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La légalisation du mariage gai à Taïwan suscite un espoir prudent chez les militants en Chine

La décision historique de la Cour constitutionnelle de Taïwan de légaliser le mariage homosexuel le 24 mai dernier - une première en Asie - suscite un espoir prudent chez les militants gais rencontrés par notre correspondante Anyck Béraud lors de la Shanghai Pride, qui se présente comme le plus ancien festival de la fierté en Chine continentale.

D’ailleurs, dès que ce sera possible, Sun Wenlin, 28 ans, qui milite pour la légalisation du mariage entre personnes du même sexe en Chine, va tenter de se marier là-bas, à Taïwan, et ce, même s'il a déjà une bague au doigt.

En effet, il a déjà échangé ses vœux avec son compagnon, à Changsha, la capitale de la province chinoise de Hunan.

Par défi. Car le tribunal leur avait refusé un certificat de mariage.

Mais même s'il devait officialiser son union à Taïwan, le militant compte poursuivre sa lutte en Chine continentale.

S’il trouve inspirant ce qui se passe à Taïwan, Sun Wenlin est bien conscient du fossé qui sépare cette île, reconnue pour son progressisme, et la Chine continentale.

Hanze Song, venu de Hangzhou, dans l’est de la Chine, pour tenir un kiosque au festival Shanghai Pride en fin de semaine, regarde aussi vers Taïwan les yeux chargés d'espoir.

« Les autorités taïwanaises octroient beaucoup plus de libertés à leurs citoyens », souligne-t-il, se réjouissant du message envoyé par l’île qui fait partie de la grande famille, pour bien des Chinois du continent.

C’est exactement la raison pour laquelle Wei Tingting se sent tout aussi galvanisée par la légalisation prochaine du mariage des personnes de même sexe à Taïwan.

« Nous partageons la même langue et la même culture basée sur des valeurs traditionnelles », lance la jeune femme qui s’est installée à Guangzhou (ville connue aussi sous le nom de Canton).

Et la rapidité avec laquelle Taïwan a pris sa décision lui fait espérer que cela pourrait arriver d’ici une dizaine d’années en Chine continentale.

Le degré d’appui au mariage gai reste difficile à jauger

L’homosexualité était illégale en Chine jusqu’en 1997 et considérée comme une maladie mentale jusqu’en 2001.

Parmi les personnes croisées au festival ShanghaiPride, certaines estiment qu’il y a toujours des formes de discrimination, notamment hors des grands centres, dans ce pays qui reste conservateur; d’autres trouvent que la société chinoise est plutôt tolérante envers la communauté LGBT. « C’est la politique du Don’t Ask, Don’t Tell », dit Pierre, un résident de Shanghai.

Le militant Sun Wenlin reconnaît ne pas savoir exactement si la Chine est prête pour le mariage gai puisqu’il n’y a pas eu d’enquête d’opinion effectuée récemment à cet effet.

Il se raccroche cependant, pour rester optimiste, au dernier sondage, qui remonte à environ 10 ans, et selon lequel la moitié de la population soutiendrait l’union entre les conjoints de même sexe.

Il a l’intention entre-temps de sensibiliser le public en organisant d’autres « mariages » comme le sien et en faisant une tournée du pays.

Sun Wenlin est d'ailleurs venu présenter ses projets et faire du réseautage lors du Forum sur la famille de la 9e édition de Shanghai Pride, car il sent que sa mission est parfois lourde à porter, faute de ressources humaines suffisantes à Changsha.

Entre espoir et réalisme

Faire la promotion de la visibilité, ainsi que de la tolérance, de l'amour et des valeurs familiales : cela fait partie des objectifs de ce festival de la fierté avec ses ateliers, ses expositions, ses films entre autres activités - mais pas de défilé -, précise la cofondatrice Charlene Liu.

Elle se dit très encouragée par la décision de Taïwan, qui témoigne bien des avancées de la cause LGBT dans le monde.

Quant à voir de son vivant le mariage gai en Chine continentale... peut-être, dit la quadragénaire, mais cela prendrait encore beaucoup de temps.

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