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La SQ recherche des « traqueurs de pédophiles » à Sherbrooke

La Sûreté du Québec a arrêté un homme jeudi, à Sherbrooke, dans le cadre d'une enquête portant sur des « shérifs du web », ces personnes qui tentent d'épingler de présumés pédophiles en leur tendant un piège sur Internet. La SQ recherche deux autres hommes et une femme en lien avec cette affaire.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

William Drapeau, 27 ans, est accusé d'avoir commis des méfaits, d'avoir proféré des menaces et d'avoir fait du harcèlement.

L’équipe des enquêtes sur l’exploitation sexuelle de la Sûreté du Québec a mené une perquisition au domicile de William Drapeau à Sherbrooke.

Cette perquisition « a permis justement d’extraire d’autres photos de possibles suspects reliés à ces événements et peut-être reliés à d’autres événements », a affirmé la porte-parole de la SQ, Ingrid Asselin.

« Nous demandons l’aide du public pour retrouver ces personnes-là qui seraient reliées entre elles », a ajouté Ingrid Asselin.

L'enquête pourrait permettre aux policiers de mesurer l'ampleur de ce réseau potentiel.

Des événements récents à Sherbrooke

« Les individus auraient tenté de contacter des personnes sur Internet afin d’initier des rencontres à caractère sexuel. Au moment de la rencontre, les trois personnes auraient intimidé et menacé les personnes rencontrées. Elles auraient aussi causé des méfaits sur leurs véhicules. Les événements se seraient déroulés au cours des derniers jours dans la région de Sherbrooke », peut-on lire dans le communiqué de la Sûreté du Québec daté du 21 juillet 2017.

Toute personne possédant de l'information qui permettrait d'identifier les trois personnes recherchées est invitée à contacter la SQ.

Les enquêtes sont l'apanage des policiers...

Ingrid Asselin met en garde les personnes qui pourraient vouloir « s'improviser shérifs du web pour tenter d’attirer des gens, présumés prédateurs sexuels ».

Le stratagème consiste généralement à se faire passer sur Internet pour une personne mineure auprès d'un présumé pédophile et à lui fixer un rendez-vous pour ensuite l'affronter. Mais, ce faisant, les justiciers courent le risque de se retrouver eux-mêmes en possession de matériel pornographique « si jamais il y avait échange d’informations, de courriels, de photos, justement pour attraper l’autre personne », souligne Ingrid Asselin.

De plus, dans les échanges qui s'ensuivent, des menaces et autres méfaits peuvent être commis par les « shérifs du web » qui se retrouveront accusés par le fait même.

Enfin, les informations recueillies par ces personnes peuvent rarement être utilisées comme preuves en cour et ne peuvent donc pas servir à porter des accusations. « D’où l’importance pour les citoyens de fournir toutes informations aux policiers et ne pas débuter eux-mêmes une enquête, mentionne Ingrid Asselin. C’est un message important qu’on souhaite passer. »

Ingrid Asselin affirme que la SQ traite rarement ce genre de dossiers, « mais les gens doivent nous le signaler pour qu’on le sache », ajoute-t-elle.

Une milice privée existe au Canada

Ailleurs au Canada, la Colombie-Britannique, l'Alberta, le Nord de l'Ontario et plus récemment le Manitoba ont enregistré des cas de traque de prédateurs d'enfants.

La plupart de ces cas seraient reliés aux Creep Catchers, une milice privée qui compte quelques chapitres au pays.

Chase Karnes, le fondateur d'un de ces chapitres établi en Saskatchewan, a déclaré à CBC que les membres du groupe n'étaient pas violents. M. Karnes a toutefois reconnu que les choses pouvaient dégénérer lorsque des passants, assistant à un affrontement, décident de s'en mêler. Il arrive aussi que des affrontements, filmés et retransmis en ligne, incitent d'autres internautes à traquer les présumés pédophiles à leur tour.

Au Manitoba, un présumé agresseur d'enfants s'est fait violenter par un passant qui avait assisté à la rencontre orchestrée par un Creep Catcher.

Dans un autre cas en Colombie-Britannique, un membre de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a été injustement accusé par un membre de la milice. Une vidéo mise en ligne par le groupe aurait même incité une femme souffrant de problèmes de santé mentale à s'enlever la vie.

Plus de mal que de bien

De l'avis de Christopher Schneider, professeur à l'Université de Brandon au Manitoba, ces traqueurs de pédophiles peuvent nuire au travail des policiers, dans la mesure où leurs vidéos risquent de faire fuir les suspects ainsi visés.

Et dans l'éventualité où une personne serait accusée à tort, l'apprenti justicier pourrait être poursuivi pour diffamation, conclut Christopher Schneider.

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