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La protection des transgenres en Ontario : un bilan positif

Alors qu'Ottawa s'apprête à changer la loi pour protéger les personnes transgenres contre la discrimination et les discours haineux, l'Ontario protège déjà ces droits depuis 2012. Quatre ans plus tard, l'heure est au bilan.

Un texte de Christian Noël

Davina Hader s'est fait insulter, ignorer, rejeter. La travailleuse autonome affirme avoir perdu des contrats, parce qu'elle est transgenre. Depuis que l'Ontario protège les personnes transgenres contre la discrimination et les discours haineux, Davina se sent plus en sécurité, personnellement et financièrement.

Davina est une artiste visuelle multimédia. Elle conçoit des sites web, des films et des publicités pour différentes compagnies.

Les choses ont changé pour Davina quand l'Ontario a adopté la loi de Toby en 2012, qui protège l'identité et l'expression du genre pour les personnes trans.

Pour Davina, ce fut un soulagement. « Je remarque davantage d'ouverture et d'acceptation de ma différence. Ça enlève un poids de sur mes épaules. Ça me donne confiance d'aborder le sujet de front avec mes clients potentiels, sans crainte de discrimination. », soutient-elle.

Plaintes en hausse

Dans les mois suivants l'entrée en vigueur de la loi en Ontario, le nombre de plaintes basées sur le genre de la personne a quadruplé au Tribunal des droits de la personne. Le nombre de plaintes a redescendu depuis, mais demeure deux fois plus élevé qu'avant l'adoption de la loi.

« Les gens sont plus au courant de leurs droits, savent qu'ils ont un recours contre la discrimination et une confiance accrue envers le système », explique la commissaire en chef de la Commission des droits de la personne de l'Ontario, Renu Mandhane.

Et ce n'est pas une question de savoir quelles toilettes publiques une personne transgenre peut utiliser, explique la commissaire.

Cette protection est nécessaire « parce que les personnes transgenres sont parmi les plus vulnérables de notre société », explique la Commissaire. Chez les personnes transgenres, 50 % disent avoir été victimes de harcèlement et de discrimination. Une personne transgenre sur deux a un diagnostic d'anxiété ou de dépression.

Plus de formation en milieu de travail

Depuis l'entrée en vigueur de la loi, un nombre accru d'entreprises ontariennes offre des ateliers de sensibilisation en milieu de travail. Certains le font parce qu'ils ont été obligés de le faire après une plainte pour discrimination. Mais d'autres le font de façon proactive, indique la formatrice Yasmeen Persad.

Yasmeen offre ce genre d'atelier plusieurs fois par semaine à des ministères et à des entreprises privées. « La demande pour ce genre de formation a augmenté depuis la nouvelle loi ontarienne. Les attitudes changent, les employeurs veulent un milieu de travail plus équitable », explique-t-elle.

Ailleurs au Canada

L'Ontario n'est pas la seule province canadienne à protéger spécifiquement les transgenres. Mais d'autres traînent de la patte.

Huit provinces ou territoires ont modifié leur charte des droits de la personne pour inclure cette protection. Cinq provinces ou territoires, y compris le Québec, n'ont pas encore inclus les transgenres dans leur charte. Mais leurs droits sont protégés de façon implicite sous d'autres catégories d'exceptions.

Davina Hader espère que l'adoption prochaine de la nouvelle loi fédérale servira d'exemple pour provinces qui tardent à changer leur propre charte des droits de la personne.

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