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La suspension de l'interdiction du burkini attise le débat politique en France

La plus haute juridiction de la France a suspendu vendredi l'arrêté interdisant l'accès aux plages de Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-Maritimes - pris dans la foulée de l'attentat de Nice - aux baigneurs, plus précisément aux femmes, portant des vêtements religieux.

Selon le Conseil d'État, le port du burkini, vêtement de bain recouvrant l'essentiel du corps, porté par des femmes musulmanes et au coeur de cette affaire, ne trouble pas l'ordre public, tandis que l'arrêté porte atteinte aux libertés fondamentales.

Un débat qui divise

Le président français, François Hollande, s'est abstenu de trancher sur le sujet, appelant plutôt « chacun » à se conformer aux règles communes « sans provocation ni stigmatisation ».

Des représentants musulmans ont salué la décision qui représente pour eux une victoire de la sagesse et qu'ils croient susceptible de faire jurisprudence.

Bien qu'il ne soit pas pour le port du burkini, le secrétaire général du Conseil français du culte musulman, Abdallah Zekri, croit toutefois que les femmes souhaitant le porter devraient pouvoir le faire.

Il voit dans l'interdiction du burkini des arguments pour le groupe armé État islamique, qui faciliteraient son recrutement auprès des jeunes, a-t-il expliqué à l'émission 24/60.

Pour la militante laïque Leïla Bensalem, le port du burkini cache une idéologie, et son interdiction est nécessaire.

« Si on ne passe pas au stade de l'interdiction ou qu'on n'encadre pas, on va se priver de toutes sortes de choses [...] Ça envahit l'espace public. Il ne faut pas être dupe. Ça n'est pas innocent. Il y a un message qui est envoyé à travers ça », a-t-elle dit sur les ondes d'ICI RDI.

Un désaveu pour Manuel Valls

La décision place le premier ministre français, Manuel Valls, en bien mauvaise posture, lui qui a soutenu ce type d'arrêtés, pris cet été par les maires de plusieurs communes et pour lesquels il n'a jamais jugé nécessaire de légiférer.

Pour lui, le débat au sujet du « burkini n'est pas anodin, c'est un débat de fond ». Il explique ne pas voir le burkini comme un signe religieux, mais plutôt comme « l'affirmation dans l'espace public d'un islamisme politique ».

« l n'y a pas de liberté qui enferme les femmes! C'est dénoncer un islamisme mortifère, rétrograde. Une vision que je n'accepte pas au nom même de la place que l'islam doit trouver dans notre société », dit-il.

Le Front national évoque de son côté des risques potentiels.

Des maires refusent de suspendre leur arrêté

Des maires de différentes couleurs politiques assurent qu'ils refuseront de suspendre leur arrêté respectif. Parmi eux, les maires LR de Mandelieu-la-Napoule et de Nice (Alpes-Maritimes), ainsi que David Rachline, maire FN de Fréjus (Var), ou Ange-Pierre Vivoni, édile socialiste de Sisco (Haute-Corse).

Ange-Pierre Vivoni avait pris son arrêté à la suite d'une échauffourée entre des riverains et une famille d'origine maghrébine qu'il attribuait au port d'un burkini, ce maillot de bain couvrant l'essentiel du corps utilisé par des femmes musulmanes. Le procureur de la République de Bastia a toutefois contredit cette lecture des faits.

Le maire de Villeneuve-Loubet, principal élu concerné par la décision du Conseil d'État, considère que la « polémique vient d'associations qui essayent de gagner du terrain ».

« Elles peuvent être satisfaites, l'islamisation rampante progresse dans notre pays », estime-t-il.

Des appels à modifier la loi

À la suite de la décision du Conseil d'État, la plupart des représentants de la droite et de l'extrême droite, à l'exception de l'ex-premier ministre Alain Juppé, ont demandé une modification de la loi pour interdire le port de tout signe religieux.

L'ex-chef de l'État Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire de la droite et du centre pour la présidentielle, a demandé une loi interdisant sur tout le territoire français le port du burkini.

Marine Le Pen estime, quant à elle, que le législateur était seul habilité à agir.

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a estimé sur Twitter que la décision du Conseil d'État ouvrait la voie à l'instauration de la loi islamique.

La décision, qui pourrait faire jurisprudence, clôt provisoirement le débat juridique, sans toutefois mettre fin au débat politique.

Les maires des autres communes qui ont obtenu des arrêtés ne sont pas forcés de suivre la décision rendue.

Sécuriser les décisions rendues par les maires

Dès l'annonce de cette décision, des élus du parti Les Républicains (LR), principale formation de l'opposition de droite, ont assuré qu'ils déposeraient une proposition de loi pour « sécuriser » les décisions des maires prenant de tels arrêtés.

« Cette proposition de loi sera présentée à l'Assemblée nationale lors de la rentrée parlementaire en septembre », a dit Guillaume Larrivé, député et porte-parole de LR sur BFM-TV.

Cette proposition de loi permettra aux maires « de ne plus être invalidés lorsqu'ils prennent des arrêtés qui préviennent tout trouble à l'ordre public », a précisé le maire LR de Villeneuve-Loubet, Lionnel Lucas.

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