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« La vie des chrétiens à Bagdad est pourrie »

Loin de la conférence internationale qui doit se tenir mardi sur les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient, l'église Saint Odisho de Bagdad pourrait passer inaperçue dans la capitale irakienne, même un jour de grand-messe.

Un texte de Marie-Eve Bédard, envoyée spéciale en Irak

Une quinzaine de femmes voilées d'un léger tissu de dentelle d'un côté; les hommes, encore moins nombreux de l'autre. Ils ne sont plus qu'une poignée de fidèles.

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Beaucoup de ces chrétiens assyriens ont perdu la foi... en leur pays. Pourtant, la présence des chrétiens ici remonte à 50 ans après Jésus-Christ.

Même son de cloche du côté de l'église anglicane St-George de Bagdad. Devant des fortifications de béton anti-explosions et des fils barbelés, David Natak, un policier chrétien, monte la garde, armé de sa kalachnikov.

Trois fois moins de chrétiens

Sous l'occupation américaine, pendant une guerre civile où s'entretuaient les musulmans chiites et sunnites, les chrétiens n'ont pas été épargnés.

Selon le gouvernement, 70 % de ceux qui ont fui temporairement leurs maisons pour échapper à la persécution ne les ont jamais récupérées. Elles ont été saisies illégalement par des familles bien pistonnées dans une bureaucratie corrompue, qui en possèdent aujourd'hui les titres officiels. La majorité n'est donc jamais revenue à Bagdad.

Avant la première guerre du Golfe en 1991, on estime que 1,5 million de chrétiens vivaient en Irak. Au fil des guerres et des conflits, l'inexorable hémorragie s'est poursuivie. Aujourd'hui, ils ne seraient plus que 500 000.

David le policier envie ceux qui sont maintenant en Europe, aux États-Unis ou au Canada. Au cours des trois dernières années, l'église anglicane a été la cible de trois attentats à la bombe. Armé ou pas, David a peur lui aussi.

Chercher refuge ou bien rester?

C'est pourtant à Bagdad que quelque 130 familles chrétiennes de Mossoul se sont réfugiées. Depuis quelques mois, elles vivent dans un camp ouvert par les autorités irakiennes et administré par des groupes religieux.

Le camp est relativement confortable. Eau courante, génératrice, télévision; les petites roulottes préfabriquées offrent un semblant de normalité aux déplacés de Mossoul. Pour la première fois en plus d'un an, ils pourront même envoyer leurs enfants à l'école du quartier dans quelques semaines.

Mais beaucoup de ces familles sont aux prises avec un dilemme impossible à résoudre : partir ou rester.

Assis sur le petit lit qu'il partage avec sa femme, Saïd Elia raconte qu'après l'arrivée du groupe armé État islamique, il n'avait que deux choix pour rester chez lui, à Bartela : payer une taxe de protection aux nouveaux maîtres des lieux ou se convertir à l'Islam. Il a choisi l'exil.

Lui aussi voudrait partir, mais sa femme Souhaila n'est pas prête à quitter la terre de ses ancêtres. L'enfant qu'elle attend sera chrétien et Irakien. Du moins l'espère-t-elle.

L'Église veut maintenir des fidèles dans son berceau

Les différentes autorités des églises chrétiennes d'Orient s'opposent officiellement à la politique de certains pays, dont la France et le Canada, qui semblent favoriser la migration des chrétiens considérés comme une minorité religieuse persécutée. Il en va de la survie de la religion dans le berceau qui l'a vue naître.

Le père Martin David, de l'église Saint Odicho, veut encourager ses ouailles à endurer leurs difficultés. Il aimerait voir plus d'appui du gouvernement irakien et des pays étrangers pour défendre les droits des chrétiens chez eux. Mais il admet qu'il est moralement de plus en plus difficile de défendre la position de l'Église.

« La position de l'Église est que cette migration, les gens qui quittent le pays, c'est une maladie. Et que nous essayons de combattre cette maladie, explique-t-il. Mais quand on voit toute cette violence, avec l'EI maintenant en Irak et au Moyen-Orient, c'est une position de plus en plus difficile. »

Quant au remède, puisque les hommes continuent de faillir, il s'en remet à Dieu.

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