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La planche à neige à l'assaut du mobilier urbain

Une rampe d'escalier, un rebord de fenêtre, un mur, une table à pique-nique. Dans l'oeil créatif de jeunes passionnés, le mobilier urbain devient un prétexte pour sortir sa planche à neige. Et les villes, sans le savoir, se transforment en véritables parcs à neige à ciel ouvert.

Un texte de Christine Bureau

Le Québec se démarque depuis longtemps dans cet univers où la planche est reine en ville, notamment grâce à un milieu urbain souvent vallonneux et - habituellement - enseveli de neige durant plusieurs mois.

En 2013, c'est Montréal qui a été mise de l'avant dans une vidéo virale publiée par le planchiste professionnel Sébastien Toutant. On voyait « Seb Toots » descendre le mont Royal en planche à neige, du sommet jusqu'à la rue Peel, se servant du belvédère ou des rampes d'escalier pour faire des figures. Selon le cinéaste de Sunset Films, Mathieu Cowan, la métropole est « la seule place où tu peux partir d'une montagne et te rendre jusqu'au centre-ville en snow ».

Le réalisateur connaît bien la grande région de Montréal pour y avoir tourné Frosted Flakes et Montreal, deux films qui ont contribué à ce que le Québec soit reconnu, dès les années 2000, comme l'un des meilleurs endroits où faire de la planche à neige en ville.

On y voyait des vedettes locales, comme Yan Dofin et Max Legend, mais également de grands noms issus de la scène américaine, comme JP Walker et Pat Moore. 

Cet hiver, le cinéaste tourne avec Seb Toots une deuxième version de leur descente du mont Royal, qu'ils comptent sortir l'hiver prochain. Le défi est de ne pas se répéter, d'être original. Pour Sébastien Toutant, un habitué des podiums aux X-Games, un athlète olympique et un spécialiste de descente acrobatique (slopestyle) et du « big air », c'est justement cette créativité propre au monde urbain qui est recherchée quand il sort sa planche en ville.

D'ailleurs, sa vidéo du mont Royal n'est qu'un aperçu de ce qui peut se faire en ville sur une planche à neige, surtout depuis l'arrivée du treuil* et du « bungee », deux moyens de se donner de la vitesse dans des endroits a priori trop plats pour faire de la planche.

Savoir lire le terrain

Outre la grande région de Montréal, Chicoutimi, Sherbrooke, la Beauce et Québec se démarquent pour leur terrain et accueillent régulièrement leur lot de professionnels européens, américains ou japonais, note pour sa part Louis-Félix Paradis-Lemieux, ou « Louif », reconnu comme l'un des planchistes du monde urbain les plus à l'avant-garde de sa génération.

Ce dernier a grandi à Québec, et c'est également là qu'il a rencontré ceux qui, encore aujourd'hui, repoussent les limites de la discipline avec lui. La différence, c'est que la bande d'amis, regroupés sous le nom de Déjà Vu, fait maintenant partie de la scène professionnelle.

« C'est très pointu ce qu'on fait. Il faut lire le terrain, voir quelle surface peut glisser, laquelle sera trop rugueuse. Il y a parfois des obstacles, comme une roche, par exemple. Certaines toitures vont glisser, d'autres non. C'est à nous de voir », explique celui qui a remporté cette année le prix du meilleur segment vidéo pour le film Encore

« Le street, c'est une combinaison d'élégance, de difficulté et de bon style. Il y a des gens qui passent à côté de nous qui nous disent : "allez, un backflip!" Mais le backflip, ce n'est pas toujours ce qui va marcher », poursuit Louif, qui préfère choisir des endroits où il y a de la vitesse naturelle pour créer ses figures, à l'instar de ce que font les amateurs de planches à roulettes.

Mais même une fois le bon endroit repéré, tout n'est pas encore joué. Il reste encore à construire le site; enlever la glace, pelleter, préparer un petit tremplin, adoucir l'atterrissage, enterrer tout ce qui pourrait faire mal. L'outil le plus utile? La bonne vieille pelle.

« En hiver, on met un temps incroyable là-dessus. Souvent, on part à 6 h le matin et on revient le soir à 8 h le soir. On se couche et on recommence. On trouve que nos journées sont juste trop courtes », raconte Louis-Félix.

Et chez les amateurs

La contrainte du temps, autant les professionnels que les amateurs y sont confrontés. « Dans un film, une séquence dure à peu près quatre ou cinq secondes, mais ça peut facilement prendre une ou deux journées à tourner », relate Jérôme Pagé, qui a démarré le projet Nowamean, en 2009, avec l'un de ses amis, Sean Traer.

Tous les hivers durant les sept années d'existence du projet, avec un petit groupe d'amis, ils ont produit un film relatant leurs meilleurs exploits (et parfois leurs pires!), à la manière des professionnels.

Même si des commanditaires se sont ajoutés au fil du temps, c'est surtout la passion et la volonté de se dépasser qui les motivaient. Le repérage, le tournage, les déplacements. Tout se faisait en dehors des heures de travail. Et leurs films, entièrement tournés au Québec et diffusés gratuitement sur Internet, ont été vus d'un peu partout à travers le monde.

En fait, la seule règle qu'ils ont suivie durant sept ans est celle de ne pas en avoir, à l'image finalement de ce qu'est la planche à neige en milieu urbain. « Il n'y a jamais eu rien d'imposé, pas de contraintes », résume Jérôme Pagé.

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