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La publicité trompeuse des catalogues JD Marvel

Après une longue enquête, l'homme d'affaires montréalais John Dragan est condamné pour avoir fait de la publicité trompeuse par la poste dans ses catalogues JD Marvel.

Un texte de François Sanche de La facture

Le jugement vient rappeler aux cybercommerçants qu’ils doivent respecter les délais de livraison.

Au début de l’an 2000, le catalogue régnait encore sur le commerce à distance. Le Montréalais John Dragan, anticipant le succès d’Amazon et du cybercommerce, vendait une multitude d'objets par ses catalogues JD Marvel. Les catalogues ont été distribués à plus de 10 millions d’exemplaires entre 1998 et 2004, au Canada et aux États-Unis.

Pantoufles, soutiens-gorges, accessoires de cuisine, médecine douce... À ces produits courants s’ajoutaient de nombreuses offres exclusives, comme les horloges « Oiseaux chanteurs », dont les cui-cui égrènent les heures, les alarmes pour poignée de porte « Chien de garde », dignes d’un épisode de Seinfeld, ou le « vibromasseur personnel » qui « aide à éliminer le stress et la tension ».

Ce ne sont là que quelques-unes des curiosités dénichées par John Dragan. Et ça a marché. JD Marvel a vendu des millions de produits et a engrangé des millions de dollars en revenus.

Pourtant, de nombreuses commandes n’ont pas été livrées, ou alors elles l’ont été avec beaucoup de retard. Puis, en 2004, JD Marvel a fait faillite. Près de 30 000 consommateurs n’ont jamais reçu leur commande.

Des milliers de plaintes provenant du Canada et des États-Unis ont convaincu le Bureau de la concurrence de faire enquête.

En 2005, le Bureau a déposé plusieurs accusations contre John Dragan, dont celle d’avoir géré son entreprise en sachant qu’il ne pourrait pas livrer ses produits à temps. Le catalogue JD Marvel indiquait que le délai de livraison était de deux à cinq semaines.

Faire des profits à tout prix

Dans un reportage de La facture diffusé en 2003, des consommateurs excédés attendaient leurs commandes depuis plusieurs mois. L’un d’eux avait commandé plusieurs articles pour un total de 200 $. Inquiet de ne jamais revoir son argent, il avait demandé un remboursement qu’il attendait depuis cinq semaines.

L’homme derrière JD Marvel s’est dit victime de son succès. John Dragan recevait plus de commandes qu’il ne pouvait livrer de produits. En cour, l’avocat de l’accusé a fait valoir que son client ne pouvait pas prévoir une si grande demande, et qu’une mauvaise évaluation de la demande ne démontre pas la mauvaise foi.

Mais le Bureau de la concurrence a prouvé que l’homme d’affaires savait parfaitement ce qu’il faisait. Loin d’être pris de court par les nombreuses commandes, John Dragan a maintenu la cadence.

« La preuve révèle que les envois de catalogues n’ont pas ralenti », écrit la juge Dominique B. Joly dans sa décision. « S’il n’y a pas d’inventaire, mais que les catalogues sont postés par milliers ou par millions, il est certain que même lorsque l’inventaire arrivera, il n’y aura pas assez de produits pour satisfaire les consommateurs. »

Selon la juge de la Cour du Québec, John Dragan « voulait à tout prix continuer à faire des profits ».

M. Dragan, souligne la juge Joly, encaissait promptement et quotidiennement les chèques des consommateurs, mais il mettait beaucoup plus de temps à faire ses remboursements. « Il est clair que, même s’il connaissait les risques, il ne s’en souciait simplement pas. Cela est malhonnête », écrit-elle.

John Dragan a fait de la publicité trompeuse, selon la juge, qui a rendu sa décision en juillet dernier. « Les agissements de John Dragan l’ont précipité dans une impasse. »

Le roi déchu des catalogues connaîtra bientôt sa peine. La Couronne réclame trois ans et demi de prison. La défense demande une condamnation avec sursis.

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