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La Société immobilière du Québec dans le collimateur de la future Autorité des marchés publics

Denis Gallant, qui prendra à la fin juillet les commandes de la nouvelle Autorité des marchés publics (AMP) du gouvernement du Québec, entend bien s'intéresser aux transactions troubles de la Société immobilière du Québec (SIQ).

M. Gallant, qui se prépare à laisser son poste au Bureau de l'inspecteur général (BIG) de la Ville de Montréal, souligne que d’autres instances se sont déjà penchées sur la vente de certains immeubles de la SIQ pour des montants moindres que leur valeur, une affaire d’abord mise au jour par l’émission Enquête.

Mais cela n’empêchera pas l’affaire de passer aussi sous la loupe de l’AMP, dont la mise sur pied constitue « la concrétisation de la recommandation numéro un de la commission Charbonneau, c’est-à-dire d’avoir un organisme de surveillance provinciale », dit M. Gallant en entrevue à Gravel le matin.

La SIQ « n'a pas considéré adéquatement l'impact financier à long terme » engendré par la vente de trois immeubles qu'elle détenait il y a 10 ans, avait conclu la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, en novembre dernier. La Place Québec et l’immeuble J.A. Tardif, à Québec, de même que le 500 René-Lévesque Ouest, à Montréal, ont été vendus en 2007 et en 2008 en vertu d’une décision prise par le gouvernement de Jean Charest, avait-elle rappelé.

Les « règles de saine gestion et de prudence devant guider les transactions d’une telle importance n’ont pas été suivies » par la SIQ, avait-elle indiqué, faisant notamment état de « concessions financières importantes », estimées à 18,6 millions de dollars.

Selon l’émission Enquête, les organisateurs libéraux William Bartlett, Franco Fava et Charles Rondeau et l'ex-PDG de la SIQ Marc-André Fortier se seraient par ailleurs partagé près de 2 millions de dollars dans le cadre de prolongations de baux.

L’Unité permanente anticorruption (UPAC), quant à elle, poursuit son enquête sur la SIQ dans le cadre du projet Justesse, mais elle n’a encore procédé à aucune arrestation.

D’une juridiction à l’autre

Le BIG emploie une trentaine de personnes. Mais avec l’AMP, Denis Gallant pourra compter sur environ 130 employés pour fouiller dans les livres de la SIQ et de tous les ministères et organismes relevant du gouvernement du Québec, ce qui inclue les hôpitaux, les universités et les municipalités – à l’exception de Montréal, où le BIG conserva sa juridiction.

À l’échelle de la province, « ça risque d’être plus compliqué » que ce qu’il a vu à Montréal, reconnaît M. Gallant, qui avait pu s’intéresser de près à différents stratagèmes alors qu’il travaillait au sein de la Commission d'enquête sur l'industrie de la construction (la commission Charbonneau).

Les manquements que l’AMP tâchera de mettre au jour seront certainement plus subtils, explique-t-il. « On est vraiment dans le respect des règles contractuelles. […] La vérificatrice générale a fait plusieurs rapports là-dessus. Et c’est là qu’on va reprendre le relais. »

Denis Gallant quitte le BIG avec le sentiment du devoir accompli. Il est persuadé que le travail qu’il y a fait, de même qu’à la commission Charbonneau, a porté fruit.

Les sommes qu'ont pu récupérer le gouvernement du Québec et d'autres administrations, dont Montréal, depuis les travaux de la commission Charbonneau, permettent de dire que celle-ci s’est tenue « à coût nul », selon lui.

« Je le vois également à la Ville de Montréal : [les montants des] contrats ont effectivement baissé de 20 à 30 % », ajoute-t-il, en notant que les entrepreneurs présentent aujourd’hui parfois des soumissions dont les montants sont inférieurs à ceux estimés par la Ville, « ce qu’on ne voyait pas avant ».

« Oui, ça a changé », affirme-t-il.

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