Le sari est mort, vive le sari. Boudé par les nouvelles générations urbaines, ce vêtement vieux de 2000 ans était voué à une lente disparition. Mais des designers ont trouvé la solution pour le remettre à la mode.

Un reportage de Thomas Gerbet, de retour d'Inde

L'idée aurait été inconcevable il y a encore quelques années : des saris en vedette lors de la plus récente Fashion week de New Delhi, la capitale indienne. Le célèbre magazine de mode Vogue a même organisé un défilé qui a mis à l'honneur 100 pièces de ce vêtement mythique.

« On voit des filles qui assistent à la Fashion week habillées en sari. On ne voyait pas ça avant », constate Désirée Anwar Ngapal, qui travaille pour un couturier indien. « Avant, les jeunes ne portaient pas trop de saris, parce qu'ils étaient plus occidentalisés [dans leur façon de s'habiller]. Ce n'était pas à la mode, c’était pour les grands-mamans, les mamans et les filles qui s’étaient mariées. »

Encombrant, le tissu mesurant jusqu'à 9 mètres n'est pas le vêtement le plus pratique à enfiler. « La jeunesse qui a entre 20 et 35 ans, elle a envie de porter des jeans, des tee-shirts, des vêtements près du corps », explique Jean Marc Frederick Sideratos, consultant mode depuis sept ans en Inde. « Les jeunes veulent suivre la mode qu'on retrouve en Occident et dans les magazines. »

Renaissance

Aanchal Sukhija est une de ces jeunes femmes qui portent le sari. Mais le sien n'a rien à voir avec ceux que l'on voit habituellement. « Le sari, c'est mes racines, dit la blogueuse de mode. Je vois ma mère le porter, j'ai vu ma grand-mère le porter. On est à une époque où les gens ne sont pas trop fiers de leurs racines, alors c'est une question qui nous touche en plein coeur. J'espère que beaucoup de gens vont évoluer et le porter davantage. »

La jeune femme salue les designers qui font « un travail fantastique » pour remettre l'habit traditionnel indien au goût du jour.

« Je fais des efforts pour que les femmes puissent porter le sari facilement, explique la styliste Urvashi Kaur. Je style mes saris avec des vestes, des tee-shirts, des chemises, des pantalons, des jeans... »

« Tout est possible, dit la styliste. C'est à nous de leur faire croire qu’on peut le porter de différentes façons. C'est un habit très sensuel, très élégant, et vraiment magnifique. C'est un élément très spécial de notre culture, et je veux que ça reste encore. »

La survie de dizaines de milliers d'emplois en jeu

« La jeune génération qui refuse de porter des saris, elle porte préjudice à tous les tisserands qui se trouvent, par exemple, du côté de Bénarès », dit le consultant mode Jean Marc Frederick Sideratos. Ces gens-là n'ont plus le même potentiel pour créer des saris. »

La nouvelle direction qui est prise par des designers indiens pour revaloriser le sari va, selon lui, donner un coup de pouce à ces travailleurs « qui n'arrivent plus à trouver de marché ».

« Le sari est clairement en train de faire un retour », analyse la journaliste de mode indienne Shefalee Vasudev, qui porte elle-même le vêtement traditionnel. « Les designers l'ont repensé plus jeune, plus sexy. Ils l'ont déconstruit dans un tissu plus léger et plus décontracté. Les jeunes s'amusent à créer des décalages, à le porter avec des vêtements dépareillés, avec des matières différentes. Ça crée de la liberté, du dynamisme. »

Voici une sélection de nouvelles façons de porter le sari, présentées au défilé Vogue lors de la Fashion week de New Delhi, en mars 2017.

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