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La mouvance de l'extrême droite plus visible au Québec

La montée de la mouvance de l'extrême droite se fait sentir dans la région de Québec, mais le phénomène s'étend aussi à l'ensemble de la province, où le discours de groupes radicaux trouve écho.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

On compterait une trentaine d'organisations dans la mouvance de l'extrême droite, dont certaines sont plus radicales. Des policiers qui ont accepté de nous parler sous le couvert de l'anonymat affirment avoir ces groupes à l'œil. « On surveille les groupes qui s'affichent et on surveille les individus, précise l'un de ces policiers. Ils sont d'intérêt pour nous parce qu'on veut les suivre dans leur évolution. On veut surtout suivre ceux qui gravitent autour de ces groupes. »

On retrouve sur le territoire québécois des groupes comme Atalante, les Soldats d'Odin, les Wolves of Odin, Pegida, Northern Guard, la Fédération des Québécois de souche, le Mouvement traditionaliste du Québec et des milices comme les III % (trois pour cent).

On retrouve également des groupes qui se présentent comme des mouvements citoyens, mais que les policiers considèrent d'extrême droite comme La Meute, Storm Alliance et Canadian coalition of concerned citizens.

La Meute et Storm Alliance se défendent d'être des mouvements d'extrême droite. Storm Alliance milite contre les politiques d'immigration, alors que La Meute s'affiche comme étant anti-immigration illégale et anti-islam radical.

Ces groupes qui font bien sentir leur présence dans la région de Québec sont actifs dans presque toutes les régions. Storm Alliance aurait 1300 militants au Québec. La Meute, qui dénonce notamment l'immigration illégale et l'islam radical, aurait autour de 50 000 abonnés dans les réseaux sociaux, selon son porte-parole, Sylvain Brouillette.

« La clientèle type de La Meute, c'est des mères et des pères de famille qui ont connu l'époque glorieuse du Québec et du Canada, dit-il, et qui s'inquiètent de voir ce qui se passe ailleurs, surtout en Europe. »

« Notre mouvement est populaire partout au Québec, en dehors de Montréal, ajoute M. Brouillette. Montréal, la ville même, c'est le bastion de la gauche au Québec, donc on est moins populaire. Le mouvement prend de l'ampleur. Les régions dominantes, ce sont les Laurentides, Saguenay qui est très fort, la grande région de Québec, la Montérégie et l'Estrie. L'identitaire et le nationalisme sont plus forts en région aussi. »

« Vendre la cause »

D'après des experts policiers, même s'ils sont préoccupants, ces groupes dans la mouvance de l'extrême droite ne représentent pas nécessairement une menace. Ils cherchent surtout, selon eux, à faire valoir leur point de vue et à populariser leurs opinions en utilisant les réseaux sociaux.

Des craintes

Les policiers se disent surtout préoccupés par les individus qui gravitent autour de ces groupes qui pourraient se radicaliser et commettre des actes violents. On craint que des individus se radicalisent en lisant les propos haineux qui peuvent être publiés sur les pages des sympathisants de certains groupes d'extrême droite.

Maxime Fiset, du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, déplore le double discours de ces groupes pour charmer le plus grand nombre de personnes et ainsi augmenter leur pouvoir d'influence et la légitimé de leurs revendications.

M. Fiset ajoute que « La Meute attire plein d'individus, des plus extrémistes aux moins extrémistes. Dans les plus extrémistes justement, on en surveille certains en ce moment qui ont une capacité opérationnelle assez élevée, qui possèdent des armes et qui parfois tiennent des propos carrément génocidaires, et qui sont des membres de La Meute en toute impunité. »

La Meute affirme expulser les sympathisants qui ont des propos racistes.

Selon Maxime Fiset, si le Québec est confronté à la montée d'une mouvance de l'extrême droite, c'est en grande partie en raison du débat sur le projet de Charte des valeurs du Parti québécois, qui a, selon lui, cristallisé la population sur la question identitaire. « Le débat qu'il y a eu autour de ça et qui était essentiellement porté sur la femme musulmane voilée a créé un immense courant islamophobe au Québec. »

Des visées politiques

À l'instar des groupes d'extrême droite en Europe, ceux qu'on retrouve au Québec songent de plus en plus à faire le saut dans l'arène politique.

Pegida-Québec, la branche québécoise de Pegida, un groupe originaire d'Allemagne, qui est anti-immigration et anti-islam, appuie la création d'un parti politique, le Mouvement traditionaliste du Québec.

Le chef du parti, Sébastien Poirier, a déjà entamé des démarches pour lancer sa formation politique. Son programme électoral est déjà prêt. « On vise à fermer les frontières en ce qui a trait à l'immigration illégale, réduire de beaucoup, voire enlever complètement l'apport de réfugiés qui menace en fait à long terme la culture québécoise », précise M. Poirier.

La Meute ne cache pas qu'elle veut s'impliquer politiquement. « Je pense que La Meute est en train de se positionner comme un incontournable dans l'atmosphère politique au Québec, explique Sylvain Brouillette. Nous, on va s'impliquer de plus en plus à mesure que la campagne électorale de 2018 va s'en venir. »

Storm Alliance aussi lorgne du côté politique. « Aller en politique, c'est le peuple qui va décider. On travaille sur une plateforme électorale présentement », précise Dave Tregget.

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