La disparition des enfants Ruperthouse comporte, encore aujourd'hui, de nombreuses zones grises. Cette famille algonquine originaire de la communauté de Pikogan en Abitibi n'arrive toujours pas à élucider ce qui s'est précisément passé avec Tony et Emily.

Un texte de Sarah Sanchez

Françoise Ruperthouse est venue raconter ce qu'elle sait de l'histoire de son frère et de sa sœur, lors de la deuxième journée d'audiences de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles disparues et assassinées, qui se tiennent à Montréal jusqu'à vendredi.

Tony avait à peine deux ans quand il a été admis à l'hôpital d'Amos pour des problèmes respiratoires, à la fin des années 1950.

À l'époque, la famille Ruperthouse vivait en forêt. Le petit Tony a dû être évacué par hydravion. Il n'est jamais revenu à la maison.

« Il n'y avait pas de corps, il n'y avait rien, pas de certificat. Ils nous ont juste dit: votre bébé est décédé », raconte Françoise Ruperthouse.

Ce n'est que plusieurs années plus tard que la famille a appris que le petit Tony était, en réalité, mort à l'âge de 7 ans dans un hôpital de Baie-Saint-Paul.

Le départ d'Emily

Quelques mois après la disparition du petit garçon, c'est au tour d'Emily Ruperthouse, 5 ans, de séjourner à l'hôpital d'Amos.

La petite fille pleine d'énergie qui adorait courir dans les bois a été hospitalisée en raison d'une vilaine réaction à une piqûre d'abeille.

Elle aussi a disparu.

« Ce sont deux enfants. Un ce n'était pas assez, il en fallait un autre! Mes parents ont passé leur vie à se demander « Ou ce qu'il est mon bébé? Où sont nos enfants? » », a expliqué Françoise Ruperthouse sans pouvoir retenir ses larmes.

Dans le cas d'Emily, l'hôpital a informé la famille du transfert de la fillette dans un autre établissement. Sans plus.

Retrouvailles difficiles

Encouragée par son père, Françoise Ruperthouse s'est démenée une grande partie de sa vie pour retrouver sa sœur. Avec l'aide du Centre d'amitié autochtone de Québec, elle a fini par la retracer...plus de 30 ans après sa disparition.

Au début des années 1990, la famille Ruperthouse retrouve Emily dans un hôpital de Baie-Saint-Paul.

À 37 ans, Emily souffrait d'un lourd handicap. Elle ne parlait pas, ne marchait pas.

« C'est quelque chose de revoir notre sœur dans un état de même, alors que ma mère l'a déjà vue courir, parler, crier. On ne sait même pas ce qui s'est passé parce qu'ils ne nous le disent pas. On n'a aucun dossier médical de ma sœur. On ne sait rien, rien! », déplore Françoise.

Les médecins avaient averti la famille qu'Emily n'était pas en condition de les reconnaître, qu'elle ne reconnaissait personne.

« La première chose, quand elle s'est réveillée, elle nous a regardés et elle nous a reconnus. Elle a reconnu ma mère tout de suite. Le premier mot qu'elle a dit c'est maman. »

Emily a été rapatriée en Abitibi. Elle est décédée en 2010.

Si Françoise Ruperthouse a accepté de venir témoigner à l'ENFFADA, c'est parce que plusieurs de ses questions sont sans réponse.

« Je m'informe de tout bord, tout côté, en lisant des articles. On voit qu'il y a eu des expériences médicales sur les enfants autochtones? Ont-ils fait la même chose à mon frère et à ma sœur ? »

« Je veux savoir ce qui s'est passé ».

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