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La soie d'Amérique passe en production industrielle

Le soyer du Québec a le vent dans les voiles. La première récolte à échelle industrielle de cette plante est déjà entièrement écoulée et on veut la multiplier par 10 le plus vite possible.

Un texte de Jean-Michel Leprince

L'asclépiade (Asclepias syriaca), c'est la plante à l'état sauvage, la « mauvaise herbe ». Mais celle que l'on cultive s'appelle maintenant officiellement soyer du Québec (dans la vallée du Saint-Laurent) et son produit, la fibre chaude, souple, résistante et hydrophobe, s'appelle dorénavant soie d'Amérique.

Ainsi en ont décidé les pionniers de cette nouvelle culture et cette industrie naissante qui promet des vêtements chauds repoussant l'humidité, des isolants thermiques et acoustiques ou des absorbants pétroliers. Des propriétés uniques, écologiques et prometteuses.

L'asclépiade est l'habitat et la nourriture du monarque, ce papillon qui émigre tous les hivers au Michoacan, au Mexique, et revient au nord au printemps.

Il y a eu très peu de monarques au Québec cette année, sauf dans la région de Saint-Tite, où se trouvent les champs de Daniel Allard, PDG de la coopérative Monark, et d'une vingtaine d'autres agriculteurs.

La récolte cette année est de 100 hectares (soit 1 million de mètres carrés) et elle a déjà trouvé entièrement acquéreur.

À 250 grammes de fibre par manteau et en moyenne 2500 manteaux par hectare, il y a de quoi faire au moins 250 000 vêtements chauds. Et il y aurait plusieurs grandes marques mondialement connues sur les rangs. « On a eu plusieurs demandes du marché dans différents secteurs d'applications », soutient François Simard, PDG de Encore 3, « ce qui fait que tout ce que nous avons ici est déjà engagé chez certains de nos clients. »

Le fabricant québécois de vêtements de sport Chlorophylle a déjà une longueur d'avance. Il met au point une combinaison extrêmement chaude et hydrophobe qui pourrait remplacer le duvet et permettre à un alpiniste d'apporter deux fois moins de vêtements et de sacs de couchage dans une expédition. Le test suprême : l'Everest, en mai 2016, avec l'alpiniste Jean-François Tardif.

Perspectives alléchantes

Les producteurs visent une récolte de 400 hectares l'an prochain (300 hectares ont été ensemencés en 2014) et on veut ensemencer 1500 hectares de plus au printemps 2016. « La semence, c'est le nerf de la guerre », explique Daniel Allard, PDG de la coopérative Monark. « La première étape, c'est la cueillette indigène. Une fois traitée, préparée, on assure la traçabilité, pour implanter les grains dans les mêmes régions où ils ont été cueillis pour rassurer les entomologistes, s'assurer que le papillon ne change pas son aire de migration. »

Grâce au Centre des semences forestières de Berthier, on a réussi à réduire le coût d'ensemencement du soyer du Québec de 15 000 $ à 180 $.

Le rendement prévu pour l'agriculteur est de 1000 $ à 1500 $ net par hectare, l'équivalent d'un hectare de maïs sucré, mais sur des terres marginales, moins fertiles.

La première usine industrielle de séchage et de séparation de la fibre des graines est maintenant opérationnelle à Saint-Tite. D'autres usines seront construites ailleurs au Québec près d'autres aires de production, notamment au Bas-Saint-Laurent, en Estrie et dans les Laurentides.

Le programme ACCORD du gouvernement du Québec appuie le projet. Son représentant, Ghislain Bouchard, est enthousiaste.

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