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Lamarre blâme le gouvernement Couillard pour les abus d'un chirurgien

La porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Diane Lamarre, refuse de blâmer le chirurgien Issam El-Haddad, qui a « utilisé le système au maximum » à son profit, comme l'a démontré Enquête.

Un texte de Yanick Cyr

La députée péquiste montre plutôt du doigt le gouvernement de Philippe Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour ne pas avoir instauré de limites au système de primes dans la rémunération des médecins.

Diane Lamarre réagissait ainsi au reportage de l'émission Enquête qui révélait qu'un chirurgien de La Sarre, en Abitibi-Témiscamingue, avait utilisé ce système pour empocher un salaire de 1,5 million de dollars en 2015, soit presque quatre fois le salaire moyen des médecins spécialistes québécois.

Mme Lamarre souligne que le chirurgien n'a rien fait d'illégal. « Il a profité de primes auxquelles il avait droit », déplore-t-elle.

« C'est le résultat de négociations qui n'ont pas été balisées correctement, estime la députée de Taillon. Quand on offre des primes, il faut saturer, arrêter, limiter ces primes-là. Sinon, elles conduisent à des dérives, des dérapages de cette nature-là », fait-elle valoir.

Le Parti québécois avait constaté le même type de lacunes dans le dossier des « primes Bolduc », ces primes de 200 $ accordées aux médecins pour la prise en charge de chaque nouveau patient.

Instituées par le ministre libéral Yves Bolduc, qui en avait lui-même profité, elles avaient été limitées par le gouvernement du Parti québécois en 2014. Le ministre péquiste de la Santé avait imposé une limite de 150 primes par année, par médecin de famille, rappelle Mme Lamarre.

« Ça ne veut pas dire que les médecins ne peuvent pas inscrire 200 patients, mais on ne peut pas payer plus de 150 primes », explique-t-elle.

Mme Lamarre estime que c'est le même cas de figure qui se répète dans le cas du chirurgien El-Haddad. « ll n'y avait pas de limite, de cran d'arrêt. » 

La RAMQ doit être mieux outillée pour faire la chasse aux abus

Mme Lamarre croit que le gouvernement doit resserrer les mécanismes de contrôle de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) pour qu'elle soit en mesure de débusquer les abus de ce genre.

Le projet de loi 92, présentement à l'étude, prévoit une révision des pouvoirs de la RAMQ afin de lui octroyer des pouvoirs accrus. Mais, selon la députée péquiste, pour que cela fonctionne, il faut que les ressources suivent.

« On peut bien mettre plein de contrôles potentiels dans un projet de loi, mais si on ne donne pas les ressources - présentement, il y a quatre médecins qui peuvent superviser 11 millions d'actes facturés - le contrôle n'est pas très rigoureux », plaide Mme Lamarre.

Elle affirme que le ministre Barrette doit allouer plus de ressources à la RAMQ pour accroître le nombre de vérifications, s'il veut convaincre la population « qu'il n'a pas permis ce genre d'abus là ».

Le manque de contrôle des actes médicaux a d'ailleurs été souligné par la vérificatrice générale, rappelle Mme Lamarre.

« Le réseau est en faute »

Le nouveau directeur général du CISSS de l'Abitibi-Témiscamingue, Jacques Boissonneault, estime, quant à lui, que l'ancienne direction aurait dû intervenir bien avant. « La base de tout ça, c'est la rigueur de gestion sur le terrain », a confié M. Boissonneault en entrevue sur ICI Radio-Canada Première. « Ce n'est pas acceptable. Cette situation aurait dû cesser bien avant. »

Le DG soutient qu'il est intervenu dès qu'il a pris connaissance de la situation. « Ça a pris quelques mois, mais on a réglé le problème. » Il précise que le chirurgien a persisté dans sa pratique et qu'il a dû recourir à plusieurs instances afin de faire cesser le comportement de l'individu.

« Normalement, un seul avis suffit pour arrêter, mais il a fallu prendre des mesures formelles pour faire cesser [le comportement du chirurgien] avec le pouvoir du conseil d'administration », précise M. Boissonneault.

Certains employés ont voulu alerter la direction, mais sans succès, selon M. Boissonneault. C'est que le chirurgien Issam El-Haddad en menait large : « il était président des CMDP (Conseils de médecins, dentistes et pharmaciens), chef du département de chirurgie, coordonnateur médical et membre du conseil d'administration. C'est beaucoup d'influence et de pouvoir informel qu'on donne à un seul individu », dit-il.

En ce qui concerne un éventuel remboursement des primes perçues par le chirurgien, M. Boissonneault dit que ce sera à la RAMQ de procéder à cette démarche. De son côté, la RAMQ a indiqué qu'elle ne commentera pas le dossier puisqu'une enquête a été instituée à ce sujet.

La FMSQ blâme l'administration de l'hôpital

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, abonde dans le sens de M. Boissonneault. Elle estime que l'administration de l'hôpital aurait dû intervenir et corriger la situation. « Il y a un drapeau qui aurait dû être levé avant, dit Mme Francoeur. On dit que ça faisait 9 ans que ça durait. »

Mme Francoeur soutient qu'il y a des mécanismes qui permettent d'éviter ce genre de situation dans les hôpitaux. « Les comités de qualité de l'acte médical sont là pour évaluer l'urgence de ces cas-là, explique-t-elle. Ce n'est pas normal que dans une région tout soit urgent la nuit. »

Mme Francoeur ajoute que le Collège des médecins peut apporter du soutien à la direction des plus petits hôpitaux qui éprouvent de telles difficultés. Elle estime également que la crainte de perdre un médecin est injustifiée, soulignant que de jeunes diplômés ont de la difficulté à se trouver du travail.

Gaétan Barrette parle d'une situation inacceptable

En entrevue, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, assure qu'une enquête est en cours pour faire la lumière sur le cas du Dr El-Haddad.

« En ce qui me concerne, je sais très bien ce qui s'est passé, et il m'apparaît, à la lumière de ce que j'ai comme information aujourd'hui, qu'il y a eu là un comportement tout à fait inacceptable », dit-il.

Le ministre a tenu à déconstruire la justification voulant que le Dr El-Haddad ait pu toucher de la sorte un salaire beaucoup plus élevé parce qu'il travaille en région.

« Qu'on soit en région ou en ville, au centre-ville de Québec ou de Montréal, s'il y a eu malversation, ce n'est pas acceptable », dit-il.

« On ne peut pas faire un raisonnement qui dit : "Eh bien, il est en région, on va le laisser jouer avec les règles." - parce que ce que je comprends, ça ressemble à ça - et majorer une facturation, une rémunération parce qu'on a besoin de tel ou tel médecin. Ce n'est pas acceptable », poursuit-il.

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