Le 8 août marque le « jour du dépassement », c'est-à-dire le jour où l'humanité a épuisé l'ensemble des ressources que lui fournit la planète en une année.

Karel Mayrand, directeur général pour le Québec à la Fondation David Suzuki, explique que pour arriver à la date symbolique du 8 août, il faut d'abord calculer l'ensemble des ressources que l'humanité utilise pour sa consommation et pour l'économie. Il faut ensuite déterminer le nombre de « planètes Terre » nécessaires pour soutenir l'ensemble de ces activités.

Ces données sont finalement reportées sur 365 jours, ce qui permet d'identifier le « jour du dépassement ». Ainsi, lorsque la Terre a atteint les limites de ce qu'elle peut produire, on emploie l'expression « vivre à crédit » puisque les activités humaines se poursuivent en puisant dans le capital écologique des générations futures.

Le jour du dépassement arrive de plus en plus rapidement chaque année depuis qu'un seuil, considéré comme critique, a été dépassé en 1971. Selon les groupes écologistes, cette année-là marque le moment où l'humanité est entrée en « déficit écologique ».

Si le déficit continue de se creuser depuis les 40 dernières années, c'est d'abord en raison de l'accroissement de la population mondiale, mais aussi à cause de la société de consommation, indique M. Mayrand.

« Depuis 1950, la population de la Terre a été multipliée par deux ou trois et l'économie mondiale a été multipliée par 19, tout ça en restant dans une planète qui elle, n'a pas grossi. »

Un calcul qui dérange

Le calcul du « dépassement » a ses détracteurs, qui estiment que la consommation ne peut excéder l'offre. Mais le calcul prend aussi en considération la pollution émise par les activités humaines, notamment dans l'eau et dans l'atmosphère.

« C'est évident que les changements climatiques, ce n'est pas une ressource qu'on est en train d'épuiser, ce qu'on est en train de faire, c'est transformer le climat d'une manière qui va transformer l'ensemble des systèmes naturels sur Terre, et ça, c'est une hypothèque sur l'avenir aussi », explique M. Mayrand.

Ce dernier explique que pour bien des gens, le discours sur le déficit écologique est alarmiste et redondant. « Les gens disent : "on entend ça depuis 40 ans", mais justement, ça fait 40 ans qu'on vit à crédit! », s'exclame-t-il. Pour le directeur de la division québécoise de la Fondation David Suzuki, il est impossible de prédire combien de temps encore la Terre pourra supporter le système actuel.

Pour M. Mayrand, il faut donc revenir à une forme d'équilibre et réévaluer nos habitudes de consommation, plus spécifiquement de remettre en question la surconsommation, pour nous permettre de « gagner du temps ».

Il estime toutefois qu'il faut également revoir nos façons de définir et de calculer la croissance. Pour ce faire, il avance qu'il faudrait prendre en compte le capital écologique dans le modèle économique.

Cette opinion est partagée par le directeur de l'institut des sciences de l'environnement à l'UQAM, René Audet. Ce dernier croit que le « jour du dépassement » marque effectivement les esprits, mais que la sensibilisation ne suffit pas pour éviter de frapper un mur.

« Le vrai défi, c'est pas les gestes concrets, c'est de transformer en profondeur le modèle qui nous a amenés dans cette situation-là », conclut-il.

Avec les informations de Daniel Blanchette-Pelletier

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