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La leçon de discrimination, 10 ans plus tard

En 2006, une enseignante dit à ses élèves que des études prouvent que les petits de taille sont intelligents et créatifs, et les grands, maladroits et paresseux. Elle divise sa classe sur cette base. Cette expérience avait pour but d'éliminer un problème de discrimination dans sa classe. Dix ans plus tard, que reste-t-il de cette leçon bouleversante?

Un reportage de Pasquale Turbide et de Martyne Bourdeau d'Enquête

Dès la diffusion du reportage La leçon de discrimination, nous avions décidé de conserver toutes les coordonnées des élèves et de leurs parents. Nous n'avions pas conscience que, 10 ans plus tard, Facebook faciliterait grandement nos démarches pour retrouver les élèves.

Ils ont tous accepté de se réunir pour une journée de retrouvailles dans leur ancienne classe de troisième année, en compagnie de leur enseignante Annie Leblanc. Comment l'ancien élève intimidé et ses intimidateurs composent-ils aujourd'hui avec ce qui s'était passé durant leur primaire?

PIERRE-LUC

C'était surtout pour lui qu'Annie Leblanc avait accepté de mettre sur pied la leçon de discrimination. Pierre-Luc, un élève sensible aux prises avec un problème de poids, était la cible d'intimidateurs depuis la maternelle. Aujourd'hui, Pierre-Luc a quitté son village. Il étudie à l'université. Dix ans ont passé, mais les cicatrices laissées par des années de tourment sont toujours apparentes.

BENJAMIN, JIMMY ET MICHAËL

À 8 ans, les trois amis de l'époque étaient en quelque sorte les rois de la classe. Ils ont parfois profité de ce statut auprès des autres élèves. Pierre-Luc était au nombre de leurs souffre-douleur.

Benjamin avait quitté le village après sa troisième année et les trois jeunes hommes ne s'étaient donc pas revus. Leurs retrouvailles ont suscité une certaine prise de conscience sur les raisons de leurs agissements et les conséquences de leurs actes.

LAURENCE

Première de classe à l'époque - et encore aujourd'hui -, Laurence commence cette année des études universitaires en pharmacie. Plutôt effacée durant l'expérience, elle nous avait fait une révélation étonnante trois semaines plus tard, lors de notre retour à l'école. Une révélation... qu'elle regrette un peu aujourd'hui.

SABRINA

Cette petite fille pas comme les autres a ému les téléspectateurs et mystifié les chercheurs de partout dans le monde. Contrairement à la plupart de ses camarades, elle avait clairement rejeté les privilèges auxquels elle avait droit, un trait atypique qu'elle semble avoir conservé à l'adolescence.

Aujourd'hui, nous révélons les raisons de sa réaction : Sabrina déménageait constamment et n'avait jamais passé deux ans de suite dans la même école. La petite nouvelle n'avait pas envie de se faire des ennemis.

ANNIE LEBLANC

À première vue, rien n'a changé pour cette populaire enseignante qui travaille à l'École Saint-Pierre depuis 16 ans. Annie Leblanc s'intéresse toujours aux questions de discrimination et d'intimidation et elle a gardé contact avec plusieurs élèves de sa classe de troisième, « l'une des meilleures de [sa] carrière ». Mais il y a 10 ans, les réactions suscitées par le reportage l'avaient fortement ébranlée.

Notre démarche, il y a 10 ans

C'est en 2005 qu'une équipe de Radio-Canada a pensé à reproduire au Québec une célèbre expérience de psychologie sociale, Brown eyes, blue eyes, mise sur pied dans une école de l'Iowa à la suite de l'assassinat de Martin Luther King en 1968.

À l'époque, l'enseignante américaine avait utilisé la couleur des yeux pour séparer sa classe en deux groupes. Elle avait favorisé un groupe pendant une journée, avant de faire le contraire le lendemain. Son but : faire ressentir aux élèves le poids de la discrimination.

Nous cherchions à savoir si une telle expérience susciterait les mêmes réactions chez des enfants des années 2000, probablement mieux informés et sensibilisés par rapport aux préjugés.

Après plusieurs mois de recherche et quelques projets avortés, Pasquale Turbide et la réalisatrice Lucie Payeur ont présenté leur idée à Annie Leblanc. Mme Leblanc enseignait à Saint-Valérien-de-Milton, en Montérégie, un milieu agricole et homogène, assez semblable à celui de l'expérience originale.

Pourquoi avoir accepté une telle proposition? Annie Leblanc avait remarqué que des préjugés raciaux commençaient à s'installer chez certains de ses élèves. Et elle souhaitait surtout faire évoluer les choses pour un de ses élèves, souffre-douleur de ses camarades depuis plusieurs années.

Après plusieurs sessions d'information, le projet a reçu le feu vert de la direction, de la commission scolaire et surtout de tous les parents. Richard Bourhis, chercheur à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste de la psychologie des relations intergroupes, a aidé l'équipe à adapter l'expérience, en plus d'expliquer ses origines scientifiques aux téléspectateurs. Le critère de séparation a été modifié. On utiliserait la taille médiane des enfants pour séparer les élèves entre grands et petits.

En février 2006, nous avons rencontré les enfants et tourné une journée de classe habituelle. Quatre caméras ont été installées dans la classe pendant la soirée. Durant les deux jours suivants, Annie Leblanc a mené sa classe et son expérience sans intervention de l'extérieur.

Elle avait évidemment le droit d'interrompre l'expérience - et le tournage - à tout moment. Trois semaines plus tard, nous sommes retournés à Saint-Valérien-de-Milton pour évaluer ce que les enfants avaient retenu, une fois la poussière retombée.

Vous pouvez visionner le reportage de 2006 ici :

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