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La forme commune de l’alzheimer liée à l’âge mieux comprise

La perte d'expression d'un certain gène chez les personnes frappées par la forme commune de l'alzheimer, celle liée à l'âge, ne serait pas une conséquence de la maladie, mais serait peut-être à son origine, estiment des chercheurs québécois. Explications.

Un texte d'Alain LabelleIl existe deux formes de la maladie d’Alzheimer (MA). Les symptômes de la forme précoce d’origine génétique apparaissent habituellement avant 60 ans, parfois même dans la quarantaine.

Les symptômes de la forme tardive, eux, peuvent apparaître à partir de la soixantaine. Cette forme est si commune qu’au-delà de 90 ans, une personne sur deux en souffre à des degrés divers.

Cette forme qui frappe 95 % des cas reste méconnue, même si les neurologues savent qu’elle est principalement due au vieillissement et à un ensemble complexe d’éléments associés à la génétique, mais aussi à l’environnement et au style de vie (tabagisme, maladies cardiovasculaires, dépression, etc.).

Un facteur épigénétique sous la loupe

Le Dr Gilbert Bernier, professeur agrégé à l’Université de Montréal, et ses collègues de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont se sont intéressés à la compréhension de l’origine de la forme tardive, qui trouve davantage ses racines dans l’épigénétique que dans la génétique. Leur recherche menée en épigénétique s’est concentrée sur l’altération de la fonction d’un gène.

  • La génétique scrute le patrimoine génétique familial d’une personne qui ne varie pas durant sa vie.
  • L'épigénétique s’intéresse aux facteurs variables tels que l'âge ou l'environnement qui altèrent la fonction génétique d’une personne au cours de sa vie.

Des origines épigénétiques

Partant du postulat que les causes principales de la forme la plus courante de l’alzheimer sont plutôt épigénétiques, l’équipe montréalaise s’est intéressée au rôle spécifique d’un gène, le BMI1, dans le déclenchement et l’évolution dans le temps de la maladie.

Des travaux publiés en 2009 montraient déjà que, chez la souris, une mutation du gène BMI1 provoquait le vieillissement accéléré et pathologique du cerveau.

À partir de cette observation, le Dr Bernier et son équipe ont déduit qu’un éventuel arrêt de fonctionnement de BMI1 chez l’humain se traduirait là aussi par un vieillissement accéléré du cerveau et une apparition des affections associées à la maladie.

Ainsi, en comparant les cerveaux de personnes mortes de la maladie d'Alzheimer avec ceux de personnes du même âge, mais mortes d’autres causes, ils ont constaté une diminution importante de l’expression du gène BMI1 seulement chez les patients morts de la maladie.

Afin de s’assurer que cette diminution n’était pas simplement une conséquence de la maladie, les chercheurs ont appliqué le même examen à sa forme précoce d’origine génétique.

Or, les chercheurs ont remarqué qu’il n’y avait pas d’altération de l’expression du gène BMI1 chez ces cas.

L’équipe a aussi examiné le cerveau de personnes dont le décès avait pour cause d’autres démences liées à l’âge, pour encore une fois relever l’absence d’altération de l’expression de BMI1.

En dernier lieu, les chercheurs ont réussi à produire en laboratoire à l’aide d’une méthode complexe des neurones provenant de patients atteints d’alzheimer et de personnes saines. Encore là, l’expression du gène BMI1 était altérée seulement dans les neurones de patients alzheimer.

Leur conclusion est claire : la perte d’expression de BMI1 dans le cerveau et les neurones des patients atteints de la forme commune de la MA n’est pas une conséquence de la maladie, mais pourrait par contre en être sa cause.

Un rôle dans l'apparition?

Les chercheurs ont donc voulu tester l’hypothèse selon laquelle la perte de BMI1 jouait un rôle direct dans le développement de la MA.

Pour ce faire, ils ont produit en laboratoire des neurones humains normaux. Une fois les neurones parvenus à maturité, ils ont inactivé le gène BMI1.

Le résultat est encore une fois très clair : toutes les marques neuropathologiques de la maladie avaient été reproduites en laboratoire.

Les chercheurs en ont conclu que la perte de fonction du gène MI1 dans les neurones humains était suffisante pour déclencher la MA.

Ils ont également effectué des études moléculaires pour comprendre comment la perte de BMI1 pouvait déclencher la maladie.

Ces travaux ont révélé que la perte de BMI1 entraînait une production accrue des protéines bêta-amyloïde et Tau, ainsi qu’une diminution de la capacité naturelle des neurones à éliminer les protéines toxiques.

Le gène BMI1

Les chercheurs ont de bonnes raisons de penser qu’un médicament menant à la restauration de l’expression du gène BMI1 dans les neurones de personnes atteintes de la maladie à ses débuts pourrait retarder l’évolution de la maladie, voire renverser son processus.

Le détail de cette étude est publié dans la revue Cell Reports.

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