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La relation entre la Chine et la Corée du Nord s'effrite

Pékin subit des pressions, notamment de Washington, pour en faire davantage afin de dissuader Pyongyang de poursuivre son programme balistique et nucléaire. Mais le gouvernement chinois semble avoir bien peu de prise sur le régime de Kim Jong-un. Les relations se seraient même refroidies entre les deux alliés, qui ont forgé des liens dans le sang en combattant côte à côte durant la guerre de Corée (1950-1953).

Ce refroidissement s'observe depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un, selon Tong Zhao, du Centre Carnegie-Tsinghua sur les politiques globales de Pékin. Il explique que le jeune leader nord-coréen souhaite que son pays dépende de moins en moins de sa puissante voisine pour sa sécurité. Le régime nourrit en effet plusieurs griefs contre le leadership chinois, comme le fait que Pékin ait adopté et mis en oeuvre des sanctions économiques de l’ONU à son endroit.

L’analyste affirme que le gouvernement chinois, de son côté, en veut à la Corée du Nord parce que ses tests balistiques et ses essais nucléaires, qu’elle continue d’effectuer malgré ses objections, servent de prétexte aux États-Unis et à la Corée du Sud pour renforcer leur alliance militaire dans la région. Ils ont notamment déployé ensemble le bouclier antimissile américain que Pékin considère comme une menace pour sa propre sécurité.

Dernier contact de haut niveau en 2015

Le dernier contact entre la direction des deux pays remonterait à 2015, lorsqu'un haut placé du Parti communiste chinois est allé à Pyongyang. Kim Jong-un n’a pas effectué de visite officielle en Chine depuis qu’il a succédé à son père Kim Jong-il, décédé en 2011. Et, depuis qu’il est président, Xi Jinping n’a pas rencontré le jeune dirigeant nord-coréen.

Tong Zhao croit que la relation bilatérale va continuer à se détériorer, tant que la Chine poursuivra ses pressions économiques et politiques sur la Corée du Nord.

Pékin résiste toutefois à un moyen de pression que Washington voudrait bien le voir utiliser : l’embargo pétrolier total, pour asphyxier Pyongyang.

Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a rappelé aux Chinois qu’ils étaient les principaux fournisseurs de pétrole de leur allié nord-coréen lorsqu’il les a incités à agir directement pour freiner le régime après le tir balistique de ce 15 septembre. Mais le gouvernement chinois craint qu’un tel embargo ne provoque la chute du régime, suivi d’un chaos et peut-être de la réunification des deux Corées sous influence américaine.

La Chine bientôt à court d'options?

De deux maux, il faudrait peut-être bientôt choisir le moindre. C’est ce que suggère prudemment Cheng Xiaohe, professeur en relations internationales à l’Université Renmin de Pékin. Même s’il ajoute que fermer le robinet pétrolier reviendrait à « larguer une bombe nucléaire » sur Pyongyang.

La Chine sera bientôt à court d’options pour peser sur son allié. Elle se retrouve coincée chaque fois qu’il lance un missile, dit-il, des tirs et des essais nucléaires qu'elle condamne. À l'instar d'autres observateurs, le professeur Cheng croit que la Corée du Nord n’est plus un atout pour le gouvernement chinois.

Pyongyang a effectué certains de ses tirs balistiques ainsi que son plus récent essai nucléaire pendant de grands événements internationaux chers à Pékin, qui affiche des ambitions de leadership en Asie et dans le monde. Selon l’analyste Tong Zhao, il n’est pas impossible que Kim Jong-un y aille d’autres provocations à l’approche, le mois prochain, du Congrès quinquennal du Parti communiste chinois, rendez-vous de haute importance pour Xi Jinping.

Fossé et incompréhension entre deux alliés historiques

On est loin de l’époque durant laquelle le gouvernement chinois pouvait, semble-t-il, parler de dénucléarisation avec Kim Jong-il, le père de Kim Jong-un. Loin de l'époque des pourparlers à six (Chine, Corée du Sud, Corée du Nord, États-Unis, Russie et Japon) sur le programme nucléaire nord-coréen. Le programme nucléaire nord-coréen était toutefois beaucoup moins avancé.

Li Nan, de l’Institut des études américaines à l’Académie chinoise des sciences sociales, assure que dans les années 2000, Kim Jong-il venait souvent en Chine et qu’il constatait les réformes en cours ici en songeant à faire de même chez lui. Le chercheur ajoute qu’il y a aujourd'hui beaucoup d’incompréhension, voire un gouffre entre les deux pays.

Entre inquiétude, appui et désir de fermeté

Li Nan souligne que la population chinoise est partagée devant l’attitude à adopter envers la Corée du Nord. Les uns veulent que Pékin abandonne Pyongyang, dit-il, les autres assurent qu’il demeure un allié précieux.

Des voix, notamment dans les milieux universitaires, ont réclamé plus de fermeté envers la Corée du Nord. Et beaucoup de Chinois craignent que le voisin ne pose un risque sanitaire avec ses essais nucléaires.

Tong Zhao, du Centre Carnegie-Tsinghua sur les politiques globales de Pékin, croit que Kim Jong-un est en plein sprint pour terminer son programme balistique et nucléaire avant l’imposition possible de sanctions économiques encore plus sévères pouvant le freiner.

L'analyste pense qu'il veut acquérir un arsenal assez important pour pouvoir imposer ses conditions à un possible retour aux pourparlers. Le leader nord-coréen a affirmé, samedi, être proche d’obtenir l’arme nucléaire, avec l'objectif d'être à forces égales avec les États-Unis.

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