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La santé, toujours la principale source d’inquiétude des Québécois

Une étude sur la perception des risques du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) estime que 44 % des Québécois sont inquiets à titre personnel de leur système de santé.

Un texte de Vincent Rességuier

Le Baromètre CIRANO 2017* juge par ailleurs que 35 % des Québécois sont préoccupés d’un point de vue collectif par le système de santé. La coauteure de l’étude et directrice de projets dans le groupe Risque du CIRANO, Ingrid Peignier, souligne que la santé est « la première source de préoccupation depuis cinq ans », soit depuis que l’étude existe.

Mme Peignier précise que les inquiétudes concernent en particulier les enjeux de « l’attente aux urgences et de l’accès aux services en général ». Selon le sondage, 77 % des Québécois perçoivent l’engorgement des urgences comme un risque « grand » ou « très grand », tandis que 23 % s'inquiètent de différents risques liés à la santé publique, tels que la dépendance au tabac, l’obésité, la malbouffe, etc.

Un problème d’image et de communication

Mme Peignier estime que l’évaluation du risque de la part des citoyens provient en partie des communications qui émanent du système de santé. Dans son étude, il apparaît que les Québécois considèrent souvent l’information « trop complexe » ou affirment « manquer d'information ». Mme Peignier a remarqué que plusieurs outils ont été développés sur les médias numériques pour informer la population, mais elle conclut qu’ils ne sont pas assez connus du grand public et qu’ils devraient être davantage mis en valeur.

Le titulaire de la Chaire de recherche « Politiques Connaissances Santé » de l’Université de Montréal, Damien Contandriopoulos, n’est pas surpris par la méfiance des Québécois envers leur système de santé.

N’importe qui au Québec va avoir un paquet d’anecdotes sur des dysfonctions ordinaires et frustrantes du système de soins.

Damien Contandriopoulos, titualire de la Chaire de recherche politiques, connaissances et santé

Ce spécialiste de la gouvernance en santé précise que les inquiétudes peuvent se développer à travers les expériences personnelles et le récit des proches. Il déplore que la population soit confrontée régulièrement à de « petites anomalies concrètes du quotidien », comme la longueur des délais pour « obtenir des soins mineurs » ou la vétusté des bâtiments.

M. Contandriopoulos souligne aussi que les perceptions concernant le système de santé sont façonnées indirectement par les médias et les réseaux sociaux. Le milieu de la santé donnant à ce chapitre une image plutôt négative, il remarque que « les gens sont plus inquiets face à des soins qu’ils n’ont jamais obtenus dans le passé », et que de nombreuses personnes se demandent si en cas de besoin, elles auraient des soins de qualité.

Faible confiance envers les politiciens

Si l’étude d’Ingrid Peignier prouve que les Québécois boudent leur système de santé, elle montre aussi que le niveau de confiance dans la gestion de ce dossier par les autorités publiques est faible. « Deux éléments reliés, selon elle, et qu’il est important de le mettre en relation ». Par exemple, le rapport relate que l’engorgement des urgences est l’enjeu perçu comme le plus à risque, mais aussi un des dossiers où la confiance dans le gouvernement est la plus faible.

M. Contandriopoulos explique ce déficit de crédit vis-à-vis des autorités publiques par les échecs successifs des dernières années. Il souligne qu'il y a eu des interventions pour régler divers problèmes avec de beaux exemples de réussite dans de nombreux pays occidentaux, alors qu’au Québec « on a eu peu de succès ».

Il redoute d’ailleurs les conséquences de la réforme administrative en cours, qui implique la fusion des établissements en créant de la confusion et en mettant « à genou les capacités managériales ». Il craint aussi l’impact du « conflit acrimonieux » entre le ministre de la Santé Gaétan Barrette et les associations médicales dont il condamne la logique de confrontation de part et d'autre, plutôt que de se concentrer sur « la recherche de solutions ».

Le Québec souffre de la comparaison

M. Contandriopoulos tient à souligner que plusieurs indicateurs sont positifs comme la qualité des soins et la formation des professionnels, mais regrette que de nombreuses données suggèrent que le système québécois est confronté à une « situation moins rose » qu’ailleurs. Il note que les cliniques de proximité sont sous-performantes par rapport au reste du Canada, que les indicateurs hospitaliers indiquent des performances moyennes et que le réseau paye le prix de « réformes mal avisées et très invasives ».

De son côté, Mme Peignier affirme que la méfiance face aux systèmes de santé est un « phénomène global dans les pays industrialisés ». Elle assure cependant que l’inquiétude vis-à-vis du système de santé québécois est « un problème grandissant » et que les préoccupations sont ici « plus importantes ».

* L’édition 2017 du Baromètre CIRANO se concentre sur les résultats de l’enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1008 répondants représentatif de la population du Québec. Cette enquête a été réalisée en ligne du 18 au 23 octobre 2016.

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