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La prison pour un arnaqueur canadien invité à l'émission de Donald Trump fils 

Dans une émission de télévision de style infopublicité, Donald Trump fils a accueilli comme invité un entrepreneur de Winnipeg qui, au moment du tournage, faisait face à 12 chefs d'accusation de fraude fiscale au Manitoba. Celui-ci a reçu sa peine vendredi.

Jeff Dyck est passé à l’émission 21st Century Television avec Donald Trump fils en 2014, soit deux ans après le dépôt, à Winnipeg, de plusieurs accusations portant sur une compagnie nommée One World United.

Lors d’une audience au palais de justice de Winnipeg, vendredi, le Canadien et son coaccusé ont été condamnés à trois ans d’emprisonnement pour avoir organisé et exploité un système de fraude fiscale, plus un an pour ne pas être en mesure de payer une amende de 1 million de dollars chacun.

Dans l’émission télévisée, Donald Trump fils demande à Jeff Dyck de lui expliquer sa nouvelle entreprise commerciale, Local Exclusive Offers Inc. (LEO). D’après son site web, LEO était une application mobile qui se vendait comme moyen de « présenter des offres commerciales aux consommateurs à l’aide de leur outil technologique préféré – leur téléphone intelligent ».

Donald Trump fils est l’enfant aîné du président américain, Donald Trump. Son frère et lui ont acquis la totalité du vaste empire commercial de leur père pendant que celui-ci est au pouvoir à la Maison-Blanche.

Au cours du reportage publicitaire de 21st Century Television, aucune mention n’est faite des accusations de fraude à l’encontre de l’invité. Plutôt, l’aîné des enfants Trump interroge Jeff Dyck sur le fonctionnement de l’application LEO, son aspect innovateur et ses atouts.

« Cela semble très intéressant pour les consommateurs aussi bien que pour les détaillants », conclut le fils du président américain à la fin du segment.

Un porte-parole de l'organisation Trump nie que le fils du président ait été au courant des actions douteuses de son invité.

« Bien que M. Trump ait déjà servi d’animateur de l’émission, il n’était impliqué en aucune manière dans la sélection d’intervenants et, par conséquent, n’aurait eu aucune connaissance des antécédents de ces derniers. Je souligne que tout cela incombait au réalisateur de l’émission », affirme Alan Garten, porte-parole de l'organisation Trump.

Enregistrée à Boca Raton, en Floride, 21st Century Television se qualifie d’« émission d’affaires primée, du producteur indépendant MMP (USA) » sur son site web. MMP (USA) n’a pas répondu aux demandes de commentaires de CBC/Radio-Canada.

Système de fraude fiscale

Même si Trump fils n’était pas au courant du casier judiciaire de son intervenant, des centaines d’investisseurs au Manitoba ont surveillé de près le prononcé de la peine de Jeff Dyck et de son complice, Neil Friesen, vendredi.

Lors de l’audience de détermination de la peine des deux hommes, en octobre, la Couronne a demandé au juge d’imposer une peine d’emprisonnement de quatre ans ainsi qu’une amende de 1 million de dollars à chacun des accusés.

La procureure de la Couronne Kirsty Elgert a alors fait valoir comment Jeff Dyck et Neil Friesen avaient créé l’entreprise One World United pour vendre un système de fausses déductions fiscales à environ 325 investisseurs.

« C’était un stratagème de planification fiscale abusive », explique la procureure, où les participants investissaient un montant en argent comptant dans One World United et recevaient en retour un reçu sur lequel étaient inscrites des pertes commerciales quatre fois plus importantes que la somme qu'ils avaient investie.

Les participants pouvaient ensuite utiliser ces pertes commerciales pour réduire l'impôt à payer dans leur déclaration de revenus personnelle.

Kirsty Elgert, procureure de la Couronne

Seul bémol du système : en fin de compte, l’Agence du revenu du Canada (ARC) n’acceptait pas les déductions majorées, et les participants perdaient leur investissement initial.

Une question de bon sens

D’après la procureure Kirsty Elgert, One World United a remis à ses participants-investisseurs des reçus totalisant 22,3 millions de dollars. L’ARC a pu déterminer que 14,5 des 22,3 millions de dollars représentaient des pertes qui n’avaient jamais eu lieu.

« Finalement, tout cela est une question de cupidité – et pas seulement celle de M. Dyck et de M. Friesen, la cupidité des participants au système aussi », a tranché Mme Elgert.

Ça revient au bon sens. Je donne 5000 $ et on me redonne un reçu pour 20 000 $? Il y a très évidemment quelque chose qui ne tourne pas rond.

Kirsty Elgert, procureure de la Couronne

L’ARC a toutefois réussi à récupérer 2,2 millions de dollars en impôts fédéraux éludés des participants au système.

La Couronne constate que Jeff Dyck et Neil Friesen ont profité du système au titre de 1 million de dollars chacun. Étant l’unique actionnaire de l’entreprise, Jeff Dyck touchait un salaire de One World United, tandis que Neil Friesen recevait une commission sur l’investissement de chaque participant au système.

Un style de vie somptueux

En plus de son salaire, Jeff Dyck bénéficiait d’avantages d’une vie de luxe, a fait savoir Kirsty Elgert au juge.

Il a fait plusieurs voyages extravagants et avait deux appartements à Las Vegas, et puisque One World payait son style de vie somptueux [le coupable] a aussi connu des économies d'impôt personnel substantielles.

Kirsty Elgert, procureure de la Couronne

À la barre des témoins, le président de One World United avait des difficultés à retenir ses larmes en racontant son parcours au juge.

« On m’avait dit de déclarer faillite, laisser tout ça derrière et ne penser qu’à moi-même. Mais abandonner ne m’est jamais venu à l’esprit », a-t-il balbutié.

« Votre honneur, je reconnais mes maintes erreurs. Mais je n’ai jamais abandonné. Je n’ai jamais déserté qui que ce soit ni abdiqué mes responsabilités », a fait valoir Jeff Dyck, en ajoutant qu’il avait lancé l’application LEO comme campagne de financement pour rembourser ses clients-investisseurs de One World United.

L’avocat représentant les deux fraudeurs avait demandé une assignation à résidence pour ses clients plutôt qu'une peine d'emprisonnement, mais si le juge trouvait nécessaire d’imposer une peine d’incarcération.

Avec les informations de Katie Nicholson et Vera-Lynn Kubinec, CBC News

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