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La fois où Trump aurait dû parler davantage

Le candidat républicain Donald Trump fait face à de nombreuses critiques pour ne pas avoir corrigé le tir lorsqu'un de ses partisans a affirmé que le président Barack Obama était musulman.

Un billet de Yanik Dumont Baron

Ce n'est pas souvent que Donald Trump se fait reprocher de ne pas en avoir assez dit. D'habitude, c'est l'inverse. Cette fois, le milliardaire, dont l'étoile a pâli un peu depuis le dernier débat, aurait pu en dire davantage. Mais il a choisi la discrétion. Un calcul politique, mais aussi bien cynique. Un calcul révélateur de l'attitude de ses partisans.

Lors d'un rassemblement au New Hampshire, un citoyen a posé la question suivante au candidat : « Nous avons un problème dans ce pays. Il s'agit des musulmans. Nous savons que notre président en est un. » Pendant ce temps, Trump hoche de la tête, lance un « right ». Le citoyen poursuit sur sa lancée. Lorsque Trump prend la parole, il ne fait aucun effort pour corriger le tir. Sa réponse est évasive, sans engagement, sans contradiction.

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Bien sûr, Barack Obama n'est pas musulman. Il est chrétien. Ses discours sont souvent parsemés de références à sa foi, à sa religion. Et pour éclaircir un autre mythe : non, Barack Obama n'est pas né au Kenya. La Maison-Blanche a beau avoir rendu public son extrait de naissance, les rumeurs persistent. Et pour la petite histoire, oui, des adversaires républicains ont déjà pris soin de rectifier le tir. Le sénateur John McCain l'a fait en pleine campagne électorale.

Obama, musulman? Beaucoup le croient!

Et ce ne sont pas de vieilles rumeurs recyclées ni des mensonges repiqués de la difficile course à la présidence en 2008. Un sondage réalisé en septembre dernier révèle que 29 % des Américains croient que le président Obama est musulman. Pour ce qui est du lieu de naissance, c'est plus près de la réalité. Au moins 59 % des répondants sont capables d'identifier correctement l'État dans lequel il est né (Hawaï).

Pour comprendre la réaction de Trump, il faut regarder les réponses selon l'affiliation politique. Vous vous en doutez, c'est chez les républicains qu'on trouve la majorité de ceux qui croient que leur président ment sur sa foi.

Presque la moitié de ceux qui jugent qu'Obama lit le Coran plutôt que la Bible s'identifient comme des conservateurs. Et c'est un gros bloc d'électeurs déjà bien motivés dans cette longue campagne. Des électeurs qui appuient Donald Trump. Des électeurs dont l'appui pourrait être crucial en vue de la présidentielle.

Trump, le « birther »

L'attitude de Trump n'est pas sans précédent. Cela fait au moins quatre ans qu'il se dit sceptique. Qu'il ne croit pas qu'Obama soit vraiment né en sol américain. Il existe un terme pour cela dans le jargon américain : un « birther », soit un adepte de cette théorie du complot touchant le président.

Bon point pour lui : Obama réagit souvent avec humour. « Personne n'est plus fier d'avoir mis fin [à toutes ces questions] que "The Donald". [...] Il pourrait finalement se concentrer sur les questions qui importent vraiment, comme : "Est-ce qu'on a simulé l'atterrissage sur la lune?" ».

Cette fois, le silence de Donald Trump reçoit son lot de critiques, d'abord des candidats démocrates.

Le républicain Chris Christie, bien loin dans les sondages, n'a pas manqué l'occasion de critiquer le milliardaire. « Il doit décider s'il veut être un candidat sérieux. Aux yeux de l'électorat, ça va se déterminer par sa réaction à des problèmes comme celui-là. »

Quelqu'un est-il surpris que ça se soit passé à un rallye de Donald Trump? a demandé le porte-parole du président, Josh Ernest. La Maison-Blanche n'a pas manqué l'occasion d'écorcher l'ensemble du Parti républicain. Les candidats qui n'ont pas dénoncé ce genre de commentaires sont cyniques, croit Josh Ernest. À demi-mot, il y voit l'exemple de positions racistes et xénophobes. « Les priorités du Parti républicain d'aujourd'hui! Et elles le resteront jusqu'à ce que quelqu'un dans ce parti ait le courage de se tenir debout et de les changer », conclut-il.

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