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La majorité libérale fait mentir les sondages

Le « vrai sondage », c'est-à-dire les résultats de l'élection de lundi, a une fois de plus fait « mentir » des coups de sonde menés en fin de campagne. Très peu d'analystes avaient prévu l'arrivée d'un gouvernement majoritaire.

Un texte de Mathieu Gobeil

Le parti de Justin Trudeau se trouvait en tête des intentions de vote depuis une dizaine de jours et les agrégateurs de sondages laissaient tous prévoir un gouvernement libéral, mais minoritaire. Les experts en sondage profiteront sans doute des prochains jours pour tenter d'expliquer ce qui s'est passé pour que le PLC remporte 184 sièges.

Un sondage Léger paru samedi plaçait les libéraux premiers au Canada, avec 38 % des voix, et au Québec, avec 31 %, ce qui est près des résultats de lundi. Ce sondage indiquait toutefois que 36 % des électeurs risquaient de changer d'opinion.

C'est le Signal, outil du magazine L'Actualité, qui aura donné le plus de sièges aux libéraux dans ses projections, soit 160. Le site prévoyait que 120 circonscriptions iraient aux conservateurs et 50 au NPD.

Les dernières projections du site Too close to call donnaient 137 sièges aux troupes de Justin Trudeau, 120 aux conservateurs et 72 au NPD.

Le Calcul électoral du Journal de Montréal donnait lui aussi 137 sièges aux libéraux, mais 117 au PC et 76 au NPD.

Finalement, le site Poll Tracker de CBC donnait 146 sièges aux libéraux, 118 aux conservateurs et 66 aux néo-démocrates.

Effet d'entraînement

Plusieurs analystes et chroniqueurs - par exemple Paul Wells du magazine Maclean's - soulignaient récemment que les conservateurs bénéficient normalement d'une « prime à l'urne », qui aurait pu rendre l'issue du scrutin incertaine. Les conservateurs séduisent un bassin électoral plus âgé qui vote en plus grand nombre; il y aurait aussi une sous-estimation des électeurs conservateurs « discrets » dans les sondages. Autrement dit, même si les libéraux menaient dans les intentions de vote, les troupes de Stephen Harper pouvaient encore espérer obtenir un gouvernement minoritaire - de justesse - en raison de cette prime à l'urne, selon ces observateurs.

Experts et journalistes tentaient d'ailleurs depuis des semaines d'imaginer la suite des choses advenant l'élection d'un gouvernement conservateur minoritaire, une possibilité qui semblait bien réelle.

Il semble qu'il y ait eu au contraire un effet d'entraînement, une proportion toujours plus grande d'électeurs se tournant vers les libéraux à mesure que ceux-ci gagnaient des appuis dans les intentions de vote dans les dernières semaines. Cette possibilité avait été mentionnée notamment par Nik Nanos de la firme de sondage Nanos, vendredi dernier.

Le Parti libéral aura finalement été choisi comme le véhicule du changement par une majorité d'électeurs. Nombre d'entre eux semblaient, au début de la campagne électorale, privilégier le NPD à ce titre.

Aucun sondage n'avait prévu une chute aussi marquée pour le parti de Thomas Mulcair. Dans la plupart des estimations juste avant le scrutin, le NPD récoltait environ de 50 à 76 sièges, en convertissant les intentions de vote. La dégringolade à 42 sièges qui s'est avérée lundi soir est une surprise.

Pour ce qui est du Bloc québécois, les agrégateurs de sondage ont légèrement sous-estimé la remontée du parti avec Gilles Duceppe à sa tête. Ils prévoyaient entre 6 et 8 circonscriptions bloquistes. Les Québécois auront finalement envoyé 10 députés du Bloc à Ottawa.

Quant au Parti vert, les agrégateurs avaient vu juste, avec un siège, soit celui de la chef, Elizabeth May, dans Saanich-Gulf Islands, en Colombie-Britannique.

Quand les prévisions errent

L'histoire récente a montré que les résultats électoraux font souvent mentir les sondages. Lors des élections fédérales de 2011, les sondages avaient prévu une forte députation du NPD au Québec, mais non de l'ampleur de la fameuse « vague orange », - cette délégation-surprise de 58 députés néo-démocrates du Québec.

En Alberta, aux élections provinciales de 2012, le Wildrose menait une chaude lutte contre le Parti progressiste-conservateur. Dans les derniers jours de la campagne, le Wildrose était en tête, et selon certains sondages, risquait de former un gouvernement majoritaire. Mais le soir de l'élection, le Parti progressiste-conservateur est revenu au pouvoir avec une importante majorité.

En juin 2014, les libéraux de Kathleen Wynne en Ontario ont fait mentir les sondages qui prédisaient une lutte serrée entre son parti et les conservateurs et un autre gouvernement minoritaire. Le Parti libéral avait remporté un quatrième mandat et obtenu, à la surprise générale, une majorité des sièges.

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