjà relevé de ses fonctions à la mi-septembre, a été suspendu provisoirement lui aussi pour 90 jours.

Jérôme Valcke a lui été accusé par un prestataire de la FIFA d'être impliqué dans une revente de billets au marché noir.

Quant à Chung Mong-joon, on lui reproche d'avoir voulu favoriser la Corée du Sud dans l'attribution de la Coupe du monde de 2022, finalement octroyée au Qatar. De son propre aveu, il était sous la menace d'une suspension de 19 ans.

Chung Mong-joon a annoncé dans un communiqué sa volonté de « mobiliser tous les moyens légaux possibles pour montrer l'injustice de cette décision ».

La réplique de Platini

Michel Platini a appris sa suspension mercredi soir. Il a répliqué jeudi matin en accusant une source officielle de la FIFA d'être à l'origine d'une fuite délibérée qui « vise à porter atteinte à son image, insidieuse dans sa nature et inacceptable dans son procédé ».

« J'ai toujours agi et me suis toujours exprimé avec honnêteté, courage et franchise, car j'estime que c'est mon devoir moral, dit Platini. Je ne ménagerai pas mes efforts pour que la vérité s'impose. Que personne ne doute de ma volonté déterminée à atteindre cet objectif. »

Dénonçant le « libellé » de sa suspension indiquant « qu'un manquement au code d'éthique de la FIFA semble avoir été commis », Michel Platini a précisé qu'il se consacrera à faire triompher sa bonne foi et à faire valoir son bon droit devant les juridictions compétentes.

« Bien qu'elle puisse être qualifiée de farce, a réagi le président de l'UEFA, je refuse de croire qu'il puisse s'agir d'une décision politique prise dans la précipitation afin d'entacher une vie dédiée au football ou d'anéantir ma candidature à la présidence la FIFA.

« Mon état d'esprit ne doit être ignoré de personne, insiste Michel Platini. Plus que de l'injustice ou un esprit de revanche, c'est un profond sentiment de révolte farouche qui m'anime ».

« Il reviendra entre-temps à une justice sereine, indépendante et impartiale de faire la lumière sur les faits qui ont valu à la Commission d'éthique d'ouvrir une procédure d'instruction », poursuit-il.

Toujours candidat

La suspension de Michel Platini n'écarte pas de facto sa candidature à la présidence de l'instance suprême du foot, a précisé à l'agence AFP le porte-parole de la Commission d'éthique Andreas Bantel.

« Cette question n'est pas pour le comité d'éthique, mais pour la commission électorale de la FIFA, qui sera chargée d'en étudier la validité, si candidature il y a », a expliqué le porte-parole.

Et candidature il y a aura, car Michel Platini dit d'ailleurs avoir présenté jeudi matin les lettres de soutien requises pour pouvoir déposer sa candidature à la présidence de la FIFA.

« J'ai, en tout état de cause, la certitude que nous surmonterons cette difficulté en toute transparence et dans l'unité qui fait la force du soccer », a conclu Michel Platini.

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