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Le 11 Septembre a brisé la vie de ces trois femmes

Perdre un père, un fils, ou encore se faire jeter en prison sans raison à la suite des attentats qui ont détruit les tours jumelles à New York... Radio-Canada est allée à la rencontre de trois femmes dont la vie a été chamboulée à jamais après le 11 septembre 2001.

Au printemps 2005, Adama Bah a été injustement arrêtée et mise en détention dans un établissement à sécurité maximale pendant six semaines alors qu'elle n'avait que 16 ans. Elle a dû porter un bracelet de sécurité pendant des années. À ce jour, elle ne sait toujours pas pourquoi et n'a toujours pas eu d'excuses.

« Je suis restée [en prison] six semaines et demie. En soi, c'est déjà un traumatisme, et en plus, il y a la façon dont ils m'ont traitée... »

Mme Bah en est ressortie avec un bracelet de sécurité à la cheville. Les autorités pouvaient suivre ses moindres déplacements.

« Ils me surveillaient, ils me disaient où je pouvais aller, où je ne pouvais pas, ce que je pouvais faire, ce que je ne pouvais pas faire. »

« Ça a duré trois, quatre ans. Je ne pourrai jamais ravoir ces années-là, elles sont perdues », dit-elle.

Le silence radio des autorités persiste jusqu'à ce jour. « Il n'y a jamais eu d'explications, il n'y a jamais eu d'excuses... Rien », insiste-t-elle.

Adama Bah est convaincue qu'elle a été ciblée de la sorte parce qu'elle était musulmane.

« C'est sûr. Il n'y a pas d'autre raison. Si j'avais été une adolescente ordinaire, sans foulard, pensez-vous que ça me serait arrivé? Non! »

Le 11 septembre 2001, 15 ans plus tard

Terrease Aiken a perdu son père dans les attentats alors qu'elle n'avait que huit ans. Elle trouve particulièrement difficile d'entendre autant parler de la tragédie en cette année de commémoration.

« Même si j'avais huit ans, je me souviens parfaitement de cette journée. Je m'en souviens de mon réveil jusqu'au moment d'aller me coucher », relate-t-elle.

Le 11 septembre 2001, son père s'est rendu au travail comme d'habitude.

« Ce jour-là, j'ai vieilli d'un coup. De nombreux enfants en âge de se souvenir ont beaucoup vieilli. »

« Pendant un long moment, j'étais très en colère. Je croyais que tout le monde était contre moi. J'ai repoussé beaucoup de gens qui essayaient de m'aider. J'étais une petite fille effrayée », raconte-t-elle.

Terrease a dû faire preuve de courage malgré son jeune âge. « Il restait [ma mère], moi et mes deux jeunes frères. J'ai dû être là pour ma mère, même si j'étais très jeune. »

« Ce qui est difficile aussi, c'est qu'à la fin de la journée, les gens retournent à leur routine, mais pour moi, le souvenir reste. »

Talat Hamdani a perdu son fils qui était premier répondant, cadet dans la police. Parce qu'il était Pakistanais et parce qu'il étudiait en biochimie, il a rapidement été considéré comme suspect, rangé du côté des terroristes. Il a fallu qu'elle se batte pour réhabiliter son nom, sa réputation.

« Être musulman en 2001... mon fils a été l'objet de soupçons. À l'époque, quand il y a eu le 11 Septembre, je me suis dit que c'était une réaction normale pour n'importe qui, pour la plupart des Américains », dit-elle.

« Regardez ce que [Donald] Trump dit [des Latinos] et des Afro-Américains. Nous sommes traités de terroristes, peu importe d'où l'on vient », affirme-t-elle.

Elle déplore que depuis la campagne présidentielle américaine, le climat de haine et de xénophobie soit attisé par les propos du candidat républicain.

« C'est chez moi ici, je ne m'en vais nulle part. Si quelqu'un doit partir, c'est lui. Il peut retourner en Allemagne, il est petit-fils d'immigrant. En nous marginalisant, il nuit au pays. Nous faisons partie du tissu américain, les musulmans font partie du tissu américain », dit Talat Hamdani.

Selon elle, le phénomène peut mener à la radicalisation.

« Si vous marginalisez n'importe quelle communauté, vous allez susciter la colère, et la nouvelle génération va grandir avec cette colère. »

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