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La réunion à Caracas avec les créanciers du Venezuela n’aboutit à aucun accord

Les représentants du gouvernement du Venezuela et leurs créanciers se sont séparés, lundi, sans aboutir à un accord après une brève réunion à Caracas. Le Venezuela tente de renégocier sa lourde dette après plusieurs retards de paiement.

La réunion à huis clos, qui a duré moins de 30 minutes, s'est terminée sans accord, mais avec la promesse de nouvelles rencontres prochainement. Aucune date n’a été arrêtée, selon plusieurs participants.

Elle était brève, confuse et aucune précision n'a été fournie sur la manière dont le gouvernement de Nicolas Maduro entendait mettre en œuvre sa stratégie, ont-ils ajouté.

« Il n'y avait pas de proposition, pas de date, pas de stratégie : rien », a affirmé un créancier que Reuters a cité sans l’identifier. « C'était une occasion manquée », a commenté un autre participant.

Miné par l'effondrement des prix du pétrole et par une grave crise politique intérieure, le Venezuela doit plus de 150 milliards de dollars à ses créanciers et il pourrait bientôt ne plus être en mesure de payer ses dettes.

Selon les données financières disponibles, le pays ne dispose plus que de 9,7 milliards de dollars dans ses réserves et il doit rembourser d'ici la fin de l'année de 1,47 à 1,7 milliard de dollars en plus des 8 milliards dus en 2018.

Selon les agences de notation, le pays sera en défaut de paiement à court ou à moyen terme.

Des réunions cruciales

En plus de la rencontre à Caracas, une réunion devait réunir les représentants de 15 sociétés financières à New York pour décider des mesures à prendre à la suite d’un retard de paiement de 1,16 milliard de dollars du gouvernement vénézuélien. Vendredi, un autre règlement de 81 millions est arrivé à échéance sans avoir été payé.

Bien que Nicolas Maduro martèle que son pays ne se déclarera « jamais » en défaut de paiement, il est contraint aujourd’hui de renégocier la dette du pays, notamment avec les États-Unis qui lui imposent des sanctions économiques.

Selon Caracas, 70 % de ses créanciers sont basés aux États-Unis ou au Canada.

Les créanciers américains otages des sanctions de Washington

Le problème est que Washington interdit aux banques et aux citoyens américains d'acheter de nouvelles obligations ou de négocier des accords avec le gouvernement vénézuélien actuel.

Les créanciers du Venezuela sont quant à eux piégés entre ces sanctions économiques, qui empêchent la renégociation de la dette vénézuélienne, et la situation financière du pays, qui pourrait se retrouver bientôt incapable de les rembourser.

Selon l'économiste Luis Vicente Leon, interrogé par l’Agence France-Presse, la stratégie du président Maduro est d’arriver à convaincre ses créanciers américains de faire pression sur l'administration du président Donald Trump pour un assouplissement des sanctions, à défaut de quoi ils pourraient ne pas être remboursés par Caracas.

Qui plus est, les deux dirigeants désignés par le gouvernement Maduro pour renégocier cette dette, le ministre des Finances Simon Zerpa et le vice-président Tarek El Aissami, sont tous deux visés par des sanctions qui interdisent à tout Américain de traiter avec eux.

L'administration Trump a imposé à la fin de l’été de lourdes sanctions économiques au régime du président de gauche Nicolas Maduro en raison de la répression de ses opposants qui dénoncent sa prise de contrôle des institutions pour asseoir son pouvoir à la tête du Venezuela.

Pour contourner le Parlement qui lui est majoritairement hostile, le président Maduro a nommé une assemblée constituante chargée de gouverner le pays en lieu et la place du Parlement démocratiquement élu.

Ses détracteurs, dont Washington, accusent aussi le président Maduro d’étouffer l’opposition par une violente répression et de tenter de modifier la Constitution de façon à lui permettre de demeurer aux commandes de l’État.

Au bord de l'effondrement

Si le Venezuela devait se retrouver en défaut de paiement, la situation économique intérieure pourrait s’effondrer à la suite d’une chute de 36 % du PIB au cours des quatre dernières années.

S’il était déclaré mauvais payeur, le gouvernement vénézuélien et le groupe pétrolier national PDVSA, la vache à lait du pays, seraient dès lors exclus des marchés internationaux. Des poursuites et des saisies d’actifs à l’étranger pourraient aussi faire mal à l’économie vénézuélienne.

En attendant de savoir quel sort lui réservent ses créanciers américains, le président Nicolas Maduro a déclaré dimanche que les négociations avec la Russie et la Chine, à qui son pays doit respectivement 8 et 28 milliards de dollars, ont déjà permis de restructurer 3 milliards de dollars de dette avec Moscou.

Autrefois considéré comme l’un des pays les plus riches d’Amérique latine, le Venezuela a connu une descente aux enfers lorsque les prix du pétrole se sont effondrés sur les marchés internationaux.

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