Le baseball est à Cuba ce que le hockey est au Canada : le sport national. La défection de grands joueurs, comme Yulieski y Lourdes Gourriel, le 7 février a fait le tour du monde et fait partie des sujets de conversation des habitants de l'île.

Un texte de Martin Movilla

Un portrait du baseball cubain permet de voir son importance dans la société et reflète aussi comment les choses sont en train de changer ici.

« Quelqu'un a dit que les chromosomes des Cubains sont accompagnés d'une batte de baseball », explique Tony Diaz, responsable de communications du baseball de Cuba.

La discussion est très enflammée. Il n'y a pas d'insultes, mais ils se parlent fort avec une éloquence remarquable et un discours rempli de métaphores, statistiques, noms, histoires et analyses.

Nous sommes à la Esquina Caliente, le Coin chaud, une cafétéria de La Havane où le sujet de discussion est presque toujours le même, le baseball.

Aujourd'hui au menu : une discussion sur la zone de prise « un peu trop large » de l'arbitre de la rencontre de lundi entre la Isla de la Juventud et Industriales.

La veille, nous sommes allés voir cette rencontre pour parler avec les joueurs du baseball et de leur avenir, des défections et des possibles accords avec les ligues majeures des États-Unis.

Tout le monde a son opinion sur ces sujets et personne ne se gêne pour partager sa pensée.

« Ça va être une bonne chose pour nos joueurs et pour la qualité du baseball de Cuba », dit Roberto, un homme dans la soixantaine, en parlant d'un possible accord avec le baseball nord-américain.

Même constat de la part des joueurs comme Rigoberto Gomez, jeune étoile de la Isla de la Juventud : « Nous pourrions démontrer notre talent partout dans le monde. Et particulièrement dans les ligues majeures des États-Unis, si cela devient une réalité. Sans avoir à trahir la patrie que nous aimons. »

Des défections qui font mal

Carlos Tabares est le capitaine de l'équipe de La Havane. Il a fait une maîtrise en éducation physique et se prépare à faire un doctorat. Il aime étudier les mouvements du bâton et les meilleures façons de bien contrôler la force, les distances et les directions au moment de frapper.

Il est un rouage important de la sélection nationale du baseball de Cuba. Avec ses compagnons, Carlos Tabares a remporté trois championnats du monde et a été champion olympique, panaméricain et centraméricain.

En parlant des défections et des joueurs qui abandonnent leur équipe pour aller dans un autre pays, Carlos Tabares montre sans équivoque ses sentiments. « Ça fait mal, dit-il. C'est la décision d'un être humain, mais c'est difficile! Parfois, cela vient aussi affaiblir une équipe. »

Tony Diaz, responsable des communications du baseball de Cuba, parle de quelque 125 joueurs qui sont partis entre les deux dernières saisons de baseball. Il est convaincu que cela a un impact négatif sur les équipes et sur la qualité du championnat national.

« Malgré tout, dit Tony Diaz, nous avons un tournoi de 17 équipes et nous avons encore de bons joueurs. »

Meilleurs salaires pour un meilleur développement

Carlos Tabares est à la fin de sa carrière. Il sait qu'il ne lui reste que deux ou trois saisons de plus. Il voudrait devenir entraîneur et aller partager son expérience avec de jeunes joueurs.

Il est convaincu que le baseball cubain serait gagnant si les joueurs étaient mieux payés. « Ce serait bon que la rémunération soit plus importante. Il faut commencer à la base, ajoute-t-il, avec les enfants parce que cela aide pour augmenter la motivation et le désir de travailler ».

Les dirigeants du baseball cubain sont conscients de la situation et depuis quelques années ils multiplient les accords avec les autres ligues pour permettre aux joueurs d'évoluer au Canada, au Mexique, au Japon, en Colombie et au Venezuela, entre autres.

Maintenant, la perspective d'améliorer les relations avec les ligues des États-Unis ouvre une autre porte, dit Tony Diaz. « Nous le voulons, les ligues majeures aussi. Tout dépend de la fin de l'embargo. »

« Au dernier championnat des équipes de baseball des Caraïbes, les meilleurs joueurs des autres pays étaient d'origine cubaine », fait remarquer Maximo en prenant un café à la Esquina Caliente.

Carlos Tabares raconte que la majorité de ses collègues gagnent 950 pesos par mois, soit 37 $US, accompagnés de quelques avantages, comme la nourriture et les vêtements sportifs.

Le joueur étoile gagne plus ou moins 750 $US par mois grâce à différents salaires et assignations reliées aux victoires qu'il a procurées à son pays.

Il sait que le salaire est une des raisons qui ont poussé des dizaines de ses collègues à quitter le pays.

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