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La trêve à Alep est rompue, la guerre reprend ses droits

Après une accalmie d'une quinzaine d'heures, les combats entre les forces progouvernementales et les rebelles ont repris jeudi matin à Alep, avant que l'opération d'évacuation annoncée pour l'aube ne puisse se mettre en branle.

À Alep-Est, les raids aériens et les tirs d’artillerie des troupes pro-Assad ont repris contre les quelques quartiers toujours aux mains des insurgés.

Des raids aériens ont eu lieu dans le quartier d’Ansari « comme s’il n’y avait aucun cessez-le-feu », affirme Mahmoud Raslan, un militant d’Alep-Est contacté par Associated Press. « Ils vont tous nous tuer », croit-il. Un secouriste d’Alep-Est, Ibrahem Al-Haj, confirme aussi la reprise des raids.

Le cessez le feu est fini. Tout le monde sera exécuté quand les forces d'Assad et leurs voyous vont capturer notre zone.

Ismail Alabdullah, volontaire des Casques blancs en zone rebelle

Un militant contacté par l’AFP en zone rebelle, Mohammad al-Khatib, a vu un char du régime tirer en direction des secteurs insurgés, ainsi que des civils blessés autour de lui. D’autres fuyaient dans les rues à la recherche d’un abri.

La situation est horrible maintenant à Alep. [...] Les blessés et les morts sont dans les rues, personne n'ose les retirer. Le bombardement est continu, personne n'arrive à bouger [...] C'est une situation indescriptible.

Mohammad al-Khatib, contacté par l'AFP via internet

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui suit le conflit à partir d’un réseau d’informateurs dans le pays, rapporte deux morts dans le secteur rebelle.

« On est revenu à la case départ », estime son directeur, Rami Abdel Rahmane. « En plus des violents bombardements, il y a de très violents combats en cours sur les lignes de démarcation », ajoute-t-il.

La télévision d’État syrienne affirme pour sa part que sept civils ont été tués par des tirs rebelles dans les secteurs gouvernementaux, notamment sur Boustane al-Qasr, repris il y a quelques jours aux rebelles.

Chaque partie accuse l’autre d’être responsable de la reprise des hostilités. Le résultat est néanmoins le même pour les milliers de civils qui entendaient quitter la dernière enclave rebelle dès 5 h, heure locale, à la faveur d’un accord intervenu hier entre les insurgés, la Russie, alliée militaire clé du régime de Damas, et la Turquie.

Dans le quartier al-Machad, une foule de civils emportant quelques affaires s’était massée dans les rues avant l’heure convenue, dans l’espoir de quitter les lieux. Parmi eux se trouvaient des enfants, pauvrement vêtus malgré une température oscillant autour du point de congélation.

Beaucoup d’habitants avaient en outre passé la nuit sur les trottoirs, faute d’abri, malgré le temps glacial et la pluie.

La télévision Al-Manar, liée au Hezbollah iranien, a montré des autobus verts du régime quittant l’endroit sans passager à bord.

Face à cette confusion, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a déclaré sur France2 qu'il est maintenant indispensable que des observateurs de l'ONU se déploient à Alep « pour avoir une garantie que l'évacuation, qui est une priorité pour la population civile, [ait lieu] mais aussi que les combattants ne soient pas massacrés ».

Environ 50 000 civils devraient quitter Alep-Est, où la situation humanitaire aggravée par les intempéries à l'approche de l'hiver préoccupe au plus haut point les Nations unies, qui parlent « d'effondrement total de l'humanité ».

D'après un bilan communiqué mercredi matin par les autorités russes, 6000 civils, dont un tiers d'enfants, sont déjà partis au cours des dernières 24 heures, de même que 366 insurgés qui ont déposé les armes. Ce nouvel exode n'est pas intervenu dans le cadre de l'accord annoncé mardi soir.

Les quartiers rebelles d'Alep-Est sont encerclés par les forces progouvernementales depuis le mois de juillet, et soumis à d'intenses bombardements.

Ils s’entassent dans un secteur de quelques kilomètres carrés, dans le dernier secteur que l’armée et les milices chiites qui l’appuient n’ont pas réussi à reconquérir depuis l’offensive au sol lancée le 15 novembre.

Exigences iraniennes

Les insurgés ont accusé pour leur part les milices chiites soutenues par l'Iran d'avoir fait capoter l'accord, une version corroborée par un responsable onusien.

Selon eux, Téhéran a fixé une nouvelle condition à l'accord d'évacuation, exigeant qu'elle ait lieu simultanément avec l'exfiltration des blessés de Foua et Kefraya, deux villages chiites syriens assiégés par la rébellion dans la province d'Idlib, au sud-ouest d'Alep.

« Ils ont refusé de laisser partir les gens, ils transforment un certain nombre de choses en prétexte, parmi lesquels Foua et Kefraya, mais c'est davantage un prétexte que la réalité, un prétexte pour que cet accord échoue parce que les Iraniens ne veulent pas de cet accord », a dit un responsable de l'Armée syrienne libre (ASL).

Quelques heures après ces révélations, l'OSDH a affirmé que les rebelles ont bombardé Foua et Kefraya, faisant des blessés.

J'espère que la situation dans Alep sera réglée dans les deux ou trois prochains jours. Je m'attends à ce que les rebelles cessent de résister dans les deux ou trois prochains jours.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, cité par l'agence Interfax

Selon son homologue turc Mevlut Cavusoglu, qui a poursuivi ses contacts avec ses homologues russe et iranien, des forces fidèles au régime de Bachar Al-Assad tentent de bloquer l'accord d'évacuation.

Erdogan impute l'échec de la trêve aux forces syriennes

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé mercredi les forces gouvernementales syriennes d'avoir fait échouer le cessez-le-feu conclu la veille à Alep, mais a assuré qu'Ankara continuait à œuvrer à l'ouverture d'un corridor pour l'évacuation de la partie orientale de la ville.

Le chef de l'État s'entretiendra dans la journée avec son homologue russe Vladimir Poutine de la situation à Alep, qu'il a jugée « très fragile ». Un porte-parole du Kremlin cité par l'agence de presse RIA a confirmé l'information.

Les préparatifs du transfert des évacués d'Alep à Idlib sont achevés, a ajouté Recep Tayyip Erdogan, qui s'adressait à des membres de l'administration d'Ankara devant les caméras de télévision.

Alep, la grande victoire de Bachar Al-Assad

La reprise d'Alep marque la plus grande victoire du pouvoir syrien dans son combat pour mater une rébellion entamée en 2011 en plein « printemps arabe », un conflit qui a fait plus de 300 000 morts, selon l'ONU.

Bachar Al-Assad a salué la victoire des forces gouvernementales à Alep comme un tournant dans le conflit et un prélude à de nouvelles offensives contre les enclaves rebelles.

Pour la Russie, dont l'intervention militaire en soutien à Damas depuis septembre 2015 a bouleversé l'équilibre des forces, la reconquête d'Alep est une victoire considérable contre les « terroristes », l'expression qu'utilise le régime syrien pour désigner l'ensemble des groupes rebelles, qu'ils soient nationalistes ou islamistes.

Mais aux Nations unies, les États-Unis ont condamné le déchaînement de violence qui a visé Alep, assiégée et bombardée des mois durant.

« Alep va s'ajouter à la liste des événements de l'histoire mondiale qui définissent le mal contemporain, qui entachent encore nos consciences des dizaines d'années plus tard. Halabja, le Rwanda, Srebrenica, et aujourd'hui Alep », a dit l'ambassadrice américaine, Samantha Power, avant d'interpeller directement la Syrie, la Russie et l'Iran :

Êtes-vous vraiment incapables d'éprouver de la honte? N'y a-t-il littéralement rien qui puisse vous faire honte?

L'ambassadrice américaine, Samantha Power

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