Quinze ans après la promesse phare de Jean Charest de réduire les listes d'attente et l'engorgement des urgences, le débat sur le réseau de la santé reprend. Cette fois, il prend le visage des infirmières, la cheville ouvrière du réseau, à bout de souffle, à bout de nerfs. Il prend le visage d'Émilie Ricard, qui dénonce sur Facebook ses conditions de travail. Quinze ans plus tard, la santé reviendra-t-elle hanter les libéraux en année électorale?

Une analyse de Sébastien Bovet, chef du Bureau parlementaire à l’Assemblée nationale

Le cri du cœur de Mme Ricard est devenu viral, partagé et commenté des dizaines de milliers de fois. Comme si les conditions de travail des infirmières sont une grenade, qui ne demande qu’un message Facebook pour être dégoupillée et exploser. Pour répliquer, le ministre Gaétan Barrette aura beau se démener, en faire une bataille contre les syndicats, le gouvernement semble en déficit d’appuis dans la bataille des relations publiques. Il est vulnérable.

Pourquoi? Parce que depuis 15 ans, l’espoir de régler les problèmes du système de santé a trop souvent été déçu. On s’entend qu’une fois entré dans le réseau, les services sont d’une excellente qualité. On se questionne certes sur la qualité des soins dans les centres d’hébergement de soins de longue durée. On s’inquiète du traitement réservé à nos aînés.

Mais de façon générale, la qualité est au rendez-vous. Le problème, c’est l’accès aux soins. Avoir un médecin de famille. Voir un spécialiste dans un délai raisonnable. Ne pas attendre des heures dans une urgence. À la décharge du gouvernement, la situation s’améliore, même si elle n’est pas parfaite.

Élan de sympathie

Alors pourquoi les infirmières semblent-elles avoir l’appui de la population? Parce que la majorité des gens pensent que les médecins sont les gras durs du système, que le gouvernement leur en a mis plein les poches ces dernières années et que celles qui tiennent le système à bout de bras, ce sont les infirmières.

Elles sont perçues comme empathiques et à l’écoute. J’insiste, on parle de perception, une impression qui parfois escamote les nuances, mais une impression tenace et profonde. C’est un boulet pour le gouvernement.

Les problèmes, les solutions

Au-delà des impressions, il y a les soins. Comment donner de meilleurs soins?

Les médecins ont eu droit à la carotte (une augmentation de leur rémunération) et au bâton (la loi 20 et ses pénalités). Résultat : un million de Québécois de plus ont un médecin de famille.

Que fait-on pour les infirmières? Leur syndicat demande d’abaisser le ratio patient/infirmière, bref d’alléger leur charge de travail. Les ratios sont désuets. Les cas lourds se multiplient. Il faut plus d’employés. Le gouvernement dit oui. On embauche, on a l’argent nécessaire. Mais les postes restent vacants faute d’intérêt, comme si la profession d’infirmière n’était plus attrayante.

On ne s’en sort pas. Les libéraux auront aussi de la difficulté à s’en sortir. La Coalition avenir Québec et le Parti québécois ont identifié la gestion du système de santé comme le talon d’Achille du gouvernement. Ils ne se gêneront pas pour ramener l’enjeu dans le débat électoral.

Et on espère qu’on n’en reparlera plus dans 15 ans.

Plus d'articles