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La FTQ-Construction critique « l'immobilisme de Québec » dans le dossier de l'amiante

La FTQ-Construction est scandalisée par le maintien, par Québec, de normes d'exposition à l'amiante moins strictes que presque partout ailleurs au Canada. Une attitude d'« immobilisme », qui nuit à la santé des travailleurs, selon le syndicat.

Parmi les 75 000 syndiqués qu'il représente, Yves Ouellet se dit incapable d'évaluer combien sont directement touchés par le problème de l'amiante.

« De l'amiante, il y en avait dans les structures, sur les routes, dans les écoles, il y en a dans les bâtiments, dans les hôpitaux... Il y en a partout », affirme le directeur général de la FTQ-Construction. Par conséquent, laisse-t-il entendre, tous les travailleurs sont à risque d'y être exposés.

« Maintenant, peut-on s'assurer que les taux d'exposition soient ceux du fédéral? » s'insurge-t-il.

Depuis juillet, le gouvernement du Canada a renforcé ses normes, mais il a été révélé cette semaine que le gouvernement du Québec n'était pas prêt à lui emboîter le pas immédiatement. La ministre québécoise du Travail attend les résultats d'une consultation publique avant de prendre une décision.

La nouvelle réglementation canadienne a ses limites : elle s'appliquera d'un océan à l'autre, mais seulement dans les édifices qui relèvent du fédéral, pour ne pas empiéter sur les juridictions provinciales. Si bien qu'au Québec, sauf pour les organismes et ministères fédéraux, les banques et les services postaux, par exemple, la norme en vigueur actuellement demeure dix fois plus élevée.

Trudeau décoche une flèche à Québec

Mercredi, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a commenté l'approche québécoise. « Nous nous attendons que le Québec fasse son travail aussi », a-t-il lancé, en marge d'une conférence de presse au Nouveau-Brunswick.

Yves Ouellet « lève son chapeau » au gouvernement fédéral, « même si je trouve ça "ben plate" qu’ils nous donnent une leçon comme ça », ironise-t-il.

« Mais je suis obligé d’avouer qu’ils ont raison », poursuit le directeur général de la FTQ-Construction, qui estime qu'Ottawa met en lumière l'urgence d'agir. Sur une pareille question de santé et de sécurité, « il ne peut y avoir deux écoles de pensée » entre deux ordres de gouvernement d'un même pays, dit-il en substance.

Retard en santé et sécurité, selon la FTQ-Construction

Yves Ouellet dénonce du même souffle le retard pris de manière plus générale en matière de santé et de sécurité au travail dans la province.

« Quand on a sorti la Loi sur la santé et la sécurité du travail, on avait des milles d’avance sur tout le monde, dit-il. Et on dirait que le gouvernement a arrêté là. On s’est contenté de ça il y a 30 ans et là, on est rendus à la remorque de tout le monde. »

Le DG de la FTQ-Construction s'insurge contre le fait que les articles 204 à 216 du Code de santé et sécurité au travail « n'ont jamais été promulgués » depuis ce temps.

De fait, sur le site de LégisQuébec, ces articles sont déclarés « non en vigueur » en date du 1er juin 2017.

Certes, dit M. Ouellet, « on a réussi de peine et de misère à avoir le représentant syndical en prévention sur les chantiers de grande importance ». Mais « encore là, le "patronal" essaie de le négocier », critique-t-il.

Des maladies évolutives et irréversibles

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) ne nie pas que les travailleurs des secteurs de la démolition, de la rénovation, de la maintenance et de l’entretien des bâtiments soient les plus susceptibles d’être exposés à des concentrations dangereuses de fibres d’amiante.

L’inhalation de poussière d’amiante peut engendrer une amiantose, un cancer du poumon ou un mésothéliome. Ces trois maladies sont évolutives et irréversibles, précise la CNESST.

« C'est une maladie très pernicieuse parce qu'elle va se déclarer 20 ans après [l'exposition à l'amiante], dit Yves Ouellet. Mais quand tu le sais, il est trop tard », se désole-t-il.

En Gaspésie, le directeur de la Santé publique, le docteur Yv Bonnier Viger, milite pour l'interdiction de l'amiante dans les édifices publics. Selon lui, l'amiante est la première cause de maladie industrielle au Québec et au Canada.

Chaque année, quelque 100 000 personnes meurent dans le monde d’une exposition survenue il y a des décennies. Au Canada, l'amiante entraîne quelque 2000 décès chaque année, dont plus d'une centaine au Québec.

Jusque dans la maison...

Il pourrait y avoir jusqu'à des centaines de milliers de résidences au pays isolées avec de la vermiculite contaminée à l'amiante, sans compter les murs de plâtre, les tuiles et les prélarts qui peuvent en contenir.

Cette réalité rend les institutions financières frileuses et les assureurs méfiants. Car de plus en plus de transactions immobilières avortent, les acheteurs potentiels hésitant à se porter acquéreurs d'une résidence contaminée à l'amiante.

L'amiante, banni d'ici 2018 au Canada

Dans le monde, une soixantaine d'États ont interdit l'utilisation de l'amiante sous toutes ses formes.

Au Canada, la ministre des Sciences, Kirsty Duncan, a annoncé, en décembre dernier, que l'utilisation, l'exportation et l'importation de l'amiante seraient complètement bannies d'ici 2018.

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