Retour

La tempête Harvey gonfle le prix de l’essence au Québec

Les automobilistes québécois se sont réveillés avec la désagréable surprise de constater une hausse de 10 cents le litre d'essence à leur station-service. Le passage de l'ouragan Harvey dans le sud des États-Unis et la spéculation qui suit en pareille situation en sont les raisons, selon les économistes.

Le prix du litre d’essence est ainsi passé de 1,16 $ lundi, dans la région de Montréal, à 1,27 $ mardi, avant d’atteindre 1,35 $ vendredi.

L'analyste du site spécialisé GasBuddy, Dan McTeague, a indiqué qu’il pourrait y avoir d’autres hausses au cours des prochains jours. Le prix de l’essence à la pompe pourrait atteindre 1,45 $ le litre dans la région de Montréal.

Moins importants, les prix ont également augmenté d’environ 10 cents le litre dans les régions de Québec/Chaudières-Appalaches (1,25 $ le litre), du Bas-Saint-Laurent (1,24 $) et de Sherbrooke (1,21 $).

En revanche, le prix à la pompe est demeuré à 1,04 $ en Outaouais, qui n’a pas encore été touché par les augmentations.

Le site spécialisé GasBuddy affiche des prix inférieurs à 1,10 $ le litre d'ordinaire à Ottawa et à Moncton, de moins de 1,08 $ à Toronto et inférieurs à 0,97 $ à Calgary.

Un problème de raffinage ... et de spéculation

Le passage de l’ouragan Harvey a forcé une quinzaine de raffineries, soit le cinquième des raffineries américaines, à interrompre leur production, créant ainsi des pénuries de carburant et entraînant à la hausse les prix à la pompe.

Les raffineries du sud des États-Unis représentent 45 % de la capacité de raffinage aux États-Unis et c’est environ 20 % à 25 % des raffineries américaines qui sont touchées par un ralentissement de la production.

« Les gens oublient que la relation entre la matière première, le pétrole brut, et le prix du litre d’essence à la pompe, souvent, il n’y en a pas », explique le porte-parole de l’industrie pétrolière, Carol Montreuil. Il convient que personne ne manque de pétrole brut.

Le problème provient des raffineries qui fabriquent les produits finis, explique le vice-président de l’Association canadienne des carburants.

Les marchés spéculatifs, qui gèrent les transactions d’essence, voient également venir la crise créée par les difficultés de raffinage de l’industrie et ils n’attendent pas ses impacts réels pour hausser les prix, ajoute M. Montreuil. C’est pourquoi les hausses de prix à la pompe surviennent plus rapidement que les effets de la crise du raffinage.

Les taxes et la marge bénéficiaire

Tout en convenant que les effets de l’ouragan Harvey conjugués à la forte demande de la rentrée ont « une grande influence sur le prix », Annie Gauthier, porte-parole de CAA-Québec, estime que les taxes contribuent aussi à faire bondir les prix.

« C’est flagrant au Québec. On a environ 40 à 45 sous par litre attribués aux taxes […] C’est beaucoup, c’est énorme », déplore-t-elle, tout en précisant que les taxes sont variables d'une région à une autre.

Mme Gauthier fait remarquer aussi la marge bénéficiaire des détaillants pèse dans la balance. Selon elle, celle-ci était de 13 ¢ le litre vendredi matin, alors qu’elle se situe habituellement autour de 9 et 10 ¢.

Sonia Marcotte, PDG de l’Association québécoise des indépendants de l’essence, avance d’autres chiffres sur la marge bénéficiaire.

« Un détaillant qui va acheter son essence aujourd’hui à la raffinerie, ça lui coûte 1,29 $. S’il la revend à 1,34 $, il lui reste 4,8 sous de marge, parce qu’il faut, en plus, enlever les taxes. À 4,8 sous […], le détaillant arrive à peine à couvrir ses coûts d’exploitation », explique-t-elle.

Sonia Marcotte et Annie Gauthier s’entendent toutefois pour dire qu’iI existe une dynamique locale dans la détermination des prix à la pompe. Dans certaines régions, comme Québec, la présence de détaillants agressifs a généré une baisse des prix.

Quoi qu’il en soit, la porte-parole de CAA-Québec souligne que même si « on ne contrôle pas le prix de l’essence en tant que consommateur, on contrôle notre consommation par contre ».

Elle recommande une consommation raisonnable, le recours au transport en commun et une limitation des déplacements, quand cela est possible.

L'ALENA ou le marché unique

Outre les problèmes du raffinage, M. Montreuil avance aussi que l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) a son rôle à jouer dans les variations du prix de l'essence.

« C’est un rappel brutal [...] Les gens constatent à quel point les frontières sont ouvertes et à quel point le marché nord-américain est un seul marché », a déclaré M. Montreuil en entrevue à la radio de Radio-Canada.

Bien que l’essence produite par les raffineries du golfe du Mexique ne soit pas vendue au Québec, M. Montreuil soutient que tous les prix sont reliés.

« Donc tout ce soubresaut-là, qui se retrouve même sur la côte est, même si on est loin du golfe du Mexique, ça affecte ce que l’on appelle le marché des marchandises, le commodity market de New York, et quand ça se passe, que ce soit une raffinerie de Québec ou de Montréal ou de l’Ontario, les prix sont systématiquement les mêmes, explique-t-il. Quand ces problèmes-là arrivent, ça se répercute immédiatement à la grandeur de l’Amérique. »

Les automobilistes américains ne font pas exception

Les automobilistes américains font également les frais des conséquences du passage de l’ouragan Harvey. Le prix moyen à la pompe est passé de 2,45 $US à 2,52 $US le gallon vendredi, selon l’American Automobile Association.

La hausse a même été de 15 ¢ dans la région de Dallas et El Paso, et de 10 ¢ ailleurs au Texas, en Caroline du Sud, en Ohio, dans le Delaware au Maryland en Géorgie, et en Virginie.

Cette situation s’explique notamment par la fermeture d’oléoducs de la Colonial Pipline.

Le prix du gallon a même passé la barre des 3  $US autour de Dallas, où les automobilistes font la file pour faire le plein en raison de pénuries de carburant.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine