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La Floride s'attaque à l'acidification des océans

L'acidification des océans, phénomène invisible mais aux effets dévastateurs, s'accentue à une vitesse jamais vue et menace la biodiversité marine. En Floride, des travaux de recherche donnent des résultats prometteurs.

Un texte de France Beaudoin de l'émission La semaine verte

Les océans nous rendent un grand service en absorbant environ le quart des émissions atmosphériques de CO2. Mais cela entraîne des changements dans la chimie de l'eau. L'acidité moyenne des océans a augmenté de 30 % depuis le début de la révolution industrielle.

En conséquence, certaines espèces que nous consommons ont de plus en plus de difficulté à former et à maintenir leurs coquilles et leurs squelettes calcaires. Les moules et les huîtres, notamment, se montrent très sensibles à l'acidification.

On estime aussi que les trois quarts des récifs coralliens seront dans un état critique d’ici le milieu du siècle, notamment en raison de l'acidification. Le grand récif de Floride, le troisième de la planète en importance, est considéré comme gravement menacé.

Les herbiers marins de Tampa Bay : une histoire à succès

Les herbiers marins tolèrent et peuvent même atténuer l'acidification, puisque ces prairies sous-marines augmentent la photosynthèse et l'assimilation de CO2. Un projet unique de restauration de ces plantes à Tampa Bay, en Floride, en est un exemple probant.

Quelque 80 % des herbiers avaient disparu en un siècle dans cette baie peu profonde. Mais dans les années 1990, les pouvoirs publics ont fait des investissements majeurs pour assainir ce grand port naturel, lourdement pollué. Les herbiers marins ont recommencé à coloniser le fond de la baie.

Pour donner un coup de pouce à la nature, 20 000 bénévoles participent à un vaste chantier de plantation et de multiplication des herbiers, une initiative de l'organisme Tampa Bay Watch. On constate rapidement que les herbiers marins, des indicateurs de l'état de santé de la baie, ont des effets sur le taux d'acidification du milieu.

La restauration des herbiers permet de jouer un rôle crucial de protection contre l’acidification de l’eau.

Peter Clark, président fondateur, Tampa Bay Watch

Le biologiste David Tomasko s’intéresse aux liens entre la présence des herbiers marins et l’acidification de l’eau. Cet « enquêteur du pH » constate que, dans les secteurs de la baie de Tampa où les prairies sous-marines prolifèrent, l'acidification diminue.

C’est du jamais vu. Les herbiers marins absorbent le CO2. Ça permet de neutraliser le surplus présent dans l’eau.

David Tomasko, Environmental Science Associates

Grâce à ces efforts, la qualité de l'eau et l'équilibre de la chaîne alimentaire sont rétablis. Des espèces que l'on ne voyait plus, comme les dauphins et les lamantins, fréquentent à nouveau la baie de Tampa.

Restauration des coraux dans les Keys

Plus au sud, dans son laboratoire de Summerland Key, le chercheur David Vaughan tente pour sa part de protéger les coraux de l'acidification.

Les coraux représentent moins de 1 % des fonds marins, mais on leur doit de 25 % à 40 % des pêcheries mondiales. Vous aimez les fruits de mer? Vous voulez que les océans nous nourrissent? Alors il faut à tout prix préserver nos récifs de corail.

David Vaughan, directeur, Mote Tropical Research Laboratory

Les récifs coralliens meurent à petit feu, en raison de la hausse de la température des océans, de la pollution, de la surpêche, des maladies et de l'acidification. Mais David Vaughan croit qu'il est possible de sauver ces refuges océaniques incomparables.

Un jour, après avoir brisé par accident un morceau de corail en le manipulant, il découvre qu'en taillant des coraux en petites pièces, leur croissance est stimulée.

Son laboratoire a aujourd'hui des allures de ferme d'élevage, où des employés taillent des coraux en pièces pour les multiplier. En captivité, ils parviennent à produire des coraux adultes beaucoup plus rapidement qu'en milieu naturel.

Si on se coupe, la peau guérit très vite. C'est la même chose pour les coraux. On produit des coraux de la taille d’une assiette en un à deux ans. En milieu naturel, cela aurait pris de 25 à 50 ans.

David Vaughan

Afin de vérifier si ces coraux pourront survivre au niveau d’acidification anticipé dans 50 ans, l'équipe de recherche les soumet à différents niveaux de pH et tente de multiplier ceux qui résistent le mieux.

Les coraux sont ensuite transplantés en milieu naturel. L'été dernier, avec l'aide de bénévoles, 5000 coraux ont ainsi été plantés au large de Key West.

Dans un an ou deux, ça deviendra un site de plongée. Pas besoin d’attendre un siècle. C’est vraiment excitant.

David Vaughan

La même méthode permet de multiplier les coraux à branches, les « acropores ». Les petites pièces de coraux sont fixées à des tuyaux de polymère, qu’on laisse flotter dans la colonne d’eau. Suspendus, ils absorbent davantage d’éléments nutritifs, ce qui accélère leur croissance. Lorsqu’ils ont atteint la taille voulue, ils sont ensuite fixés au récif corallien.

Le suivi effectué sur les sites de plantation indique que le taux de survie des coraux est de 90 % après 5 ans. Des résultats qui encouragent David Vaughan. Il a pour objectif de planter un million de coraux d'ici quelques années.

Sa collègue Emily Hall tente, quant à elle, d’unir le meilleur des projets de recherche menés à Tampa Bay et dans les Keys, en vérifiant si les herbiers peuvent atténuer les effets de l’acidification sur la physiologie des coraux. Ses travaux s'annoncent prometteurs. En laboratoire, les coraux qui cohabitent avec les herbiers marins résistent mieux à un milieu plus acide.

La croissance de certaines espèces, par exemple, est sensiblement réduite par l’acidification. Mais on constate que c’est moins marqué en présence des herbiers marins. Ils sont donc très importants puisqu’ils pourraient protéger les coraux contre les taux élevés de CO2 dans le milieu marin.

Emily Hall, chef de projet, Mote Marine Laboratory

À défaut de pouvoir ralentir la progression de l'acidification, les chercheurs de la Floride espèrent ainsi que les organismes marins pourront mieux s'adapter à cette diminution du pH des eaux.

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