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La jeunesse de Shamattawa face au deuil et à l'ennui

Une semaine après l'incendie qui a ravagé le conseil de bande et l'unique épicerie de la Première Nation Shamattawa, au Manitoba, la communauté se relève lentement. Six enfants sont présumément à l'origine de ce feu, qui a sévi là où la jeunesse connaît de nombreux deuils et manque de divertissements.

Un texte de Rémi Authier

Impossible de le manquer en sortant du petit aéroport : un grand trou se trouve là où était le bâtiment le plus important de la Première Nation. Il ne reste plus que des ruines qu'une pelle mécanique s'active à faire disparaître.

Le 22 septembre, tandis que la majorité des résidents assistaient aux funérailles d'une jeune mère, une demi-douzaine de jeunes ont, selon la police, allumé un feu qui a bouleversé la communauté. En l'espace de quelques heures, le seul magasin de Shamattawa s'est embrasé et, avec lui, le guichet automatique, le bureau de poste et toute la nourriture.

Un adolescent âgé de 12 ans pourrait être le seul accusé dans cette affaire, car il a l'âge minimal en vertu de la Loi sur les jeunes contrevenants. La Gendarmerie royale du Canada envisage des accusations, mais plusieurs voix s'élèvent pour s'y opposer.

Parmi elles, le chef de la Première Nation Shamattawa, Jeffrey Napoakesik, qui rappelle l'opposition des grands chefs Sheila North Wilson et Derek Nepinak. « C'est l'avis que je reçois de la communauté », dit-il. « On me dit qu'il ne faut pas blâmer les enfants. Que nous devrions nous blâmer et que nous aurions dû faire mieux ».

Pour plusieurs membres de la communauté, les actions des jeunes s'expliquent par la douleur et la tristesse qui fait partie de leur quotidien.

Dans cette petite communauté d'environ 1000 personnes, tous connaissent un proche victime d'une mort violente ou d'un suicide. Selon l'auxiliaire d'enseignement Liam Napoakesik, plusieurs jeunes vont s'isoler de leurs amis, de leurs parents et de leurs professeurs. Une attitude qui conduit à des gestes comme allumer un feu ou faire une tentative de suicide.

Pour de nombreux résidents, la solution ne passe pas par le système de justice, mais par un plus grand accès à des conseillers et des psychologues. Un psychologue visite l'école de Shawattawa une à deux fois par année, ce qui est insuffisant, selon le directeur de l'établissement, Lawrence Einarsson. « À l'école, nous avons un budget fixe, contrairement aux écoles du système provincial qui ont beaucoup d'argent. Nous avons le tiers de leur budget, nous n'avons pas d'argent pour engager des spécialistes. »

Avant même l'incendie, le directeur travaillait sur un projet d'équipe d'intervention en cas de crise, qu'il veut mettre sur pied dans la communauté pour éviter de se retrouver sans ressources. « Ce qui arrive, c'est que les intervenants viennent pour deux jours et puis ils partent, nous laissant seuls », note-t-il. Lawrence Einarsson aimerait aussi voir plus de programmes offerts aux jeunes.

À ce manque de soutien psychologique s'ajoute le manque de divertissement dénoncé par plusieurs membres de la Première Nation. Des initiatives ont été mises sur pied pour offrir aux jeunes un moyen de se divertir et de pratiquer des sports, mais cela semble être insuffisant.

Victoria Redhead fait partie de ceux qui aimeraient que la communauté en fasse plus pour offrir des activités de camping, de chasse et de pêche aux plus jeunes. Elle voit là un moyen pour les jeunes de s'occuper et de ne pas faire de vandalisme.

Le feu du conseil de bande a empiré la situation, puisque le bâtiment utilisé comme centre récréatif est utilisé comme épicerie temporaire par l'entreprise Northern Store. Les adultes peuvent de nouveau acheter de la nourriture, mais les jeunes doivent maintenant aller dehors pour jouer au baby-foot. Même chose pour le gymnase de l'ancienne école, une autre aire de jeux réquisitionnée à la suite du feu et utilisée comme centre de distribution de dons.

Le chef Jeffrey Napoakesik se dit conscient de ce problème et affirme en avoir discuté avec le directeur régional du ministère des Affaires autochtones. Il espère qu'un nouveau centre récréatif pourra être construit pour donner un lieu à ces jeunes qui veulent le plus souvent s'amuser.

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