Il n'y a pas à s'y méprendre. Le camp Clinton est nerveux. Y a-t-il une autre façon d'interpréter la forte réaction à l'annonce du FBI touchant ces nouveaux courriels qui seront passés au peigne fin? Les démocrates sont inquiets, mais ils ne pensent probablement pas à ce que les enquêteurs pourraient trouver dans ces missives...

Yanik Dumont Baron

  Une analyse de Yanik Dumont Baron

Le directeur du FBI avait été assez clair cet été. Une année d'enquête sur le fameux système de messagerie privée utilisée par l'ex-secrétaire d'État n'a rien relevé de criminel. Oui, des messages classifiés ont transité par des serveurs mal sécurisés. Mais non, l'intention n'était pas de trahir son pays en refilant des secrets à des adversaires.

Une « extrême négligence », avait dit James Comey, mais pas d'accusation criminelle. Un verdict qui devait clore un long et douloureux chapitre pour Hillary Clinton. Un boulet qu'elle avait elle-même attaché à son pied en décidant de contourner les règles sur la gestion des courriels au gouvernement américain.

Et voilà que l'histoire refait surface, à quelques jours de l'issue d'une course bien négative. « Il n'y a rien à trouver » (« There is no case »), lançait Hillary Clinton lundi, en invitant les enquêteurs à bien faire leur travail. L'avenir le dira, mais c'est l'immédiat qui préoccupe le camp démocrate. Ce fameux 8 novembre qui approche à grands pas.

En se montrant aussi sûre d'elle, Hillary Clinton voulait faire plus que rassurer les démocrates. Eux que toute cette affaire de courriels ne préoccupe pas beaucoup.

Elle pensait probablement davantage aux indépendants et même à des républicains. Des gens repoussés par la candidature de Donald Trump, mais qui hésitent aussi à appuyer la politicienne de longue date. Des gens dont le vote ne lui est pas encore acquis.

Ce que le FBI a fait, c'est de ramener à l'avant-scène une des faiblesses de la candidature d'Hillary Clinton. Ce penchant pour le secret, cette impression qu'elle se place au-dessus des lois. Une faiblesse qui avait été éclipsée par tous les torts reprochés à son adversaire Donald Trump depuis le premier débat.

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« L'effet Comey »

Il est encore trop tôt pour évaluer l'impact de ce que l'on surnomme déjà « l'effet Comey ». Mais risquons une hypothèse : à moins d'une importante trouvaille dans ces courriels, l'impact risque d'être marginal. L'affaire n'est pas neuve, la plupart des électeurs l'ont probablement déjà pris en compte dans leur décision.

Si « effet Comey » il y a, l'avantage dont dispose Hillary Clinton dans la course présidentielle pourrait s'effacer un peu plus. Et c'est dans des États où la course est serrée, comme la Floride, que cela peut se faire sentir. Justement, où Clinton et son équipe passent-ils beaucoup de temps ces jours-ci? En Floride.

La crainte démocrate, c'est probablement aussi pour les autres courses serrées. Celles qui devraient déterminer quel parti contrôle le Sénat l'an prochain. Avant ces révélations du FBI, les démocrates étaient favoris pour déloger un nombre suffisant de républicains. Est-ce encore le cas?

En Pennsylvanie, par exemple, le républicain Pat Toomey a de la difficulté à se faire réélire. Entre autres à cause de l'impopularité de Donald Trump. L'enquête du FBI vient peut-être de lui donner un bon atout : il faut des sénateurs républicains pour mieux veiller sur une éventuelle présidente Hillary Clinton.

Le même argument peut tenir la route dans d'autres États où la course sénatoriale est serrée, comme le New Hampshire. Et c'est peut-être ce qui inquiète le plus les démocrates : un Congrès républicain qui ne fait pas que surveiller une présidente Clinton. Un Congrès républicain qui tente de lui barrer la route à tout moment.

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