Retour

« La plus grande guerre commerciale de l'histoire » est lancée

Les États-Unis et la Chine ont tiré vendredi les premières salves de la guerre commerciale qu'ils se livrent. Des taxes douanières imposées de part et d'autre sur des dizaines de milliards de dollars de marchandises entrent ainsi en vigueur, malgré les mises en garde alarmistes et la nervosité des marchés.

Les États-Unis ont commencé à percevoir 25 % de droits de douane sur 34 milliards de dollars de marchandises chinoises importées et Donald Trump a averti qu'à terme, plus de 500 milliards de dollars de produits chinois, soit la quasi-totalité des importations américaines en provenance de Chine, pourraient être taxées.

En 2017, les importations « made in China » aux États-Unis ont totalisé 505 milliards de dollars américains.

Pour l'instant ce sont 818 produits chinois qui sont visés, dont des voitures, des composants d'avions ou des disques durs d'ordinateurs. Les biens populaires comme les téléphones portables ou les télévisions sont épargnés, pour le moment.

Accusant Washington de déclencher « la plus grande guerre commerciale de l'histoire économique », Pékin a annoncé que des mesures de rétorsion étaient entrées en vigueur « immédiatement » après.

Pékin a répliqué sur des montants identiques, soit sur 34 milliards de dollars de marchandises. « Les États-Unis ont violé les règles de l'Organisation mondiale du commerce et lancé la plus grande guerre commerciale de l'histoire économique à ce jour », a déclaré le ministère chinois du Commerce dans un communiqué. Saisie par Pékin, l’OMC croit qu’une escalade aurait des répercussions sur les emplois et la croissance économique.

Les taxes chinoises devraient toucher des produits agricoles, dont le soya, très dépendant du marché chinois, le sorgho et le coton, ainsi que le secteur automobile ou encore des produits de la mer comme les langoustes.

Au total, ce sont 50 milliards de dollars d'importations chinoises annuelles qui seront touchés par les mesures américaines destinées à compenser ce que l'administration Trump considère être le « vol » de propriété intellectuelle et de technologies.

Le second lot de taxes sur 16 milliards d'importations chinoises, qui fait pour l'heure l'objet d'un examen supplémentaire de la part du représentant au Commerce (USTR) Robert Lighthizer, entrera en vigueur « dans deux semaines », a indiqué M. Trump.

Pékin prévoit aussi frapper un total de 50 milliards de dollars d'importations américaines.

Les deux premières puissances économiques du monde ne devraient pas en rester là, puisque M. Trump a demandé à Robert Lighthizer « de déterminer 200 milliards de dollars de biens chinois en vue de taxes supplémentaires de 10 % ».

Et le président américain s'est dit prêt à taxer 200 milliards de dollars de biens additionnels si la Chine augmente à nouveau ses tarifs douaniers en réaction.

Ces mesures pourraient donc porter à 450 milliards la valeur des produits chinois taxés, soit la grande majorité des importations venues du géant asiatique.

Récession?

En entrevue à RDI économie, Richard Ouellet, professeur de droit international économique à l'Université Laval, a affirmé que les premières victimes de cette récession pourraient être américaines. « Il y aura forcément des hausses des prix à la consommation sur le marché américain, et le consommateur américain percevra, chaque fois qu’il passera à la caisse, les effets de cette guerre commerciale », estime-t-il.

Tous ceux qui font affaire avec les États-Unis pourraient être frappés par la récession, à commencer par les économies très dépendantes des États-Unis comme le Canada. « Nous allons souffrir de ces guerres commerciales », pense Richard Ouellet.

L’inquiétude est palpable dans le milieu industriel.

Des analystes pensent toutefois que le Canada pourrait en tirer des avantages. Dans le secteur de l’aérospatiale, des tarifs sur les avions dont le poids varie de 15 à 45 tonnes pourraient pousser les acheteurs chinois à bouder l’avion américain Golfstream au profit de l’avion d’affaires Global de Bombardier. L’avionneur québécois pourrait alors obtenir une plus grande part du marché chinois.

Des dommages potentiels, soutiennent des experts

Les experts mettent en garde depuis des mois contre les dommages potentiels d'une telle confrontation commerciale, non seulement sur l'économie américaine, mais aussi sur l'économie mondiale.

Les entreprises américaines ont indiqué à la Banque centrale américaine (Fed) qu'elles en ressentaient déjà l'impact avec une hausse des prix ainsi que « la réduction ou le report de projets de dépenses d'investissement en raison des incertitudes entourant la politique commerciale », a souligné jeudi la Fed dans le compte-rendu de sa dernière réunion de juin.

Dans une analyse intitulée La mauvaise approche, la Chambre de commerce américaine a estimé à environ 75 milliards de dollars le montant des exportations américaines touchées jusqu'à maintenant par les mesures de rétorsion des partenaires commerciaux des États-Unis.

Elle cite notamment six États (Alabama, Michigan, Pennsylvanie, Caroline du Sud, Texas et Wisconsin) particulièrement touchés, qui s'étaient tous prononcés en faveur de Donald Trump lors de l’élection présidentielle en 2016.

Ces mises en garde laissent pourtant de marbre le président américain, qui a une nouvelle fois balayé les arguments mardi dans un tweet.

« L'économie se porte probablement bien mieux que par le passé, avant que nous réglions le problème des accords commerciaux inéquitables passés avec chaque pays, a-t-il estimé. Une majorité de pays est d'accord sur le fait que ceux-ci doivent changer, mais personne ne l'a jamais demandé. »

La veille, le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross avait, lui, affirmé que les prévisions de ralentissement à venir de la croissance économique américaine étaient « prématurées et probablement inexactes ».

Plus d'articles