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La mairesse de Longueuil Caroline St-Hilaire révèle qu'elle est sourde

Caroline St-Hilaire est sourde. Elle lit sur les lèvres. Dans sa biographie Se faire entendre qui paraîtra la semaine prochaine, la mairesse se livre avec franchise sur son handicap, sa vie personnelle et ses 20 années de carrière politique sur lesquelles elle tirera un trait à la fin de son mandat, le 5 novembre prochain.

Un texte de Thomas Gerbet

« Je suis sourde. [...] Pour fonctionner, je porte deux appareils et, sans ces merveilles technologiques, je n'entends rien. » Cette révélation de la mairesse de Longueuil est le passage marquant de cette biographie de 200 pages, écrite à la première personne avec l'auteure Geneviève Lefebvre.

Caroline St-Hilaire savait depuis l'enfance qu'elle deviendrait complètement sourde. Son ouïe disparaît entièrement dans la trentaine alors qu'elle est députée fédérale de Longueuil pour le Bloc québécois.

« De ma surdité vient parfois mon interprétation parfois fantaisiste des choses. Je pense avoir bien entendu, alors qu'en fait, j'ai remplacé certains mots par d'autres. Si Maka [Kotto, son mari] me dit "C'est l'assiette", moi j'entends "Tu es raciste". Ça a créé toutes sortes de malentendus, le plus souvent cocasses. »

La politicienne apprend à utiliser ce handicap à son avantage. Quand ses deux enfants et les quatre de Maka Kotto sont à la maison, elle enlève ses appareils pour avoir le silence complet. Parfois, lors d'une chicane avec son mari, elle peut feindre une faiblesse de piles.

Elle raconte qu'à la Chambre des communes, lorsqu'elle était députée, son chef Gilles Duceppe faisait appel à elle pour savoir ce qui se tramait de l'autre bord. « M. Duceppe se tournait vers moi : "Qu'est-ce qu'il a dit?" Et la plupart du temps, je pouvais l'informer de ce que "l'adversaire" venait de dire à un de ses collègues. »

Franche, parfois trop

Élue députée à 27 ans, Caroline St-Hilaire est d'abord discrète puis se fait remarquer dans le caucus du Bloc pour son tempérament bien trempé. Un jour, un collègue du Bloc d'une région éloignée lui dit : « Caroline, je comprends pourquoi tu t'es fait élire avec ces belles jambes-là. » Elle se retourne et lui répond : « En tout cas, toi, c'est pas avec ta face que tu t'es fait élire. »

Des collègues lui reprochent son manque de diplomatie, elle est jugée « trop raide ». « Sa qualité, c'est de dire ce qu'elle a à dire. Sans se demander si ça va lui nuire ou pas. », témoigne Gilles Duceppe, dans le livre. Caroline St-Hilaire explique avoir longtemps eu un rapport difficile à la critique.

À la fin de la biographie, la mairesse de Longueuil reconnaît avoir été « trop rigide », trop brusque. On comprend entre les lignes qu'elle s'est froissée avec des collègues de l'hôtel de ville.

2015, annus horribilis

Caroline St-Hilaire avoue avoir chanté à plusieurs reprises « Ma vie, c'est de la marde », il y a deux ans.

À l'époque, les mauvaises nouvelles s'abattent les unes sur les autres sur Longueuil : querelle avec le ministre Pierre Moreau, conflit avec les cols bleus, menaces de mort lors de la crise sur l'utilisation de l'anglais au conseil municipal, passerelle de la 132 arrachée par un camion, meurtre de Jenique Dalcourt et surtout l'épisode de la contamination de l'eau potable au diesel.

La crise du diesel a été « difficile » reconnaît la mairesse, « nos communications ont laissé à désirer. Je l'avoue avec humilité, devant les événements imprévus, nous avons sous-estimé la réaction des citoyens, et leur inquiétude, légitime. » L'épisode a changé sa façon d'appréhender son rôle d'élue.

Critique des médias

Caroline St-Hilaire dit avoir été démotivée par l'attitude des journalistes. « Les médias ne sont jamais intéressés par ce qui va bien, par les efforts de ceux qui se fendent en quatre pour que les citoyens soient bien servis. » La femme de 47 ans, a été toute sa carrière très sensible à son image publique.

Lors de crises, elle a fait appel au conseiller Steve Flanagan, ancien porte-parole d'Hydro Québec, pendant la crise du verglas de 1998. Elle a aussi engagé une conseillère stratégique pour gérer son annonce de départ de la mairie, en février dernier.

Caroline St-Hilaire répète à plusieurs reprises dans la biographie, qu'elle parle toujours avec franchise et dit la vérité. Elle confie toutefois son plaisir de bientôt retrouver sa « liberté de parole » et d'enfin pouvoir arrêter de « marcher sur des oeufs. » À partir de novembre, elle deviendra chroniqueuse/commentatrice à la télévision.

Retour un jour en politique?

« Je me tanne vite des choses que je maîtrise. J'ai besoin de défis », reconnaît Caroline St-Hilaire.

Après l'annonce de son retrait de la politique, Denis Coderre lui téléphone : « Es-tu malade? Qu'est-ce qui ne va pas? Je peux faire quelque chose? Tu ne t'en vas pas à Québec au moins?! » Elle lui répond alors : « Non, Denis. Je ne sais pas où je vais, mais ce n'est certainement pas à l'Assemblée nationale! »

Mais tous ses proches n'y croient pas. « Elle va revenir, elle a trop le sens de l'État. Tu ne fermes pas le canal comme ça pour passer à autre chose. Je la vois au sommet. Pas ailleurs. » dit un de ses mentors au Bloc, l'ancien député Yvan Loubier. Enfant, Caroline St-Hilaire voulait devenir première ministre du Québec.

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