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Le 50e anniversaire de la Révolution culturelle passé sous silence

Les médias chinois ont ignoré le 50e anniversaire de la Grande Révolution culturelle prolétarienne de Mao Tsé-Toung, un silence qui témoigne de la sensibilité du sujet pour les autorités chinoises, même un demi-siècle après les événements.

Aucune activité de commémoration n'a été organisée par les autorités, bien que des néo-maoïstes ont tenu des commémorations privées. « Le gouvernement chinois a déjà porté le verdit correct sur cette période il y a longtemps », a simplement déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois en réponse à une question lors d'une rencontre de presse.

Les censeurs de l'État ont nettoyé les réseaux sociaux de tout commentaire négatif référant à l'anniversaire de ces événements.

Lorsque Mao sème le chaos

Lancée à l'été 1966 par Mao Tsé-Toung, la Grande Révolution culturelle prolétarienne est caractérisée par une vaste mobilisation de la jeunesse à travers le pays. Les jeunes s'organisent en brigades de Gardes rouges qui tiennent des réunions politiques pour échanger sur leurs « expériences révolutionnaires » et pour réprimer toute tendance à l'embourgeoisement.

S'attaquant aux intellectuels, les Brigades rouges envoient les intellectuels qui s'opposent au communisme en rééducation à la campagne auprès de paysans.

Les Gardes rouges extermineront, au cours de la décennie que durera la révolution (1966-1976), des millions de personnes réfractaires au pouvoir de Mao Tsé-Toung et à son Petit Livre rouge. Surnommé le Grand Timonier, Mao Tsé-Toung élimine toute forme d'opposition au cours de cette période, en plus de cultiver le culte de sa personne pour asseoir son pouvoir personnel sur le pays qu'il conservera jusqu'à sa mort en 1976.

La Révolution culturelle a été officiellement qualifiée, en 1981, de « grave » erreur de Mao. Une erreur qui a « semé le chaos dans le pays et amené une catastrophe pour le Parti, l'État et le peuple entier ». L'État chinois tournait ainsi définitivement la page sur son chapitre Grande Révolution culturelle prolétarienne.

Les autorités ont supprimé depuis tout débat sur cette époque violente de son histoire, mais malgré la répudiation du mouvement, les vestiges de la Grande Révolution culturelle prolétarienne trouvent toujours des échos dans le système politique autoritaire chinois, selon la journaliste Gao Yu, qui était étudiante à l'université en 1966.

L'intolérance face à la dissidence et l'absence de toute critique envers les hauts dirigeants politiques constituent certains de ces vestiges, selon Gao Yu.

L'enthousiasme de Gao Yu pour la Révolution culturelle a commencé à s'amenuiser lorsque des Gardes rouges ont arrêté son père, un ancien dirigeant du Parti communiste, pour avoir manqué de loyauté envers Mao Tsé-Toung. « J'ai vu tellement de bons enseignants à l'université ou à l'école secondaire être battus, avance-t-elle. Le mouvement n'était pas tant une lutte politique qu'une vaste campagne contre l'humanité. »

Un jeune rééduqué devenu milliardaire

Le milliardaire chinois Huang Nubo est devenu un Garde rouge au cours de la révolution culturelle bien que son père, étiqueté comme contre-révolutionnaire, se soit suicidé en prison. Il a par la suite été lui-même envoyé en rééducation à la campagne.

Huang Nubo a écrit deux livres sur cette époque de sa vie. Son premier livre, Journal d'un jeune envoyé à la campagne,  est disponible en Chine alors que le second, Le gène du garde rouge, Souvenirs de la Révolution culturelle, demeure interdit.

L'auteur y relate des souvenirs horrifiants comme la vision de cadavres éventrés et remplis de briques, des corps de femmes flottant dans une rivière, des bâtons plantés dans le vagin d'autres femmes ou l'exécution d'une dame âgée qui s'était trompée dans les paroles d'un chant patriotique.

« Je suis une victime, un participant et un exécutant; j'ai dénoncé et j'ai été dénoncé », a confié Huang lors d'un entretien avec l'AFP. Aujourd'hui âgé de 60 ans, Huang s'inquiète du romantisme qui se développe autour des « jeunes rééduqués ».

« Si on continue comme ça et qu'on ne se penche pas sur le passé, il y aura une autre Révolution culturelle », avance Huang, car « si l'impression qu'elle laisse, c'est le romantisme [...] les gens ne craindront pas de recourir à nouveau à la violence ».

En attendant, « quand vous vous retournez sur ces années, depuis votre position actuelle dans la société, vous vous demandez si le cauchemar que vous avez vécu s'est vraiment passé », ajoute-t-il. « Mais une vie ne suffit pas à effacer le mal fait dans votre cœur ».

Quelques générations plus tard, les jeunes Chinois se lancent à la poursuite de leurs propres intérêts dans une société de plus en plus capitaliste. L'essor économique de la Chine est effectivement basé sur la répudiation des idées de Mao et l'introduction des lois du libre marché.

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