Il y a déjà 15 ans. C'est incroyable. Il me semble que c'était hier.

Un texte de Alain Crevier animateur de Second Regard

Je me souviens très bien du cinquième anniversaire, je me suis rendu à New York pour rencontrer Élie Wiesel, New Yorkais et Prix Nobel de la paix. J'étais certain qu'il avait quelque chose à dire sur cette journée maudite, lui, le survivant d'Auschwitz.

Je voulais notamment lui demander comment l'idée de Dieu pouvait survivre à une telle tragédie commise au nom de Dieu? Élie Wiesel n'a jamais vraiment répondu à ma question. Il m'a plutôt raconté ce qu'il a vécu, ce jour-là et les jours suivants, dans les rues de New York. Il m'a décrit la peur, l'angoisse, l'horreur et, dans les rues, une étonnante solidarité. Les New Yorkais se parlaient, partageaient.

Mais Élie Wiesel voulait surtout me dire qu'il ne comprenait pas comment des gens qui ont habité ici, qui ont vu la démocratie à l'œuvre, comment ont-ils pu assassiner 2977 innocents. Pourquoi?

Quand j'y pense aujourd'hui, 15 ans plus tard, je me rends compte que cette question nous hante toujours. Pourquoi? Au-delà du chagrin inconsolable, du goût de la vengeance, des raisonnements géopolitiques... pourquoi? C'était et c'est encore une question fondamentale.

Les Violons de Bernard

Dans une extraordinaire conversation, il y a quelques semaines, Bernard Labadie m'a raconté une anecdote qui m'a donné des frissons. Bernard et les Violons du Roy devaient se produire en concert à New York au tout début de septembre 2001. Le concert a finalement eu lieu quelques jours après les événements. Et ils ont interprété le Requiem de Mozart.

Mais au fait, Bernard Labadie, pourquoi le Requiem de Mozart? « Ah, bien, le Requiem de Mozart, c'est une œuvre qui est associée aux Violons du Roy et à moi-même depuis les tout débuts. [...] On a joué les extraits du Requiem de Mozart aux funérailles de René Lévesque, en 1987 ».

« Pour moi, c'est une musique de résistance, le Requiem. C'est-à-dire d'aller faire le Requiem de Mozart une semaine après une des plus grandes catastrophes de l'histoire de l'Amérique, c'est une façon de dire : "la vie est plus forte, et voici quelles sont nos armes à nous" ».

La musique de Mozart en réponse à la haine. Je crois que je n'écouterai plus Mozart de la même manière!

L'enfant de Guantanamo

Au moment des événements, on a tous eu l'impression que le monde ne serait plus jamais le même. Et nous n'avions pas tort. Quelques semaines plus tard, les États-Unis bombardaient l'Afghanistan. Quelques semaines encore, la coalition envahissait le pays des talibans. Et depuis? Combien de tragédies? De drames?

Et dans tout ça, une histoire fait surface. Celle d'Omar Khadr. L'enfant de Guantanamo. Une cause que son avocat Dennis Edney a portée à bout de bras pendant des années. Une cause pro bono!

J'ai eu l'occasion de rencontrer Dennis Edney. Un moment fort. Et c'est curieux. J'allais dire paradoxal. Quinze ans après le 11 Septembre, après toutes ces années à défendre Omar Khadr, lui, le criminaliste, que retient-il? Il m'a dit, avec sa voix feutrée et douce, qu'il souhaitait être devenu une meilleure personne.

On le sait tous, on ne sort pas indemne d'un tel événement. Qui qu'on soit, nous portons aujourd'hui les cicatrices de notre époque. Et celle-là, on aura beau dire, c'est une cicatrice qu'on ne peut se cacher.

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