Faire venir le plus grand sportif du XXe siècle en Abitibi-Témiscamingue : ce rêve fou s'est réalisé en juin 1983, lorsque Mohamed Ali s'est rendu à Rouyn-Noranda - une visite surréaliste, racontée dans le documentaire Voir Ali.

La venue du célèbre boxeur au pays des épinettes noires est tombée dans l'oubli pour toutes sortes de raisons, a expliqué le réalisateur Martin Guérin, samedi à ICI RDI, quelques heures après l'annonce du décès du célèbre boxeur.

En effet, sa visite ne s'est pas déroulée comme prévu.

L'histoire a débuté en mai 1983, alors que Jean-Paul Charlebois et Jim Slobodian, deux hommes engagés dans l'organisation desChampionnats sportifs québécois- l'ancêtre des Jeux du Québec-, se sont rendus à Beverly Hills, en Californie, pour convaincre le pugiliste de venir donner une conférence le mois suivant à Rouyn-Noranda.Ali, qui avait pris sa retraite officielle de la boxe deux années plus tôt, gardait la forme en acceptant de temps à autre ce genre d'engagement.

La rencontre a eu lieu à la résidence du boxeur. « Une fois rendu dans la maison, ça s'est déroulé très simplement, se remémore Jean-Paul Charlebois. Il nous a accueillis bien simplement en nous faisant des tours de magie. »

« Ç'a été une journée quand même assez longue », raconte pour sa part Jim Slobodian, qui se rappelle s'être demandé en partant si son partenaire et lui n'avaient pas justement réalisé un tour de magie. En effet, contre toute attente, le triple champion du monde de boxe venait d'accepter leur proposition.

Les attentes étaient élevées, puisque la conférence du boxeur avait pour but de recueillir des fonds pour l'organisation des Championnats sportifs québécois.

Mohamed Ali arrive donc à Rouyn-Noranda le 13 juin. Il y restera 48 heures, le temps de visiter le chantier hydroélectrique de la baie James et de rencontrer le député et poète Gérald Godin, notamment.

Le 14 juin, Mohamed Ali prend la parole devant un centre récréatif rempli au maximum. À la stupéfaction de tous, le boxeur s'exprime sur l'islam, le racisme et la paix dans le monde; jamais il n'est question de boxe, au grand dam des spectateurs qui, en pleine récession, ont déboursé pas moins de 50 dollars pour assister à la conférence.

« On voulait qu'il parle de sa carrière de boxeur, qu'il parle de ses bons moments comme boxeur, explique Jean-Paul Charlebois, précisant que c'est bien ce qui avait été convenu avec l'agent d'Ali. Mais lui avait décidé ce soir-là, à l'insu de son entourage, de se lancer comme preacher noir. C'était un discours axé sur la religion et il y avait beaucoup de références au racisme dans son discours, mais rien sur la boxe. Il n'y avait absolument rien sur la boxe. »

Deuxième déception : l'événement caritatif se solde par un léger déficit.

La visite de Mohamed Ali en Abitibi-Témiscamingue a donc laissé un souvenir doux-amer, que Martin Guérin a néanmoins tenu à raconter grâce aux témoignages de ceux qui ont rendu possible cet événement hors du commun.

« Ce n'est pas un sujet linéaire. La manière dont ça s'est passé... c'est surréaliste, et le film, je pense, le traduit assez bien. Tellement que, dans les premières minutes du film, les gens me disaient : "On a un peu de mal à distinguer le vrai du faux. Est-ce que c'est vrai, cette histoire-là? Est-ce que ça s'est vraiment passé comme ça?" Alors que oui, dans les faits, ça s'est passé précisément comme les gens du film le racontent », certifie-t-il.

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