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La politique culturelle libérale saluée par les artistes, critiquée par l'opposition

Les regroupements d'artistes accueillent positivement la politique culturelle annoncée mardi matin par le gouvernement du Québec, qui y consacrera 600,9 millions de dollars supplémentaires au cours des cinq prochaines années. Ils se disent toutefois impatients de voir comment cette politique, que l'opposition décrit comme une manoeuvre électoraliste, se traduira en gestes concrets.

La plupart des détails de la politique avaient déjà filtré dimanche, alors que La Presse canadienne avait obtenu copie du document la résumant.

« Dans l’ensemble, l’Union des artistes (UDA) est très heureuse des mesures qui seront prises. Nous avions à l’époque déposé un mémoire avec une cinquantaine de recommandations. Sincèrement, on est contents de l’orientation. On est contents d’avoir été entendus. On sent une reconnaissance », a indiqué la présidente de l’UDA, Sophie Prégent, au micro de l'émission Midi info.

Bien qu’elle reconnaisse le fait que beaucoup des sommes annoncées sont « du rattrapage », Mme Prégent indique que les conditions des artistes se dégradent depuis des années et qu’il était temps de mettre un frein à cette détérioration.

Sophie Prégent n’est pas la seule à parler de rattrapage. C’est aussi le cas de la présidente de l’Union des écrivaines et écrivains québécois, Suzanne Aubry.

« Budgétairement, c’est un rattrapage important par rapport à ce qu’on avait auparavant.[…] Il y avait vraiment un manque à gagner important pour nos créateurs, nos artistes », dit-elle.

Mme Aubry espère que la révision prévue des lois sur le statut d’artiste leur donnera « des dents ». Pour les écrivains plus spécifiquement, « pour faire en sorte que les éditeurs soient obligés de négocier avec nous », mentionne-t-elle.

Le milieu du cinéma se réjouit également de l’annonce gouvernementale.

« Les grandes lignes directrices sont vraiment intéressantes. […] On va voir comment ça va se traduire sur le terrain. Mais au moins, on donne à nos grandes institutions les moyens de faire quelque chose », indique la directrice générale de Québec Cinéma, Ségolène Roederer.

Une politique qui pourrait dépendre de l’élection d’octobre

L’adoption intégrale de cette nouvelle politique culturelle du gouvernement libéral dépend de sa réélection en octobre prochain.

Sa présentation quelques jours avant la fin de la session parlementaire à l’Assemblée nationale, qui sera suivie de la campagne électorale, a d’ailleurs fait fuser les critiques des partis d’opposition, qui affirme que le Parti libéral n’a fait que présenter une partie de sa plateforme.

« Donc, le gouvernement annonce aujourd'hui qu'il a attendu la dernière semaine des travaux parlementaires, de ce mandat, pour annoncer qu'il va légiférer en faveur des artistes et de la culture », a déclaré sur Twitter le leader parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

La Coalition avenir Québec a quant à elle accusé le gouvernement de « se servir des fonds publics avec exagération, sans compter, uniquement à des fins électoralistes ».

« Il y a deux types de Parti libéral. L'un avant les élections, qui promet des milliards sans compter, et un second après les élections, qui est incapable de respecter ses engagements. Les Québécois ont déjà joué dans ce mauvais film », a déclaré le député François Bonnardel dans un communiqué.

De son côté, lors de la conférence de presse qu'il a tenue mardi matin aux côtés de la ministre de la Culture, Marie Montpetit, le premier ministre Philippe Couillard s’est défendu de tenir une annonce électoraliste.

« Ce sont deux ans de travail. Est-ce qu'on aurait voulu qu'on travaille pendant deux ans, et parce qu'il y a les élections, qu'on mette ça dans un tiroir et qu'on s'en aille pour faire une campagne électorale? », a-t-il lancé.

La nouvelle politique culturelle

Lors du dernier budget, le gouvernement avait annoncé que 509 millions de dollars seraient consacrés d’ici 2022-2023 à la mise en œuvre de cette nouvelle politique culturelle, qui vise à mettre à jour la première politique québécoise dans ce domaine qui avait été mise en place en 1992 par la ministre de la Culture de l’époque, Liza Frulla. L'annonce de mardi a plutôt été de 600,9 millions.

Bien que les détails de la politique étaient connus depuis dimanche, c’est toutefois des chiffres un peu plus précis qu'a offerts la ministre Montpetit, en conférence de presse.

La stratégie numérique québécoise, qui vise l’accompagnement du secteur culturel dans l’appropriation des technologies numériques, obtiendra notamment 168,2 millions de dollars, dont 13,7 millions seront alloués à la promotion des contenus québécois sur les réseaux numériques.

Québec entend entre autres élargir l'offre culturelle en stimulant la création. Pour ce faire, il accorde 50,2 millions de dollars de plus à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et 65,9 millions au Conseil des arts et des lettres du Québec.

Par ailleurs, le « maillage » entre la culture, l’éducation et la famille, un volet « qui tient à cœur » à la ministre Montpetit, obtiendra 65,5 millions de dollars. De ce montant, 35 millions serviront à augmenter le nombre de sorties culturelles des élèves, et 5 millions financeront l'accès à certains musées, qui seront gratuits pour tous un dimanche par mois. La mesure est déjà en vigueur depuis le 3 juin.

La culture et le patrimoine en régions seront soutenus par 110 millions de dollars de plus, dont 19 millions pour financer l'organisation d'événements.

La nouvelle politique culturelle veut également « dépoussiérer » les deux lois existantes sur le statut de l'artiste adoptées en 1987 et 1988, qui donnent notamment aux artistes le statut de travailleur autonome. Les lois modernisées tiendront compte, entre autres, de l'évolution des technologies.

Québec s'engage aussi à resserrer le filet de protection sociale des créateurs et à faciliter leur accès à un régime de retraite et à des assurances collectives.

Le gouvernement dit également vouloir adopter « la toute première stratégie gouvernementale en architecture », pour laquelle il emploiera notamment 25 millions de dollars pour « faciliter la conversion des lieux de culte désacralisés » (entendre les églises désaffectées).

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