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La technologie au service des pilotes du Saint-Laurent

On dit qu'un peu du fleuve Saint-Laurent coule dans les veines de chaque Québécois. Dans le cas des quelque 185 pilotes qui commandent les navires qui montent ou descendent le fleuve entre Montréal et Les Escoumins, c'est même une évidence.

Un photoreportage de Catherine François

Ces pilotes se partagent la navigation sur le fleuve en trois sections : entre Montréal et Trois-Rivières, entre Trois-Rivières et Québec et entre Québec et Les Escoumins.

Le Saint-Laurent est réputé pour être un cours d'eau capricieux et l'un des plus difficiles à naviguer au monde, surtout dans le secteur de Tadoussac, où la rivière Saguenay croise les eaux salées du fleuve et le courant de l'Atlantique.

Il y a dans cette zone un phénomène de clapotis impressionnant qui déstabilise les petites embarcations, mais aussi les gros navires. Il peut même arriver qu'une partie du navire se retrouve dans un courant et l'autre dans un autre courant, nécessitant des manœuvres délicates.

Pour voir la carte sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Et c'est sans oublier la brume, les marées, et l'hiver, la glace. En moyenne, entre 40 et 50 navires montent ou descendent le fleuve chaque jour, soit au moins un bateau par heure. Et il faut environ neuf heures à ces bateaux pour faire la distance entre Québec et Les Escoumins, avec une vitesse moyenne de 20 kilomètres à l'heure.

Un métier de passion

Il faut être motivé pour devenir pilote. D'abord, suivre trois ans de cours, puis faire un an de stage à l'Institut maritime du Québec, situé à Rimouski, avant de passer plusieurs années en tant qu'apprenti-pilote. Là, enfin, on peut obtenir le titre de pilote.

Les pilotes du Saint-Laurent sont regroupés en deux associations, la Corporation des pilotes du Bas-Saint-Laurent et celle du Saint-Laurent central. Celle du Bas-Saint-Laurent, que préside le pilote Simon Mercier, existe depuis 1860.

Elle compte 76 pilotes, dont une femme. En fin de carrière, un pilote gagne autour de 200 000 $. Ils sont sur appel 24 heures sur 24, 21 jours de suite, puis en repos pendant deux semaines en alternance. Des horaires atypiques, qui impliquent beaucoup d'adaptations à ceux qui ont des familles.

« Nous, on a de l'eau saumâtre dans les veines, on ne peut pas s'en passer », lance en riant Simon Mercier. Ces pilotes sont donc des gens passionnés, passionnés par leur métier et passionnés par le fleuve, LEUR fleuve. Une passion qu'ils peuvent maintenant partager avec des pilotes d'ailleurs dans le monde grâce à un centre de formation hautement technologique.

Des cabines de simulation pour une formation de pointe

Afin de parer aux imprévus, les pilotes suivent en moyenne 25 heures par an de formation en cabine de simulation de navigation.

« En embarquant le matin ou le soir sur le bateau, on a déjà une bonne idée des enjeux qu'on va rencontrer, des stratégies qu'on va devoir adopter pour passer à travers ces défis-là », poursuit Simon Mercier.

La Corporation des pilotes du Bas-Saint-Laurent s'est ainsi dotée il y a 10 ans d'un Centre de simulation et d'expertise maritime, qui comprend quatre cabines de pilotage dans lesquelles des logiciels extrêmement perfectionnés peuvent reproduire toutes sortes de situations - conditions météorologiques, marées, paysages et ports du monde entier - afin de mettre le pilote dans des conditions de navigation spécifiques.

Ces programmes de simulation s'appliquent sur une cinquantaine de modèles de navires. L'une des cabines permet même à plusieurs personnes de faire l'exercice en même temps. Et les quatre cabines peuvent être interreliées afin de simuler la situation d'un énorme navire qui doit être remorqué par trois navires.

Ces exercices de simulation sont filmés, ce qui permet ensuite d'analyser les réactions des pilotes et de corriger des erreurs au besoin. Les pilotes ont une priorité quand ils montent sur un bateau : la sécurité. Les percées technologiques des dernières années sont des atouts importants dans ce domaine.

« C'est probablement le plus gros avancement des 10 dernières années. Les nouvelles technologies permettent de contrôler les marges de sécurité. On a réduit de beaucoup l'incertitude au niveau des sondages, les hauteurs de marée, la prévision de la météo, ce qui nous permet aussi de piloter maintenant des navires de plus en plus gros sans pour autant élargir le canal de navigation sur le fleuve », rapporte Simon Mercier.

Voilà sans doute l'une des raisons qui font du transport maritime l'un des moyens de transport les plus sécuritaires qui soient.

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