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La pétrochimie à la rescousse de l'économie albertaine

L'économie albertaine continue de suivre une trajectoire en dents de scie, au gré des cours du pétrole. La province veut se défaire de cette dépendance et offre maintenant 500 millions de dollars en crédits de redevances pour la construction d'usines de transformation du gaz naturel en plastique et autres matières à valeur ajoutée.

Un texte de Sylvain Bascaron

Il y a un peu moins de dix ans, l'Alberta a réalisé qu'il valait mieux pour elle d'extraire et d'exporter son bitume, son pétrole et son gaz naturel à l'état brut, et de laisser les autres, qu'ils soient Chinois ou Américains, transformer ses matières premières en plastique, par exemple, ou en essence.

Mais depuis, les cours des matières premières ont tellement atteint les bas-fonds que l'idée de développer localement la « chaîne de valeur ajoutée » retrouve un certain sens.

« Si l'économie de la province avait été plus diversifiée avant que les cours du pétrole n'arrivent à 30 $ lebaril, dit le ministre du Développement économique et du Commerce Deron Bilous, nous serions maintenant beaucoup mieux positionnés. »

« Mais comme ce n'est pas le cas, poursuit-il, des milliers d'Albertains ont été mis à pied et il y a un gros trou dans les finances de la province. Alors, nous devons investir maintenant pour qu'à l'avenir, quand les prix du pétrole fluctueront, l'économie albertaine soit plus stable. »

Crédits incitatifs

Le ministre a beau parler de diversification, la première annonce majeure qu'il a faite est dans le secteur pétrochimique. La province est prête à donner des crédits sur les redevances gazières de 200 millions de dollars à deux ou trois entreprises prêtes à investir au moins 1 milliard de dollars dans la construction d'une usine de transformation du propane ou du méthane en plastique, antigel et autres produits dérivés du gaz naturel.

À quelques dizaines de kilomètres au nord-ouest d'Edmonton se trouve le parc industriel Heartland. Environ 500 kilomètres carrés de terrains industriels prévus pour la transformation du gaz naturel. Un réseau de voies ferrées sur terre et des milliers de kilomètres de gazoducs sous terre relient les différents terrains qui peuvent ainsi s'alimenter et exporter leurs produits.

Ici, l'association industrielle estime que les crédits de redevances attireront des investissements directs de 5 milliards $, et qu'ils ont le potentiel de générer des investissements indirects de 27 milliards $.

Un coup de pouce salué

« Les investisseurs potentiels peuvent construire leurs usines ici, mais ils peuvent aussi le faire ailleurs », dit le directeur de l'Association industrielle Heartland Neil Shelly.

« Ailleurs, la main-d'oeuvre coûte moins cher, explique Neil Shelly. Les conditions climatiques en Alberta étant plus froides, il faut construire différemment, et ici, les marchés sont plus éloignés, alors les coûts d'exportation sont aussi plus élevés. »

Il pense toutefois que le coup de pouce annoncé par le gouvernement, combiné à la disponibilité des matières premières, est le catalyseur qui pourrait déclencher la construction d'usines d'ici quelques mois.

Mais tout ça reste dans le secteur pétrochimique et la province a, à ce jour, fait très peu d'annonces concernant la diversification au-delà du secteur de l'énergie. Malgré tous les efforts, l'économie albertaine restera donc largement dépendante des cours du pétrole, admet le ministre Deron Bilous. C'est pourquoi « la construction de pipelines tels qu'Énergie-Est, qui permettrait à notre pétrole d'atteindre les marchés mondiaux, est cruciale », soutient-il. 

 

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