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La vérité libérale sur l'aide médicale à mourir

Que dire du suicide assisté? Menace pour les plus vulnérables, obligation légale ou droit fondamental? Depuis des semaines, les parlementaires naviguent au coeur de ce débat moral profond, promettant de laisser leur partisanerie de côté. Mais à l'heure des choix, les lignes de faille sont claires. Les impératifs de la majorité libérale semblent avoir pris le dessus sur la recherche d'un consensus.

Emmanuelle Latraverse

  Un texte d'Emmanuelle Latraverse

Le verdict du député libéral de la Nouvelle-Écosse, Colin Fraser, est tombé après plus de trois heures de débat.

Il incarne à lui seul le calcul politique du gouvernement libéral : trouver le plus bas dénominateur commun afin d'assurer l'adoption d'une loi sur l'aide médicale à mourir d'ici le 6 juin prochain, quitte à ce que celle-ci soit à nouveau contestée devant les tribunaux. C'est la stratégie des petits pas.

C'est ainsi que les libéraux ont systématiquement bloqué chacun des quelque 40 amendements proposés par l'opposition.

Les lignes de faille idéologiques

Dans un camp : les conservateurs, inquiets des conséquences de l'aide médicale à mourir sur le caractère sacré de la vie. Dans l'autre : le NPD, le Parti vert et le Bloc québécois, perturbés à l'idée que la loi mise de l'avant par Ottawa soit trop restrictive et aille à l'encontre du jugement de la Cour suprême dans l'arrêt Carter.

Peu importe d'où venaient les efforts d'amendements - interdire aux infirmières praticiennes d'offrir l'aide médicale à mourir ou exiger l'avis d'un psychiatre pour protéger un patient dépressif d'une décision mal éclairée -, la ligne libérale a tenu.

Peu importe, dans tous les cas, le député Colin Fraser, tel un bon soldat exauçant les voeux de ses supérieurs, a mené la charge contre les compromis soumis par ses pairs de l'opposition. Systématiquement, notes à l'appui, il a expliqué pourquoi le gouvernement compte rejeter tel ou tel amendement. Ses collègues libéraux, ceux qui sont censés se laisser guider par leur conscience et leur libre arbitre ont à peine parlé.

Il faut croire qu'au Parti libéral, l'aide médicale à mourir ne soulève aucun doute, aucune question, aucun dilemme.

Oui... Un seul a osé exprimer ses doutes. Ron McKinnon, de la Colombie-Britannique, est de ceux qui croient que le projet de loi soumis par son gouvernement est trop restrictif, vulnérable à des contestations judiciaires. Mais il ne se battra pas.

La mort raisonnablement prévisible

Aucun élément du projet de loi ne soulève plus d'interrogations que le concept de restreindre l'aide médicale à mourir aux patients confrontés au déclin avancé et irréversible de leurs capacités, et dont la mort est raisonnablement prévisible.

Or, depuis des semaines, les voix se sont multipliées pour indiquer au gouvernement qu'une telle interprétation est trop contraignante et ouvre la voie à de nouvelles contestations judiciaires du projet de loi C-14. Mais le Parti libéral a offert une fin de non-recevoir à la multitude d'amendements déposés par le NPD, le Bloc québécois et le Parti vert pour assouplir le projet de loi, afin de s'assurer qu'il respecte l'analyse du plus haut tribunal du pays.

Les fonctionnaires du ministère de la Justice plaident qu'il s'agit ici d'offrir une fin paisible à ceux et celles qui sont « sur la trajectoire d'une mort indigne ou douloureuse ». Le gouvernement veut avant tout protéger les personnes les plus vulnérables et éviter d'encourager le suicide au pays.

Cette ligne dure vient d'ébranler profondément la confiance de l'opposition. Bloquistes et néo-démocrates reprochent au gouvernement de vouloir épargner la chèvre et le chou au détriment des droits fondamentaux des patients.

« C'était clair que Carter était un plancher. Là, on est au sous-sol. Et ce soir, le comité a confirmé qu'on reste dans le sous-sol. On ne peut pas recommander de voter en faveur de cette loi-là », estime Brigitte Sansoucy, députée néo-démocrate de Saint-Hyacinthe-Bagot.

La ligne de parti

Le gouvernement libéral avait pourtant promis un débat non partisan. Un choix libre et éclairé pour tous les députés. Le premier ministre Trudeau a même nourri les espoirs de ceux qui cherchaient des compromis en ouvrant la porte à des amendements.

Mais lundi soir, dans la salle 8-53, aucun compromis ne semblait possible.

Tout comme à l'époque des conservateurs, le gouvernement majoritaire a tenu la ligne dure. La discipline libérale était impénétrable face aux efforts d'une opposition divisée.

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