La Russie a semé le doute samedi sur l'accord de « cessation des hostilités » conclu la veille par le Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) auquel elle appartient, tandis que les forces gouvernementales soutenues par l'aviation russe gagnaient à nouveau du terrain autour d'Alep, dans le Nord, et vers Rakka, dans l'Est.

Outre cette trêve censée entrer en vigueur d'ici une semaine, l'accord adopté dans la nuit de jeudi à vendredi à Munich prévoit l'acheminement d'aide humanitaire, mais aussi la poursuite de la lutte contre les mouvements djihadistes, ce qui, aux yeux de Damas et de Moscou, justifie celle des offensives en cours.

Manuel Valls, chef du gouvernement français, et le secrétaire d'État américain John Kerry, qui assistent à Munich à la conférence annuelle sur la sécurité internationale, ont tous deux réclamé l'arrêt des bombardements russes dans les zones civiles.

« La France respecte la Russie et ses intérêts, mais nous savons que, pour retrouver la voie de la paix, de la discussion, les bombardements des populations civiles doivent cesser », a déclaré le premier, s'adressant à son homologue russe Dmitri Medvedev. Le président français, François Hollande, avait tenu des propos identiques jeudi.

L'accord sur la cessation des hostilités en Syrie est une étape qu'il faut désormais « d'urgence concrétiser. Seuls les faits pourront parler », a ajouté Manuel Valls.

« Il n'y a pas de preuve de bombardements russes contre les civils, même si tout le monde nous en accuse. [Ce n'est] tout simplement pas vrai », lui a répondu le premier ministre russe.

Pour John Kerry, « la vaste majorité des raids russes a visé des branches de l'opposition légitime ». « Pour adhérer à l'accord qu'elle a conclu, la Russie doit changer de méthode de ciblage », a-t-il souligné.

Interrogé sur les chances de succès de l'accord de Munich, son homologue russe Sergueï Lavrov les a évaluées à 49 %. Pour le ministre allemand des Affaires, Frank-Walter Steinmeier, auquel la même question a été posée, les chances sont de 51 %.

Alep et Rakka, deux enjeux majeurs

Il ne s'agit pas d'un cessez-le-feu dans la mesure où ni les insurgés ni les forces gouvernementales ne l'ont signé. Dans un entretien accordé jeudi à l'AFP, Bachar Al-Assad a même affiché sa détermination à reprendre le contrôle de l'intégralité du territoire syrien. Le président syrien « se trompe s'il pense que le conflit peut être résolu par la force », a répliqué vendredi un porte-parole du département d'État.

Les forces gouvernementales ont néanmoins poussé leur avantage et se trouvent désormais aux portes de la province de Rakka, dans l'est du pays, dont elles ont été chassées en 2014 par les djihadistes de l'État islamique (EI), rapporte l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Elles chercheraient ainsi à prévenir une intervention au sol de l'Arabie saoudite contre l'EI, qui a fait de Rakka la « capitale » de son califat.

L'armée syrienne a par ailleurs annoncé la reconquête de nouvelles zones de la région d'Alep. Sa progression, soutenue par l'aviation russe, le Hezbollah libanais et des combattants iraniens, a permis de couper la principale voie d'approvisionnement des rebelles en provenance de la Turquie voisine.

La reprise d'Alep, ville la plus peuplée de Syrie avant le conflit, et la fermeture de la frontière turque serait une cuisante défaite pour les insurgés qui, avant l'intervention russe entamée le 30 septembre, avaient le vent en poupe.

Deux chefs rebelles interrogés vendredi ont dit avoir reçu de l'étranger d'« excellentes quantités » de roquettes Grad d'une portée de 20 km, ces derniers jours, pour faire face à l'offensive du régime syrien dans la région d'Alep.

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a par ailleurs annoncé que l'Arabie saoudite allait envoyer des avions sur la base aérienne d'Incirlik, dans le sud de la Turquie, pour mener des frappes contre les positions de l'EI en Syrie.

De son côté, le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter, a souhaité vendredi que l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis déploient des forces spéciales en Syrie pour soutenir les insurgés. Officiellement, il s'agit de les aider à reprendre Rakka.

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