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La ville où Donald Trump n'est pas le bienvenu

Le candidat à la présidence américaine Donald Trump demeure populaire, mais il risque d'être mal accueilli s'il s'aventure jusqu'à Georgetown. Cette petite ville tranquille est pourtant située dans un coin du Delaware qui vote républicain depuis longtemps. Mais voilà : la moitié de la population à Georgetown arrive d'Amérique latine. Portrait d'une ville à travers six résidents.

Un reportage de Yanik Dumont Baron correspondant à Washington

Georgetown est une petite ville de 7000 habitants transformée, ravivée par l'immigration. Les Latino­-Américains composent la moitié des habitants de la ville. Leur arrivée a presque fait doubler la population dans l'espace d'une seule génération.

Un bon nombre d'entre eux, sans grande éducation, sont ici illégalement, attirés par des emplois difficiles, mais accessibles. Ils travaillent dans les usines de découpe de poulets, les entreprises de paysagement. Les premiers sont arrivés il y a 25 ans. Aujourd'hui, ils y ont des racines profondes.

Le coiffeur Steve Bartlett à Georgetown, Delaware. Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Le coiffeur Steve Bartlett reçoit souvent des Latino­-Américains dans son petit salon de la rue principale. Certains ne parlent pas anglais. « C'est pour ça que nous avons des images de coiffures sur les murs », lance-­t-­il, un peu agacé.

Beaucoup de gens ont l'impression que ces immigrants ont plus de droits que les Américains parce qu'ils obtiennent un permis de conduire, ont accès à des soins de santé gratuits. Faut­-il les expulser? « Je ne sais pas si ça serait bon ou mauvais », explique­-t-­il en haussant les épaules.

Bruce Meade, restaurateur. Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Bruce Mead-­e possède un restaurant situé à quelques pas de la plupart des commerces hispanophones. Il ne voit presque jamais d'immigrants. Il les trouve peu intégrés, peu respectueux des règles et des coutumes locales.

Mais Bruce Mead-­e ne pense pas qu'il faille les expulser pour autant. « Je ne sais pas s'ils doivent être punis pour avoir sauté la file, mais ils doivent travailler pour s'intégrer dans le système. Je pense que ça les rendrait plus à l'aise, et ça les aiderait à bien s'intégrer avec le reste de la population plutôt que de s'isoler avec ceux qui parlent leur langue », dit-il.

Le maire Bill West. Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Le maire de Georgetown est un autre de ces républicains pragmatiques. Policier à la retraite, Bill West tient une « hache de guerre », symboliquement enterrée après chaque élection.

C'est une façon d'espérer l'harmonie entre les adversaires politiques. Elle représente aussi ce qu'il essaie d'accomplir dans une ville qui se transforme. « Il faut se regrouper, croit-­il, pas vivre séparément. Les hispanophones ont fait baisser la moyenne d'âge de la ville autour de 35 ans. Sans eux, elle serait à près de 70 ans. »

Le maire sait que si les hispanophones s'en vont demain, les commerces fermeront. « Georgetown va devenir une ville ­fantôme », dit-il.

L'homme d'affaires Bamdad Bahar. Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

L'homme d'affaires Bamdad Bahar est aussi de ceux qui ne veulent pas voir la ville se vider de la moitié de ses habitants. Ça fait plus de 20 ans qu'il leur loue des logements, leur trouve des emplois dans la région. Il voit ces immigrants comme une source de prospérité. Une source pas assez exploitée.

« Si Donald Trump est vraiment un homme d'affaires, il comprend ce qui est en jeu. Ces Latino­-Américains forment une partie solide, importante, des consommateurs américains. Si on arrive à bien les intégrer, ça ne fera qu'ajouter à l'économie des États-­Unis, à celle des entreprises qui font affaire avec eux », affirme-t-il.

L'animateur Kevin Andrade. Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Les Latino-Américains de Georgetown ont leurs épiceries, leurs employeurs, un journal et même une radio 100 % espagnole. Bien sûr, la plupart habitent le même quartier, fréquentent les mêmes restaurants. Ça prendra du temps pour bien s'intégrer, croit Kevin Andrade, qui possède la radio Maxima, où il anime aussi une émission matinale.

« L'un de nos défis, explique-t-­il, c'est de s'assurer que les gens parlent anglais, qu'ils paient leurs impôts. S'assurer qu'ils ne sont pas exploités et qu'ils n'exploitent pas le système. »

Il travaille pour que les hispanophones assurent leur propre avenir aux États-­Unis. « Notre meilleur outil, c'est de voter contre cette discrimination. »

Le restaurateur Benny Morales. Photo : ICI Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Benny Morales est entré illégalement aux États-­Unis il y a 28 ans. La situation du Guatémaltèque s'est depuis normalisée. Il possède un petit restaurant qui emploie quelques personnes. La popularité et les idées de Donald Trump l'inquiètent, lui et ses clients.

Père de quatre enfants, il souhaite la fin de la discrimination et des tensions. « Sans les Latinos, avance-­t-­il, je ne crois pas qu'il se passerait grand-chose aux États-­Unis. Et nous, les Latinos, sans les États-Unis, nous ne pouvons pas faire grand-chose. »

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