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La petite histoire des interdictions d'entrée aux États-Unis

En interdisant l'accès au territoire américain aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane, le président Donald Trump s'est défendu de cibler des groupes particuliers d'individus et a argué, avec raison, que d'autres présidents avant lui avaient eu recours à des mesures semblables en invoquant la sécurité nationale. Retour sur six moments où des lois ont limité l'accès au territoire américain pour les étrangers.

Un texte de Vanessa Destiné

1. La loi d’exclusion des Chinois

Adoptée le 6 mai 1882, sous la présidence de Chester A. Arthur, cette loi interdit aux travailleurs d’origine chinoise d’entrer au pays. À l'époque, les ouvriers chinois servent majoritairement de main-d’œuvre dans les mines. Beaucoup d’entre eux sont arrivés quelques décennies plus tôt, dans la grande période de la conquête de l’Ouest marquée par la ruée vers l’or en Californie.

En 1880, 105 000 Chinois vivent aux États-Unis, dont une très grande majorité dans l'Ouest, notamment sur le territoire qui deviendra San Francisco.

La période faste de la conquête est au ralenti et le travail se fait rare pour l’ensemble de la population. Les ouvriers chinois sont alors accusés de nuire à l’économie et au climat social.

La loi d’exclusion des Chinois est adoptée par le Congrès. En plus d’interdire l’entrée aux nouveaux arrivants chinois, elle oblige ceux qui sont déjà présents à s’enregistrer auprès des autorités et à obtenir des certificats pour leur garantir leur droit de revenir au pays s’ils décident d’en sortir. La loi, qui est restée en vigueur 10 ans, empêche aussi les ressortissants chinois d’accéder à la citoyenneté américaine.

Il s’agit de la première loi visant à restreindre de manière significative l’accès au territoire américain à un groupe spécifique d’individus.

Après une première expiration en 1892, la loi a été étendue pour être également appliquée aux immigrants japonais et adaptée pour permettre la déportation des individus non enregistrés auprès des autorités. La mesure a finalement été abrogée en partie en 1943, durant la Seconde Guerre mondiale, alors que la Chine combat dans le groupe des alliés aux côtés des États-Unis.

2. Les réfugiés juifs de la Seconde Guerre mondiale

Durant les grands bouleversements qui ont secoué l’Europe du 20e siècle, les États-Unis sont vus comme une terre d’accueil pour bien des gens qui fuient la guerre. Pendant le règne d'Hitler en Allemagne, le président Franklin D. Roosevelt s'est montré méfiant relativement à l'accueil de réfugiés juifs, car il craignait que des espions nazis se soient cachés parmi eux.

À cette époque, le gouvernement américain avait fixé à 26 000 le plafond du nombre de réfugiés provenant d'Allemagne - dont la majorité était juifs - admis annuellement aux États-Unis. Les experts estiment que durant la période hitlérienne, les autorités américaines ont rempli moins de 25 % de leur quota.

3. La loi sur les anarchistes

Le 3 mars 1903, les États-Unis adoptent la Loi sur l'exclusion des anarchistes à la suite de l’assassinat du président William McKinley par Leon Czolgosz, un anarchiste né en sol américain de parents polonais.

En plus d’interdire l’entrée aux immigrants soupçonnés d’adhérer aux courants anarchistes, la loi cible trois autres catégories d’individus : les épileptiques, les mendiants ainsi que les proxénètes et autres commerçants du sexe.

La loi est ensuite modifiée en 1918 pour permettre au gouvernement de déporter les anarchistes étrangers déjà au pays.

La Loi sur l'exclusion des anarchistes est la première à limiter l’accès au territoire américain sur la base de l’appartenance politique.

4. La chasse aux communistes

Après la Deuxième Guerre mondiale, l’agitation politique qui traverse les pays européens inquiète les autorités, et le « Red Scare », ou la peur des communistes, grandit.

Les États-Unis adoptent la Loi sur la sécurité intérieure en 1950. Cette première version d’une loi qui connaîtra plusieurs mutations interdisait l’accès au territoire américain aux potentiels communistes.

En plus de brimer considérablement les droits des individus en permettant des enquêtes extensives sur certaines personnes ou des arrestations arbitraires, elle rendait aussi possible la déportation des immigrants soupçonnés d’être membres du Parti communiste ou les empêchait d’obtenir la citoyenneté.

Le président de l'époque, Harry S.Truman, était un farouche critique de cette loi, qu’il a décrite comme le premier pas vers un état totalitaire. Il a opposé son veto présidentiel à la mesure, sans succès.

Certains éléments de la loi ont finalement été jugés anticonstitutionnels par la Cour suprême des États-Unis… au tournant des années 90.

5. Les représailles contre l'Iran

Dans la foulée de la crise de la prise d’otages américains en Iran en 1979, où 52 personnes ont été retenues contre leur gré dans l'ambassade américaine à Téhéran pendant 444 jours, l'administration du président Jimmy Carter a adopté une série de sanctions contre l'Iran. Parmi celles-ci, la fin de délivrance de visas américains pour tout ressortissant iranien.

Les sanctions ont graduellement été levées lorsque la crise s'est résorbée et l'immigration en provenance de l'Iran a de nouveau été autorisée en sol américain.

L’Iran figure à nouveau dans la liste des pays visés par des restrictions migratoires en raison du récent décret du président Donald Trump sur les pays musulmans.

6. La crainte des personnes séropositives

En 1987, le gouvernement américain décide d’interdire l’entrée aux personnes infectées par le VIH.

Sous la présidence de Ronald Reagan, le virus est ajouté à la liste des maladies dangereuses et contagieuses du registre du département de la Santé des États-Unis.

L’application de cette loi est particulièrement discriminatoire; à l’époque, des préjugés tenaces associent le sida à quatre groupes d’individus surnommés les « 4 H » : les homosexuels, les héroïnomanes, les Haïtiens et les hémophiles.

Le manque d’information sur la maladie donne également lieu à toutes sortes de rumeurs infondées, notamment le fait que le virus peut se transmettre par les voies respiratoires. Au cours des années, de nombreux scientifiques se sont levés pour dénoncer la mesure en rappelant qu'elle ne reposait sur aucune donnée scientifique valable.

Durant ses années au pouvoir, George W. Bush a entrepris de lever l'interdiction d'entrée visant les personnes séropositives. Ce processus sera finalement complété par Barack Obama au cours de son premier mandat, 22 ans après l'adoption de l'interdiction.

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