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La saga d'un Vancouvérois pour cultiver du wasabi en serre

Le Vancouvérois Brian Oates a mis des années à développer un secret qui vaut de l'or : les méthodes de production de wasabi en serre. Jusqu'ici, même les Japonais croyaient la chose impossible.

Un texte de Francis Plourde pour La semaine verte

Le wasabi, aussi appelé rose trémière des montagnes, ne pousse dans la nature que sur les berges de ruisseaux et de sources d'eau situés sur les versants frais des montagnes de certaines îles du Japon. Les Japonais en raffolent, eux qui l'apprécient pour sa complexité en bouche et ses propriétés antibactériennes.

Cultivé depuis un millénaire en suivant les méthodes traditionnelles, le wasabi s'avère toutefois tout un défi à cultiver. Plusieurs Occidentaux ont tenté en vain de percer le secret de sa culture.

Brian Oates, un chercheur vancouvérois, a commencé à s'y intéresser en 1987, quand une connaissance lui a demandé s'il était possible d'en cultiver le long des ruisseaux de la Colombie-Britannique. Un défi plus difficile qu'il n'y paraît, selon lui : « Il y a eu plusieurs tentatives pour commercialiser la culture du wasabi en Amérique du Nord. Toutes ont échoué ».



Brian Oates a passé les années suivantes à tenter de tout comprendre de cette plante capricieuse dont la racine, le rhizome, se vend aujourd'hui autour de 200 à 250 $ le kilo. « Ce qui m'a attiré, ce sont les possibilités du wasabi dans le domaine biomédical », dit­-il.

Le wasabi, selon des études embryonnaires, pourrait avoir des propriétés contre l'alzheimer, la maladie de Parkinson ou même le cancer. « Ayant perdu des proches au cancer, cette possibilité a tout de suite résonné en moi », ajoute­-t-­il.

Brian Oates s'est rapidement rendu compte qu'il faisait face à un défi de taille. Les lois nord-américaines protégeant les cours d'eau font qu'on ne peut faire pousser du wasabi le long des berges. Il s'est rendu à l'évidence : il allait devoir faire pousser son wasabi en serre, ce qui n'avait jamais été fait selon ses recherches.

Un long parcours semé d'embûches

Dès le départ, il a fait face à une difficulté importante : la rareté des semences de wasabi nécessaires pour cultiver ses premières plantes. Il lui a fallu six ans pour parvenir à obtenir les semences lui permettant de démarrer ses recherches.

Au tournant des années 2000, Brian Oates s'approchait du but. Après plusieurs années d'essais et d'erreurs, de premières récoltes en serre se sont avérées fructueuses. Dans ses serres du Grand Vancouver, il croyait enfin pouvoir démarrer une entreprise qui ferait concurrence aux producteurs japonais.

Mais ses plantes ont été attaquées par des agents pathogènes. « C'est la réalité de beaucoup de fermes. Vous réussissez à cultiver sur une petite surface, et dès que vous agrandissez, de nouveaux problèmes surgissent », explique M. Oates.

Il a finalement trouvé réponse à ce problème grâce aux conseils d'une étudiante en biologie à l'Université Simon Fraser. Son prochain défi : convaincre des cultivateurs.

Une production bien mystérieuse

Kayla Lee et Andy Cole, qui demeurent sur l'île Malcolm, au nord de l'île de Vancouver, ont été parmi les premiers à se joindre à l'entreprise de M. Oates.

Pour environ 60 000 $, ce couple qui n'avait auparavant aucune expérience en botanique ou en agriculture a acquis le droit de cultiver un hectare de wasabi. « C'est tout un apprentissage pour nous », admet Andy Cole.

Lors du passage de l'équipe de La semaine verte sur l'île Malcolm, le couple en était à sa première récolte après 15 mois d'efforts. En s'associant à M. Oates, ils se sont essentiellement procuré la recette développée par le botaniste pour faire pousser le wasabi en serre.

« Ce que l'on asperge pourrait tuer d'autres plantes, mais fait des miracles pour le wasabi. Un de nos fertilisants est de l'acide à batterie. On le dilue bien sûr, mais c'est ce qu'on asperge », soutient M. Oates.

Neuf franchises comme celle de l'île Malcolm sont ainsi établies à différents endroits en Amérique du Nord, ce qui permet de diminuer les risques et de financer l'expansion de l'entreprise.

Tout un marché à développer

M. Oates doit aussi s'assurer de développer un marché en Amérique du Nord, car le wasabi offert dans la plupart des restaurants n'est en fait qu'une imitation à base de raifort et de colorant.

« Les gens ne le savent pas, mais ce qu'ils ont généralement avec leurs sushis, c'est de l'imitation. Quand je le leur dis, les gens sont surpris, ils ne le savent pas », dit-il.

Si les restaurants sont réticents à offrir du wasabi, c'est en raison de son prix élevé, mais aussi en raison des défis qu'il pose. Une fois apprêté, le wasabi ne garde sa saveur que durant une vingtaine de minutes.

Mais le marché culinaire n'est pas l'objectif ultime de M. Oates et de son entreprise, Pacific Coast Wasabi. À long terme, le botaniste vise plutôt le marché biomédical. « Les composantes chimiques du wasabi ont des propriétés antibiotiques, antiparasites, et anti-inflammatoires qui pourraient aider contre l'Alzheimer ou la maladie de Parkinson. C'est notre défi à long terme », souligne-t-il.

Aux États-­Unis, des suppléments à base de wasabi sont déjà vendus sur Internet. Mais en raison des contraintes associées à l'identification et à la vente de produits naturels, M. Oates doit passer à travers le processus d'autorisation de Santé Canada. C'est la prochaine étape pour cet entrepreneur aux projets d'envergure.

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