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La pollution par le plastique est-elle la nouvelle mode environnementale?

La Journée mondiale de l'environnement décrétée par l'ONU en ce 5 juin 2018 est placée sous le thème de la pollution plastique. Depuis quelques mois, si l'on se fie à l'abondante couverture médiatique et à l'enflure des réseaux sociaux, il semble que le plastique soit le nouvel ennemi de la planète bleue. Le plastique est-il le sujet à la mode en environnement?

Un texte de Vincent Champagne

La une du mois de juin 2018 du magazine américain National Geographic a beaucoup fait jaser. On y voit un sac de plastique mince qui flotte sur l’eau et qui est placé de manière à représenter un iceberg.

Au sommet du G7 qui a lieu dans Charlevoix ce week-end, le gouvernement canadien entend faire la promotion d’une charte « zéro déchet de plastique » auprès des leaders des pays industrialisés. De nombreuses municipalités du pays ont banni les sacs d’emplettes minces. Le gouvernement britannique va interdire les pailles et les cotons-tiges de plastique.

Les exemples comme ceux-ci témoignent d’un éveil généralisé de la conscience face à cet enjeu environnemental. Et pour cause, l’ONU estime qu’environ 5000 milliards de sacs en plastique sont utilisés chaque année sur le globe. Treize millions de tonnes de plastique se retrouveraient dans les cours d’eau. Cent mille animaux marins seraient tués par des produits de plastique.

« C’est heureux qu’il y ait une mobilisation de l’ampleur de ce qu’on voit en ce moment », affirme Sophie-Anne Legendre, une citoyenne engagée et consultante en communication environnementale. « En fait, ce qu’on peut se demander, c’est pourquoi ça a été aussi long avant qu’on se mobilise sur quelque chose qui est un produit d’utilisation courante, alors qu’on parle de changement climatique à se donner mal au cœur depuis plus de 15 ans! »

Chez les environnementalistes, c’est une position partagée : on est à la fois heureux que le sujet préoccupe les citoyens et inquiets de ce que d’autres thèmes importants soient mis de côté. Ou pire, que l’on ne parle de plastique que pour quelque temps.

« J’ai peur que ce soit une mode éphémère », dit en effet Karel Ménard, porte-parole du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

« Je crains qu’on banalise le problème tout simplement, alors que c’est sérieux. Il faut régler le problème, ce n’est pas juste le bannissement des pailles à gauche ou à droite. Il faut avoir une stratégie globale, à plusieurs États pour réduire le plastique et faire en sorte que celui qui est produit soit vraiment nécessaire et recyclable. »

Penser global, voilà ce que prône M. Ménard, selon qui il ne faut pas, en matière environnementale, œuvrer « en silo ».

Des actions sur tous les fronts

L’égalité des thèmes environnementaux, Greenpeace y tient. L’organisme environnemental bien connu pour son militantisme assure que « tous les enjeux environnementaux sont aussi importants [les uns] que [les autres] », selon sa porte-parole québécoise pour la campagne océan et plastique Loujain Kurdi.

« Je pense que c’est à la mode parce que les gens ont été conscientisés et les gouvernements ont pris conscience de l’ampleur de la crise de la pollution par le plastique, dit-elle. Oui, depuis trois ans, c’est un phénomène qui a pris de l’ampleur, mais est-ce que ça va être éphémère, est-ce que ça va s’arrêter, je ne crois pas », dit-elle.

« Notre but à long terme, c’est de changer l’état d’esprit des gens et de changer le système, indique Mme Kurdi. Il faut à la fois modifier les comportements de la part des consommateurs, pour qu’ils comprennent qu’il ne suffit pas de recycler : il faut vraiment réduire notre consommation des plastiques à usage unique. En même temps, il faut un changement fondamental et systémique, à savoir au niveau de la législation. »

Pour tous les environnementalistes, il reste qu’au-delà du plastique, l’enjeu fondamental demeure la question des changements climatiques, qui pourraient avoir des conséquences dramatiques au cours des prochaines décennies et des siècles à venir.

« Le sujet de la pollution plastique est peut-être plus facile à aborder, reconnaît Mme Kurdi. Quand on parle de changement du climat, c’est très large. Quand on parle de pollution de l’eau par des microbilles de plastique dans le fleuve Saint-Laurent, ça parle aux gens. »

C’est une stratégie qui fonctionne auprès des jeunes, estime Catherine Gauthier, directrice générale de l’organisation Environnement jeunesse. En développant des projets pour bannir les bouteilles d’eau en plastique dans les établissements scolaires, l’organisation s’est rendu compte que les étudiants étaient soudainement sensibilisés plus largement à tous les contenants à usage unique.

Au cours de la dernière année, plusieurs établissements collégiaux où travaille Environnement jeunesse ont banni ces contenants, et d’autres le feront sous peu, affirme Mme Gauthier.

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